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Incendie à Lubrizol : un déficit d’informations pour les infirmiers

Le 26 septembre dernier, une partie de l’usine chimique Lubrizol de Rouen, fabricant d’additifs pour lubrifiants, prenait feu dans un incendie, sans faire de victimes. Confinement, fermetures d’écoles et arrêt de certaines activités agricoles, sont autant de mesures qui ont été prises pour la protection de la population et de l’environnement. Dans son infolettre du 19 octobre, le Conseil Interdépartemental de l’Ordre Infirmier Haut-Normand (CIDOI) lançait une enquête afin de recueillir les remarques des infirmiers après l’incendie. Nous vous partageons les résultats.

Incendie à Lubrizol

Sécurité Civile - Si 82% des répondants infirmiers disent s’être informés régulièrement sur la situation (principalement via les médias locaux), 85% indiquent ne pas avoir eu accès à une communication suffisante sur l’évènement.

Cinq cent vingt-cinq infirmiers ont répondu à l’enquête de l’ONI (CIDOI Haut-Normand - Eure et Seine-Maritime) sur l’accident survenu à l’usine Lubrizol. Nous sommes engagés à faire remonter vos questions et à faire en sorte que la profession soit informée de la situation sanitaire liée à cet incendie, a indiqué Karim Mameri, Président du CIDOI Haut-Normand. Les répondants à l’enquête réclament en premier lieu la mise en place d’une communication plus efficace auprès des professionnels de santé en cas de situation sanitaire exceptionnelle. Ils ont attribué à celle-ci, une note de satisfaction très faible (3,3/10).

48% des répondants déclarent avoir été personnellement impacté par l’incendie

Si 82% disent s’être informés régulièrement sur la situation (principalement via les médias locaux), 85% indiquent ne pas avoir eu accès à une communication suffisante sur l’évènement. À la question : Dans votre exercice professionnel, aviez-vous assez d’informations pour aider et/ou orienter les patients qui présentaient des inquiétudes ou des manifestations cliniques liées à l’incendie ? les répondants ont octroyé une note moyenne de 2,7/10. Ils estiment que les informations recueillies n’ont pas été utiles dans la pris en charge d’éventuels patients présentant des symptômes (80%). Pourtant, les infirmiers ayant participé à l’enquête ont été fréquemment questionnés par les patients sur les conséquences de l’incendie sur leur santé (65%) et 22% ont eu à prendre en charge des patients présentant des signes cliniques en lien avec l’incendie à Lubrizol (vomissements …). Les répondants jugent l’ARS (76%), l’ONI (63%) et la Préfecture (47%) comment étant les voies les plus appropriées à transmettre les informations concernant l’incendie.

Les résultats de l’enquête du CIDOI Haut-Normand ont été communiqués à la direction de l’ARS Normandie, ainsi qu'aux députés et aux membres de la Mission d'information parlementaire de l'Assemblée Nationale. Les résultats seront également transmis aux sénateurs, qui ont mis en place une mission d'enquête suite à cet incendie, comme l’indique l’infolettre de l’ONI (9 novembre 2019). Nous avons formulé des propositions au Préfet afin que les infirmiers et plus largement les professionnels de santé soient plus précocement et mieux associés, en cas de situations sanitaires exceptionnelles. De plus, le CIDOI Haut-Normand sera très certainement associé aux travaux initiés par Santé Publique France dans l'enquête de population à venir, ajoute Karim Mameri.

Rappelons que le Sénat a créé une commission d'enquête chargée d’évaluer l’intervention des services de l’État dans la gestion des conséquences environnementales, sanitaires et économiques de l’incendie de l’usine Lubrizol, de recueillir des éléments d’information sur les conditions dans lesquelles les services de l’État contrôlent l’application des règles applicables aux installations classées et prennent en charge les accidents qui y surviennent ainsi que leurs conséquences et afin de tirer les enseignements sur la prévention des risques technologiques, à la demande de l'ensemble des groupes politiques et des présidents de commissions permanentes du Sénat. 

Nous avons formulé des propositions au Préfet afin que les infirmiers et plus largement les professionnels de santé soient plus précocement et mieux associés, en cas de situations sanitaires exceptionnelles

En Mars 2020, Santé publique France lancera une enquête sanitaire auprès de la population vivant autour du site de Lubrizol. L’objectif est de mesurer les nuisances qui ont été vécues par les personnes exposées, les symptômes ressentis, l'impact sur la qualité de vie, les relations sociales, familiales, professionnelles et les conséquences psychosociales, expliquait Anne Laporte, directrice des régions de Santé publique France lors d'un comité de transparence sur l'incendie. L’enquête concernera 215 communes.

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Journaliste infirmiers.com ines.kheireddine@infirmiers.com  @Ineskheireddine

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