AU COEUR DU METIER

"Panser par l'image", le défi de Stéphanie, infirmière libérale

Cet article fait partie du dossier:

Compétences infirmières

    Précédent Suivant

Infirmière depuis 8 ans, j’exerce depuis 5 ans en libéral dans le département de l'Ariège, au sud de Toulouse. Maman de deux enfants (6 ans et 2 ans), je voue une véritable passion pour la photographie depuis une dizaine d'années, car pour moi, elle fige un instant de vie, délivre un message et une émotion palpable. Au départ, mon plaisir consistait à capturer des moments simples de la vie, à réaliser des portraits de mes proches et des photos de paysages. Parallèlement, en tant qu'infirmière, je suis régulièrement confrontée à des patients qui verbalisent leur mal-être en s'exprimant ainsi : "Je ne ressemble plus à rien" ou encore "On ne me regarde plus comme avant". Il m'est difficile de rester insensible à ces propos, le moral étant, selon moi, un élément capital pour palier aux difficultés rencontrées et imposées dans un parcours de vie, affronter la maladie, une situation de handicap ou faire face à des violences.

Stéphanie Rodriguez panser par image

Crédit photo Stéphanie Rodrigues - Panser par l'image : "cette appellation à un sens particulier pour moi car elle renvoie à l'idée que chacun d'entre nous doit, à un moment de sa vie, panser une blessure (notion de pansement) quelle qu'elle soit, et cela donne un véritable sens à mon intervention : aider à combler une faille souvent béante..."

L'image de soi, l'estime de soi, la valorisation d'une personne dans notre société, les difficultés auxquelles elle peut être exposée, sont autant de sujets qui me touchent depuis longtemps, professionnellement et personnellement. C'est donc la raison pour laquelle, profondément déterminée à faire évoluer les choses, j'ai aujourd'hui décidé de conjuguer ma profession d'infirmière à ma passion pour la photographie, en proposant la thérapie par l'image. Innovante dans le département de l'Ariège et dans la région Occitanie, elle reste peu répandue sur notre territoire national où elle est surtout exercée par des photographes non issus de professions médicales ou paramédicales. Cependant, elle est largement déployée au Canada et aux Etats-Unis où elle a fait ses preuves.

Travailler avec leur image... Ce qu'elles en disent...

Témoignage de patiente après un cancer du sein avec reconstruction mammaire

Quelques années après mon opération, ces photos me mettent face à une réalité : ma féminité est intacte. Pourtant j'ai douté, eu peur... et là, devant ces images, je ne peux nier, elles me rassurent. Sourire à l'objectif, c'est aussi sourire à la vie !

Témoignage de patiente après une gastroplastie

Depuis des années, je ne supporte pas le reflet de mon corps dans la glace. Après de nombreux régimes et une opération qui ont laissé des marques au fil du temps, j'ai perdu toute confiance en moi. A travers cette séance, je souhaite me réapproprier ce corps qui est le mien, malgré mes défauts, et arriver à me regarder autrement... avec un regard plus positif. J'espère pouvoir me réconcilier avec mon image et réparer d'une certaine façon l'estime de soi car ce corps, c'est mon histoire.

Concrètement, de quoi s'agit-il ? 

La thérapie par l'image intervient dans le parcours thérapeutique du patient, aussi bien lors d'un traitement (je pense notamment aux personnes atteintes d'un cancer et suivant une chimiothérapie ou encore aux personnes touchées par un lourd handicap et qui sont en phase d'acceptation) que dans une phase de reconstruction (post-cancer, dans la manière de mieux appréhender un handicap, post-violences conjugales, post-chirurgie...), mais un champ infini de situations peuvent faire appel à ce concept. Ainsi, j'utilise la photographie comme une alliée dans le parcours de vie du patient.

En tant qu'infirmière, je suis régulièrement confrontée à des patients qui verbalisent leur mal-être en s'exprimant ainsi : "Je ne ressemble plus à rien" ou encore "On ne me regarde plus comme avant". Il m'est difficile de rester insensible à ces propos...

Comment se déroule une séance de thérapie par l'image ?

image photo IDELIl y a tout d'abord la prise de contact, qui se fait généralement par mail (des personnes ayant déjà réalisé des séances m'ont fait part du fait qu'il était plus facile de se livrer par mail, que par téléphone), mais nous pouvons bien évidemment échanger de vive voix. A ce niveau, le patient me confie son histoire, son vécu, il me décrit ses difficultés et m'explique ce qui le conduit à remettre en question la personne qu'il est aujourd'hui.

Vient ensuite la préparation de la séance photos qui est toujours réalisée en concertation avec le patient puisqu'il mène sa propre séance comme il l'entend. Je n'impose rien, nous travaillons ensemble. Mon maître-mot : être à l'écoute. Il est important pour moi de connaître les attentes de la personne pour travailler la séance de la manière la plus individualisée possible. Objectivement, la séance doit faire écho au patient.

Enfin, le déroulement de la séance proprement dite. Le jour J, les clichés sont réalisés soit au domicile du patient où je peux me déplacer, soit dans un lieu, de son choix, familier et sécurisant pour lui, ou bien encore dans des lieux de rencontre que je peux proposer, mis gracieusement à ma disposition afin que je puisse réaliser ces séances de thérapie par l'image.

A l'issue de la séance, la personne pourra récupérer l'ensemble des clichés réalisés. Je tiens à préciser que les photos ne sont pas travaillées sur un logiciel de retouches, cela n'aurait ni sens, ni utilité ; les seules retouches se font au niveau des couleurs, de l'exposition et des contrastes si nécessaire. Toutes les photos appartiennent au patient, elles ne seront pas diffusées sauf accord écrit de ce dernier.

Travailler avec leur image... Ce qu'elles en disent...

Témoignage après un deuil

J'ai souhaité me mettre à jour pour me regarder autrement que dans un miroir, ce miroir qui me renvoie le reflert de moi que je ne supporte plus. Les obstacles de la vie me sont difficiles à franchir. Certains ont laissé des marques qu'il faut accepter. Pour une fois, j'ai revu la couleur de mes yeux sans qu'elle soit troublée de larmes. La photo pour pansement ? Pourquoi pas ? J'ai osé oser...

Témoignage après une grossesse

Cette séance me permet d'apprivoiser mon corps, de le voir d'un oeil extérieur. Ce corps qui a subi des transformations et sur lequel j'ai voulu graver à vie des étapes qui m'ont marqué ou des sentiments que je veux garder intacts jusqu'à ma mort, que je pourrais jamais oublier. Ce corps qui a porté la vie à deux reprises, qui a nourri mon enfant et qui garde en mémoire les complexes d'autrefois. Oui, je suis une femme, et non plus une adolescente. Et oui, mon corps, c'est tout cela dorénavant.

Pour une association d'utilité publique...

photo IDELEn parallèle du développement de la thérapie par l'image, j'ai créé l'Association Panser par l’image en référence à mon métier. En effet, cette appellation à un sens  particulier pour moi car elle renvoie à l'idée que chacun d'entre nous doit, à un moment de sa vie, panser une blessure (notion de pansement) quelle qu'elle soit, et cela donne un véritable sens à mon intervention : aider à combler une faille souvent béante. Les objectifs recherchés lors de la création de mon association sont multiples :

  • faire émerger ce concept d'accompagnement du patient à travers la photographie et donc promouvoir la thérapie par l'image ;
  • faciliter l'accès à cette thérapie malgré son coût. Une séance représente en moyenne 14 heures de travail, pour un coût global en 2019 de 250 euros. Il est à noter qu'aujourd'hui, ce soin n'est pas remboursé par notre régime de couverture sociale, il est donc une priorité pour moi, de sensibiliser et par là-même, de mobiliser les collectivités territoriales, les instances régionales ainsi que l'Etat pour permettre un accès pour tous à cette thérapie. L'obtention de subventions pourrait par exemple permettre la réduction du coût de la séance ;
  • axer ma démarche sur l'accompagnement d'hommes, de femmes et d'adolescents touchés par le cancer mais aussi dans l'accompagnement de femmes victimes de violences. Cependant, la thérapie par l'image peut être utile à quiconque, à un moment précis de sa vie. Je reste donc réceptive à toute demande qui pourrait m'être adressée, car à mon sens, cette prise en charge doit pouvoir bénéficier au plus grand nombre.  

Je pense également que pour que la démarche du patient vers la thérapie par l'image soit bénéfique sur le long terme, cette dernière doit être précédée et/ou suivie d'un accompagnement psychologique réalisé par des professionnels diplômés qui sauront utiliser mes clichés comme base de travail pour aider le patient à retrouver l'estime de lui-même. C'est la raison pour laquelle, depuis le début de mon projet, je souhaite travailler en équipe pluridisciplinaire (médecins, thérapeutes, infirmiers, psychologues) et en étroite collaboration avec des associations, des hôpitaux et des cliniques.  Ce travail d'équipe permettra un accompagnement global et de qualité du patient afin que ce dernier retrouve rapidement l'estime de lui-même, nécessaire à son épanouissement.  

Je compte bien élargir ce réseau pour aller le plus loin possible dans ma démarche et pour que les valeurs de mon association profitent au plus grand nombre sur le département de l'Ariège, en région Occitanie et qu'elles s'étendent au territoire français. J'invite donc tous les professionnels du milieu médical, paramédical ou autres, désireux de me faire par de leur envie de collaborer avec moi à m'écrire par mail. Ensemble, nous effectuerons une démarche constructive en échangeant sur le type d'accompagnement à proposer à chaque patient afin qu'il soit le plus personnalisé possible et cela partout en France.   

stéphanie IDEL

Note

Aujourd'hui, il me tient particulièrement à cœur de remercier Monsieur Jean-Michel Tarricq, Président de la Ligue contre le Cancer de l'Ariège et Monsieur Alain Rotter, son Vice-Président avec lesquels un partenariat est déjà instauré, le  Docteur Isabelle About du service  d'Oncologie du Centre Hospitalier du Val d'Ariège, le Centre Hospitalier Ariège Couserans et l'Association Volonté de Femmes en Ariège. Je remercie toutes ces personnes de m'avoir accordé leur confiance et de me soutenir dans ce projet.                  


Infirmière libérale
panserparlimage@gmail.com
Crédits photos Stéphanie Rodrigues
Suivre Stéphanie sur sa page facebook

                                                         

Retour au sommaire du dossier Compétences infirmières

Publicité

Commentaires (0)