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IDEL - Quand le décès d'un patient s'apparente à un parcours du combattant

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Médecin

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Sur son blog, Corinne Régulaire, alias Seringue atomique, aborde les difficultés que rencontre un infirmier libéral lorsqu'il est confronté à la mort d'un patient.

Dans les bras de Thanatos !

Décès d'un patient : des démarches compliquées pour l'infirmier libéral.

Le décès d'un patient est une expérience que nous avons tous vécu durant notre carrière professionnelle. La mort, dans ce qu'elle a d'inopiné ou, au contraire d'attendu, nous nargue derrière la porte d'une chambre à coucher, au fond d'un lit, dans un canapé, au milieu d'une cuisine ou dans un jardin en fleurs. Elle ne s'embarrasse pas de préjugés, n'a pas d'affection particulière pour un sexe ou un autre, pour telle religion ou telle autre. Elle ne s'encombre pas de falbalas et n'a pas peur du ridicule. Elle peut être brutale, sordide, atroce, grotesque, répugnante mais aussi tranquille et sereine. Elle n'a pas de visage, elle n'a pas non plus de pays ou de lieux de prédilection, elle est universelle. Nous en avons tous respiré le parfum, parfois même bien avant qu'elle ne fasse son entrée en scène. Nous avons goûté sa saveur âpre. Elle a souvent mis nos sens sans dessus dessous. Elle a joué avec nos émotions. Elle nous a mis en colère. Nous lui avons quelquefois dit "merci". La mort nous accompagne. Elle nous suit à la trace, franchit avec nous les portails, les escaliers, les ascenseurs qui la mènent à ses futures victimes.

Pour les infirmiers à domicile, la mort ne va pas de soi. Cette étape, qui fait partie du soin, ressemble aujourd'hui, de plus en plus, à un parcours du combattant.

3615 Code le Ciel !

Il est tout à fait courant pour un infirmier libéral d'être confronté à la mort d'un patient. Il est même des situations où il doit gérer seul les premières démarches obligatoires en cas de décès. C'est d'ailleurs souvent le cas lorsque le défunt vivait seul, sans famille ou isolé.

Vous venez donc de commencer votre tournée du dimanche pépère peinard. Les rues sont désertes. Tout le monde s'est expatrié vers les bords de mer. C'est les vacances ! Le temps est radieux et vous vous dites qu'aucun nuage ne va ternir cette douce journée… Et bien non ! Le sort s'acharnerait-il ou s'agirait-il simplement d'un mauvais alignement des planètes ?

Vous débarquez donc, comme une fleur, avec votre bonne humeur chez votre premier patient. Vous ouvrez la porte d'entrée avec la clé que vous possédez depuis près de cinq ans et vous envoyez votre plus beau bonjour à la volée. Point de réponse. Arrivée joyeuse dans la cuisine, votre sourire se fige, le Paul dont vous vous occupez depuis toutes ces années a rendu l'âme devant son bol de soupe de la veille. Monsieur Paul est déjà tout refroidi, il n'y a aucun doute, un seule conclusion possible, il est bel et bien décédé à 96 printemps.

Les médecins, parfois, sont comme les mirages... Nous sommes dimanche, il est six heures du matin, en plein mois de juillet et la ville, que dis-je, le pays, roupille.

La première démarche pour vous consiste à appeler un médecin. Et là, le petit infirmier que vous êtes peut s'attendre à vivre de grands moments de solitude. Les médecins, parfois, sont comme les mirages... Nous sommes dimanche, il est six heures du matin, en plein mois de juillet et la ville, que dis-je, le pays, roupille. C'est les vacances, on vous a dit ! Vous aimeriez contacter le médecin traitant de monsieur Paul mais celui-ci est bien entendu en congés lui aussi. Les vacances parfois ressemblent à des épidémies... Vous composez donc le 18 qui vous amène à la case "pompiers" qui vous répond que ce n'est pas de leur ressort et qu'il faut composer le 15. Docilement, vous composez le 15 qui vous téléporte à la case "Samu" ou 'Smur" qui vous annonce qu'ils sont débordés par les vacanciers… et qu'il vous faudra attendre.

La venue d'un médecin au domicile de monsieur Paul permet de faire le constat de sa mort et d'établir un certificat de décès. L'établissement de ce document, qui déclenchera toutes les autres procédures, n'est pourtant pas une urgence médicale ou médico-légale. Aucun texte n'impose de délai pour sa rédaction. Il ne devrait en aucun cas excéder 24 heures après la demande d'intervention. Devant la désertification médicale de certaines régions de France, le Samu ou le Smur sont de plus en plus sollicités pour ce type d'actes. Une intervention du Samu revient à 300 euros… Le Conseil national de l'Ordre des médecins déplore, quant à lui, l'absence de cadre réglementaire national définissant les modalités de prise en charge des constats de décès ou mission médico-légale.

Vous avez entre-temps réussi à joindre la nièce de monsieur Paul qui habite à plus de cinquante kilomètres. Elle arrive pour veiller son oncle défunt. Il ne vous reste plus qu'à attendre. Vous avez déjà une heure de retard sur votre tournée. Vous regardez Monsieur Paul pétrifié devant son bol de soupe, vous songez à tout ce temps passé ensemble et vous vous dites qu'il n'y a aucune raison de courir. La mort arrive bien assez vite...

http://laseringueatomik.canalblog.com/

Cet article a été publié le 28 juillet 2016 par Seringue atomique que nous remercions de cet échange.

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Commentaires (1)

binoute1

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521 commentaires

#1

le 18?

Sérieusement ?
Le 15, à la rigueur bien qu'il n'y ait plus d'urgence médicale.
Si le doc est injoignable, c'est SOS doc, non ?
Mais pas le 18