IDEL

IDEL : une journée pour parler de ses "erreurs"

par .

Le 9 octobre 2014, 120 infirmiers libéraux se sont réunis à Blois afin d'échanger sur un sujet sensible: l'erreur dans le cadre de leur pratique. Organisée par l'Union Régionale des Professionnels de Santé (URPS) Infirmiers Libéraux Centre, cette journée a eu le mérite de briser un tabou en soulevant des problématiques souvent liées à l'environnement mais pas que...

préparation pilulier libéral

Les infirmiers libéraux du Centre ont échangé autour d'un sujet peu abordé : l'erreur dans le cadre de leur pratique.

L'Union Régionale des Professionnels de Santé (URPS) Infirmiers Libéraux Centre a choisi d'évoquer, lors de sa première journée d'échanges qui s'est déroulée le 9 octobre, un sujet sensible : l'erreur professionnelle. Ainsi, cent vingt infirmiers libéraux se sont retrouvés pour discuter de ce sujet délicat, rarement abordé, voire tabou. Afin de susciter le dialogue, la matinée a débuté par la projection du film « Que reste-t-il de nos erreurs », réalisé par Nils Tavernier. Ce documentaire, bien que situé dans l'univers hospitalier - en pédiatrie - raconte les histoires de Nicolas, Raphaël et Capucine qui, durant leur parcours de soin, ont été confrontés à des erreurs de gravité et de conséquence différentes. Parents et soignants évoquent, avec humilité et sincérité, ces douloureux passages qui, aujourd'hui encore, affectent leur quotidien. En effet, comme le souligne le Docteur Anne Auvrignon, une erreur impacte le patient, l'entourage, mais aussi les soignants.

Regarder un extrait du documentaire "Que reste-t-il de nos erreurs ?" (5'23)

Le débat qui a suivi la projection a été l'occasion pour les infirmiers libéraux de s'exprimer sur le sujet, notamment au travers d'un sondage. Ainsi, 87 % des IDEL présents ont déjà faits des erreurs dans le cadre de leur profession. 96 % déclarent en avoir parlé à leur collègue, 66 % au patient et 63 % au médecin. Les erreurs les plus fréquentes concernent le dosage de l'insuline, la préparation des piluliers ou encore les feuilles de prescription jugées illisibles. De plus, le bruit, la multiplicité des intervenants, les transmissions et l'automédication (phytothérapie notamment) contribuent à augmenter le risque d'erreurs. Comme l'a indiqué le Docteur Anne Auvrignon, des petites erreurs, il y en a régulièrement. Il faut trouver le juste milieu dans les erreurs que l'on va déclarer. De son côté, Eric Gonzales, président de l'URPS Infirmiers Libéraux Centre, ajoute qu'il vaut mieux se rendre compte de l'erreur lorsqu'elle est commise pour pouvoir la corriger, l'analyser, et éviter qu'elle ne se reproduise.

journée URPS débat

Une tribune d'intervenants pour la synergie : infirmier, médecin pharmacien...

Une pilule jaune, 2 blanches et 1/2 préviscan ; une chimio orale, 1 cachet bleu 1/2 kardégic ; une metformine, un ramipril et 3 gouttes dans l'oeil gauche... vite, vite... et vite.... Evite l'erreur..

Eric Gonzalez, président de l'Urps infirmiers Centre

Des pistes pour éviter l'erreur

Pour éviter les erreurs, plusieurs solutions ont été évoquées par les intervenants, pharmaciens et infirmiers libéraux. Parmi elles : préparer les piluliers dans une zone dédiée propre où l'éclairage est suffisant et éviter autant que possible de s'interrompre lors des soins. Rappelons qu'une étude du King's College de Londres relève qu'un taux de 6,7 interruptions par heure s'applique à l'hôpital lors de l'administration des médicaments. Plus les interruptions sont fréquentes et plus les erreurs sont nombreuses, note-t-on. Le milieu libéral n'échappe sans doute pas à cette règle, d'où l'intérêt d'exercer dans des conditions optimales. La généralisation des ordonnances informatisées et un meilleur conditionnement des médicaments pourraient également permettre d'éviter les erreurs.

Autre sujet abordé : les précautions à prendre lors de l'administration de médicaments cytotoxiques, notamment dans le cadre de chimiothérapies orales. Ainsi, il est nécessaire de porter des gants afin d'éviter tout contact direct. Des réactions peuvent en effet apparaître chez le soignant, comme des irritations cutanées, des nausées ou des réactions asthmatiformes. De plus, les femmes enceintes et allaitantes ne doivent pas être exposées à ce type de médicament.

Ces pistes sont bien évidemment pertinentes mais, sur le terrain, elles s'avèrent bien souvent difficiles à mettre en œuvre, comme l'ont relevé les infirmiers libéraux présents. En effet, 39 % des IDEL restent disponibles pour le patient et sa famille lors de la préparation des médicaments et ils disposent rarement d'un lieu dédié ; d'autant plus que la relation au patient s'avère parfois compliquée, notamment lorsqu'il présente des troubles cognitifs.

Au-delà des problèmes de conditionnement, il est nécessaire, pour avancer, de s'interroger également sur sa pratique, car les erreurs qui peuvent en découler existent aussi. Rappelons notamment que selon une étude publiée en février 2014 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), seulement 3,4% des infirmiers libéraux respectaient l'ensemble des règles relatives à l'hygiène des mains...

Bref, l'exercice infirmier est tel qu'il n'autorise que très peu d'erreurs. Aussi, il est nécessaire que les infirmiers libéraux, souvent seuls, fassent preuve de vigilance en toutes circonstances, voire de fermeté à l'égard des patients et de leur famille, pour éviter de faillir... Convivialité ne rime pas toujours avec sûreté !

Notre grande peur à tous, "commettre l'erreur", ne mérite-t-elle pas que l'on y consacre un peu de temps et de réflexion, si possible avant qu'elle ne se produise ?

Eric Gonzalez, président de l'Urps infirmiers Centre

Signaler une erreur médicamenteuse

Tout signalement de risque d’erreur médicamenteuse, d’erreur potentielle ou d’erreur avérée sans effet indésirable, inhérent au(x) médicament(s) peut être transmis directement au Guichet Erreurs Médicamenteuses. Il s’agit de signalements (risque d'erreur médicamenteuse, erreur potentielle ou erreur avérée sans effet indésirable) mettant en cause le médicament en lui-même, et pouvant concerner :

  • dénomination commerciale ou dénomination commune (ex : risque de confusion par similitude entre deux noms de spécialités) ;
  • la présentation du médicament :
    • le conditionnement (ex : défaut de conditionnement et inadaptation aux pratiques) ;
    • l’étiquetage (ex : similitude d’étiquetage entre deux spécialités) ;
    • l’information (ex : informations manquantes, mentions erronées).

Quant aux signalements d'erreurs médicamenteuses ayant entraîné un effet indésirable, ils doivent faire l'objet d'une déclaration auprès du Centre Régional de Pharmacovigilance concerné.

Pour en savoir plus : Site de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits santé  (ANSM)

Creative Commons License

Aurélie TRENTESSE Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com@ATrentesse

Publicité

Commentaires (1)

Utilisateur supprimé

Avatar de l'utilisateur

494 commentaires

#1

Qu'est ce que vous cherchez à démontrer ?

La flagellation faisait elle partie du programme ? Monsieur Gonzalez relayé ici, est-il force de proposition en la matière ?

Merci à l'auteure de l'article de laisser croire à l'ensemble des lecteurs que l'immense majorité des IDEL sont de grosses cochonnes

[...Rappelons notamment que selon une étude publiée en février 2014 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), seulement 3,4% des infirmiers libéraux respectaient l'ensemble des règles relatives à l'hygiène des mains...]

Pour info contradictoire,

[...un questionnaire postal, conçu pour évaluer la pratique actuelle, a été envoyé aux 883 infirmiers libéraux de Seine-et-Marne (région parisienne) en 2012. Deux cent six infirmiers (24%) y ont répondu.]

==> En 2012, sur 883 IDEL d’un seul département questionné(e)s, 206 ont répondu.

==> 206 X 3, 4 % = 7 IDEL


http://e-deal.biz/file/Mf/common/BEH_6_2014.pdf