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Pas de bras, pas de chocolat...

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Blogs infirmiers

Pratiquer un soin à un jeune enfant pour son bien... Oui mais à quel prix et pour quel prix ? Les peurs et les pleurs d'un enfant valent-ils un soin que l'on sait impossible ? Une problématique « cœur de métier » sur laquelle la blogueuse « C'est l'infirmière » s'est interrogée dans l'un de ses billets...

enfant chocolat

6€08 pour prélever un petit enfant appeuré... A ce prix là, mieux vaut se « taper » une tablette de chocolat !

« - Vraiment ? »

Oui, oui, vraiment. J’essayais d’expliquer tant bien que mal au père de famille que j’avais au bout du fil, que non, même à la maison avec les doudous toussa toussa, prélever un enfant de quatorze mois ce n’était pas possible. Pour être plus clair : ce n’était plus possible pour moi.

Jean-Patrick le moustique

J’avais bien essayé plusieurs fois de prélever des touts petits, des minitous de moins de trois ans. La plupart du temps ensommeillés et encore en turbulette, ils accueillaient avec un sourire grimaçant mes mains froides sur leurs petits avant-bras potelés, bien au chaud dans ceux de leurs parents souvent stressés. Je les faisais sourire avec mon garrot dinosaure plein de couleurs qui a un charme fou auprès de mes petites grands-mères. Tout en préparant mon matériel avec mes aiguilles aiguisées et mon alcool qui sent l’hôpital, je parlais de Jean-Patrick le moustique qui se pose sur le pli du coude pour prendre son petit déjeuner (voire à se taper en même temps le dîner au vu du nombre de tubes à prélever parfois). Je cherchais la micro-veine avec ma micro-aiguille armée de ma maxi concentration… Mais la plupart du temps je ratais.

Je les faisais sourire avec mon garrot dinosaure plein de couleurs qui a un charme fou auprès de mes petites grands-mères.

Un cirque à la piste étoilée

Je ratais parce que la veine était si minuscule qu’elle était imperceptible ou trop ramollie par la crème anesthésiante. Je foirais parce que le parent n’osait pas bloquer suffisamment son enfant et qu’il bougeait. Pas forcément parce qu’il avait eu mal, mais parce qu’il avait eu peur. Des peurs et des pleurs parce qu’il n’avait pas compris ce que je lui faisais.

Parce que j’ai l’impression qu’en dessous de trois ans, que tu lui parles moustique qui pique, garrot dinosaure ou que tu lui ouvres les portes d’un zoo tout entier ou celles d’un cirque à la piste étoilée, l’enfant de moins de trois ans restera toujours trop petit pour comprendre que tu voudrais simplement l’emmener loin, très loin de ce qui peut faire mal, loin de ce qui peut faire pleurer.

Pas de sang, pas d’argent

Pourtant j’ai essayé de piquer l’impiquable. Histoire de ne pas refuser un soin, histoire de ne pas passer pour celle qui ne veut pas. J’ai accepté les doudous puants comme collègues de prise de sang, j’ai accepté les tablettes bruyantes aux comptines agaçantes comme support ludique pour prélever mon bilan. J’ai accepté de n’être payé que 6€08 pour passer parfois plus de trente minutes sur mon soin, parce qu’il n’existe pas de majoration pédiatrique même pour des petits bouts qui n’ont pas fêté leur un an. J’ai accepté, trop souvent, de ne pas être payé du tout parce que le sang ne montait pas dans le tube. Parce que si pas de bras, pas de chocolat : pas de sang, pas d’argent. Alors à ce prix là, je préfère me taper une tablette pour me réconforter.

J’ai dit non à un soin, pour la première fois ce matin.

Un carré de chocolat

Alors oui, j’ai dit non à un soin, pour la première fois ce matin. J’ai pris la décision de ne plus prélever en dessous de trois ans. Trop peinée de faire pleurer pour rien. Trop fatiguée de ne pas être payée du tout. J’ai demandé au papa d’aller au laboratoire en espérant secrètement qu’il ne m’en voudra pas. Mais je lui ai quand même conseillé d’amener le doudou puant et la tablette bruyante, histoire de mettre toute les chances du côté de celle qui fera prendre son petit-dèj à Jean-Patrick... Moi en attendant, je me reprends un carré de chocolat blanc !

http://cestlinfirmiere.blogspot.fr/

Cet article a été publié le 14 mars 2016 2016 par « C'est l'infirmière » que nous remercions de cet échange.

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