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Le métier d'IDEL, c'est être seul ensemble !

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La 5ème édition des Journées nationales des infirmiers libéraux (JNIL) vient d'avoir lieu. C'est au Palais des Congrès de la Villette, à Paris, que les IDEL avaient rendez-vous les 5 et 6 avril 2018 pour parfaire leurs connaissances et échanger entre pairs. Cette année plein feu sur quelques thèmes forts et attendus : les synergies entre SSIAD, HAD et infirmiers libéraux, les risques psychosociaux liés à la profession ou le suivi de patients souffrant de troubles du comportement...

JNIL 2018

La 5ème édition des JNIL s'est déroulée les 5 et 6 avril à Paris. 550 infirmiers libéraux sont venus pour se former, s'informer et échanger entre pairs.

Qu'est-ce que la solitude professionnelle ? Comment accompagner les patients atteints de troubles comportementaux causées par des pathologies neurodégénératives ? Comment composer avec les aidants, avec ses propres émotions ? Quels sont les synergies possibles entre les SSIAD, les HAD et les professionnels libéraux ? Beaucoup de questions d'actualité qui suscitent l'intérêt et auxquels les nombreux intervenants invités pour la 5ème édition des JNIL ont tenté de répondre ou du moins ont proposé des pistes de réflexion. Ces journées se sont déroulées le 5 et 6 avril au palais des Congrès de la Villette, à Paris. 550 infirmiers libéraux ont fait le voyage pour y assister et ainsi s'informer sur l'avenir de leur profession, son évolution et optimiser la prise en soins de leurs patients à domicile.

 On a un cabinet dans la Sarthe et se sont nos premières JNIL, annoncent Anaïs et Lucille. Venues en voiture suite aux problèmes de transport, elles étaient ouvertes à tous les sujets : on n’avait pas de réelle préférence, on voulait faire quelque chose ensemble. Aline et Karine ont également fait la route depuis la Champagne pour leur 3ème JNIL c’est très complet, on a des conférences, des ateliers et cela permet de rencontrer des collègues.

 « Le cancer est aujourd'hui une maladie chronique, avec le vieillissement de la population, le nombre de malades augmente et dans l'avenir, ils seront soignés à la maison... »

Avec le virage ambulatoire, quel type d'organisation en soins de ville ?

table ronde jnil 2018La chirurgie ambulatoire se développant de manière exponentielle, le temps passé au sein des établissements diminue et, en contrepartie, les soins à domicile deviennent prépondérants. Cependant, la coordination entre les différentes structures n'est pas toujours jugée optimale. Que ce soit sur notre forum, par des témoignages dans la presse ou autres... les professionnels se plaignent fréquemment d'un manque de communication avec d'autres acteurs du domicile impliqués. Mais comment cela fonctionne au juste les SSIAD, les HAD ? Les soins de ville sont en évolution et ils sont largement perfectibles. Si cette table ronde du vendredi après-midi a tenté de proposer des pistes d'amélioration, de nombreux témoignages sont venus illustrer des dysfonctionnements entre différents partenariats libéraux/HAD. Personnellement je trouve que la HAD accapare nos patients, j'ai déjà vu le cas de personnes qui sont dirigées vers la HAD sans leur consentement, s'enflamme une soignante. Jean-Jules Morteo, président de l'URPS Île-de-France a tenté d'expliquer cet énervement des IDEL : Les infirmiers libéraux ont la désagréable impression avec la HAD d'être la variable d'ajustement, d'être la 5ème roue du carrosse.

Si certains intervenants ont tenu à rappeler les critères d'inclusion nécessaires pour entrer en HAD notamment celui de « complexité des soins », le Dr Yves Delvaux, hématologue, a résumé la situation en argumentant que la coopération est nécessaire : le cancer est aujourd'hui une maladie chronique, avec le vieillissement de la population, on a une augmentation du nombre de malades et dans l'avenir, ils seront soignés à la maison. Un défi de taille pour les années à venir.

« Il est utile de passer de la joie, à la tristesse puis à la colère car l'exercice libéral c'est la vraie vie » - Mlle Peggy

Soins infirmiers et démences : comment adapter sa prise en charge ?

Les maladies neurodégénératives sont devenues un problème de santé publique prédominant avec le vieillissement de la population. Lors de leur évolution, des troubles du comportement sont fréquents et souvent complexes à appréhender. Cependant, ce type de troubles peut avoir d'autres origines qu'une démence de type Alzheimer. C'est pourquoi il est important de savoir faire la différence et bien détecter les premiers signes. S'il est fréquent de penser qu'un jeune ayant un comportement étrange soit sous l'emprise d'alcool, on ne pense pas cela pour un homme de 85 ans et pourtant...  donne comme exemple le Dr Hélène Anard-Michelot gériatre et médecin formateur. De même, un homme diabétique qui prend moins soin de son intérieur peut avoir des troubles du comportement dus à une décompensation de son diabète ou un deuil dans sa famille.

En cas de diagnostic clairement établi, des techniques de communication peuvent s'avérer bien utiles face à ce type de situation lorsque qu'un professionnel entre dans le domicile et l'intime d'une famille et doit aussi composer avec les proches. Par exemple, limiter le « on » dépersonnalisant, ou la mise en exergue des situations d'échec est essentiel. Au contraire, il est préférable de valoriser et de ne pas insister sur ce qui s'est mal passé. Au mieux, le soignant peut faire diversion pour ne pas laisser le patient s'enfermer dans son échec.  L'infirmier libéral peut ainsi améliorer sa prise en soins et repérer les indices indiquant les degrés d'épuisement des aidants et les conseiller au mieux pour qu'ils assument leur quotidien.Les aidants ont toujours l'intention de bien faire, mais il arrive parfois que, sans le vouloir, ils fassent plus de mal que de bien.

La technicité relationnelle est quelque chose qui s’apprend

La solitudes des soignants

Comment se ressourcer et gérer ses émotions ? Ne pas se laisser submerger ? Ariane le jeune, psychosociologue, est intervenue pour aborder les risques psychosociaux en lien avec un métier où l'on passe son temps à prendre soin des autres, à entrer dans leur intimité avec à chaque perron franchi un contexte différent et des affects particuliers.

Si la plupart des infirmiers libéraux ont jugé son intervention intéressante quoi que très académique, Ariane Le Jeune a su dresser un portrait "au plus près du réeel" du quotidien des IDEL. Manque de temps, tâches administratives trop contraignantes, problèmes de juste distance, fatigue émotionnelle, manque de reconnaissance, la psychosociologue a cité les principales difficultés auxquelles sont souvent confrontées les IDEL.

Elle a surtout soulevé beaucoup de questions sur le pourquoi et le comment en est-on arrivé là...  Il existe un décalage entre le travail prescrit et l’activité réelle, explique-t-elle. Bien sûr les « à côtés » et le travail relationnel ne sont pas comptabilisables par les institutions. Sans compter que mettre à jour tout l'administratif c'est aussi moins de temps pour les patients ce qui peut heurter l’identité professionnelle des soignants.

Les mentalités ont également évolué, les patients sont plus individualistes et ont une attitude de consommateur. Le passage à l’incivilité se fait beaucoup plus facilement. Pour Kathie, infirmière libérale en banlieue toulousaine, la technique pour elle est de faire des transmissions plus longues, où on se lâche. Le plus important pour Ariane Le Jeune est là, la communication avec ses pairs ! Le fait d'être membre d’un collectif aide à ne pas se sentir seul dans des situations problématiques.

La solitude peut être l’occasion de questionner ses pratiques et conserver créativité, autonomie et sens au travail. Mais pour cela, elle doit être choisie et non subie.

Des ateliers au coeur des problématiques des IDEL

atelier gestion de conflitsPlusieurs ateliers étaient proposés aux infirmiers en parallèle des conférences. Si certains ont pu s’exercer le vendredi aux massages relaxants, beaucoup se sont intéressés à la nomenclature des actes, notamment Anne : on a des problèmes avec la sécu au quotidien alors il est important de mettre à jour nos connaissances. D’autres ont participé à l'atelier sur la gestion de conflits organisé sous forme de jeux de rôles. C’est quelque chose auquel on est confronté quotidiennement en pratique et personnellement je n’aime pas les conflits parce que je ne sais pas comment les résoudre, admet Karine. Pendant les échanges animés, les sources de conflits citées par l’assemblée étaient nombreux : internet et ses méfaits, le désaccord avec la famille, les négociations perpétuelles ou des incompréhensions. Des infirmiers se sont prêtés à la mise en scène de situation qu’ils ont vécues comme un professionnel pris au centre d’une dispute entre une mère et sa fille qui ne supportait pas sa dépendance. Une autre infirmière travaillant à Mayotte, raconte comment elle ne parvient pas à expliquer à une patiente diabétique qu’elle devrait surveiller son alimentation.

Ces deux jours nourris de beaucoup d'échanges, ont également permis aux participants d'assister à une conférence sur les anticoagulants. Prendre soin des patients concernés nécessite une surveillance optimale, le risque hémorragique demeurant omniprésent : 17000 hospitalisations sont dues à des complications hémorragiques des AVK. Pour finir, une conférence sur le suivi de patients cancéreux à domicile à souligné l'importance de l'information donnée aux patients ainsi que l'existence de l'infirmier référentou de coordination en cancérologie(IDEC).

"Parce que vous le valez bien !"

A l'issue de ces deux journées, voici le message qu'a souhaité adresser aux participants Bernadette Fabregas, rédactrice en chef d'Infirmiers.com, lors de son allocution de clôture. Etre seul ensemble... oui, il est vrai que chacun est venu à ces journées seul, avec ce qu'il est intrinsèquement mais, à l'arrivée, sa solitude s'est enrichie de l'autre, cet autre qui lui ressemble parce qu'il fait le même métier, mais cet autre différent dans sa manière de l'exercer. Seul ensemble sonne comme un paradoxe mais surtout comme un défi. La coordination ville/hôpital ou hôpital/ville est celui des années à venir, un défi pour des soins à domicile de plus en plus importants et dont la qualité et la sécurité ne doivent souffrir d’aucune approximations, voire failles. Il y a beaucoup à faire, donc continuez à vous former, à vous informer, soyez forts dans vos pratiques, vous le devez à vos patients. Faites savoir votre savoir faire, sachez le valoriser, engagez-vous pour votre profession, défendez vos compétences et soyez assurés de votre valeur parce que vous le valez bien ! Ces Journées sont les vôtres, soyez-y fidèles c’est aussi notre souhait !

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

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