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Patient, où es-tu ?

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Dans son nouveau billet, Clématite, infirmière libérale, se demande où sont passés les patients marseillais...

A Marseille les patients ont disparu...

A Marseille, les patients ont disparu...

En ce beau samedi ensoleillé, sur fond de campagne électorale sanglante, cinglante et sans pitié et d'un énième meurtre dans la cité phocéenne, j'ai envie de faire un  « retour vers le futur »  et de me retrouver en pleines fêtes Pascales de mon enfance lorsque je cherchais des œufs de Pâques... sauf que les œufs sont ici les patients marseillais…

En effet, au vu de ma propre expérience et de mes échanges avec mes collègues libéraux de Marseille, je peux affirmer que nous sommes en très forte diminution de patientèle. Il fut un temps pas si éloigné où je "refusais" du travail. J'avais en moyenne deux appels par jours, je programmais mes tournées en fonction des nouveaux patients et je me questionnais sur la possibilité d'accepter telle ou telle prise en charge selon l'heure et le lieu...

Aujourd'hui ??? Rien, niente, nada, queutz, degun, nothing, لا شيء, τίποτα , 没什么... Mon téléphone est aussi muet que celui du tour-opérateur du "circuit de rêve à Damas". Alors la question supra métaphysique du jour : où sont les patients ????

On nous abreuve de maladies chroniques, de vieillissement de la population, de sorties anticipées, de maintien au domicile, de parcours de soins multidisciplinaire, voire de décloisonnement hôpital/ville (Eh ! On dirait pas un ministre qui parle là ? hein ? Avouez...). Bref, malgré ce contexte hautement favorable à la prise en charge par des IDEL, la patientèle se désertifie et chaque infirmière libérale marseillaise « espinche » de façon peu catholique sa collègue de quartier, prête à lui glisser une peau de banane très opportune sous les pieds lors de sa descente de voiture (ça marche aussi avec la merde de chien, mais c'est plus sale à transporter et ça pue !), voire à la dégommer auprès des médecins ou pharmaciens locaux, quitte à organiser des opérations "séduction de l'infirmière" auprès des patients eux-mêmes. Petit exemple : Ha madame Michu, votre infirmière ne vous fait pas les courses ?? Rohhh c'est pas gentil ça dans votre état elle pourrait faire un petit effort... Vous savez moi, mes patientes je les chouchoute !

La réunion Tupperware du cassage d'IDEL

Bon, vous l'aurez compris à Marseille c'est la GUERRE !!!! Des politiques, des gangs, des infirmières... Alors où se cachent-ils ces braves patients ? Quelques pistes, mais ça va pas plaire à tout le monde ! :

  • la campagne de maîtrise du volume des prescriptions par les caisses d'assurance maladie auprès des médecins : on ne prescrit plus comme avant. Enfin plus de soins infirmiers ou kiné... Les médocs ne sont pas encore impactés, ni les examens complémentaires redondants, les pharmaciens et médecins radiologues faisant partie de "la famille". Vous devez savoir que les médecins reçoivent une prime pour cela... si, si... Une prime à la performance, dont la baisse du volume des prescriptions ;
  • le développement éhonté des cabinets libéraux à Marseille depuis quelques années, qui bien que désormais réglementés, ont fleuri comme coquelicot dans les champs printaniers (vous remarquerez que je n'ai pas dit comme du chiendent). Les jeunes "recrues" ont les dents longues, histoire de justifier leur changement de cap, après quelques années d'exercice sous contrainte à l'hosto. Et puis leur réseau hospitalier les favorise nécessairement lors d'une sortie patient. C'est humain comme comportement. Donc là où nous traînions nos guêtres à 10 cabinets par quartier (nous connaissant et nous entraidant souvent) nous sommes désormais 80 à nous regarder en chien de faïence à chaque croisement dans un escalier (la banane...) ou dans un rond point... Grrrrrr, wouarf, wouarf... allez , couché la bête! ;
  • la propension mercantile de l'hôpital à faire revenir les patient pour leurs pansements, deux à trois fois par semaine, en totale incohérence sécuritaire eu égard aux risques accrus d'infections nosocomiales, en totale ignorance d'une quelconque qualité de vie du patient (qui va se dessécher sur une chaise trois heures durant pour attendre son pansement), en méprise sublime des économies de santé car un pansement en hôpital sera facturé avec une consultation spécialiste + un AMI4 (cotation de l'IDEL), agrémenté parfois d'un transport en VSL ou ambulance (soyons fous!). Ceci sans compter les recommandations aux patients de refaire eux-mêmes leurs pansements ou injections d'anticoagulants de retour à leur domicile... ;
  • l'extrême "appétence" (c'est le seul mot gentil que j'ai trouvé) des SSIAD et autres HAD, se jetant sur les soins comme la misère sur le pauvre monde, au détriment des IDEL n'ayant pas le même pouvoir de réseau (l'IDEL n'est pas une araignée)... sans parler des prestataires.... ;
  • AH ! Ces chers, très CHERS prestataires, que le monde entier nous envie !!!!
    • Ces filières organisées avec une maîtrise commerciale parfaite de toute la chaîne. L'implantation à la source (dans les services) avec la complicité active (et tarifée ?? Sunshine Act...) des chefs et cadres de services ;
    • La douceur auprès des patients : "On peut vous envoyer des IDE spécialisées, qui savent faire des soins hautement techniques que vos IDEL ne sauront probablement pas faire... mais si vous voulez les conserver à vous de voir"... niac niac ... je vois briller le diamant sur la dents pointue... ;
    • La prise en charge et l'organisation in extenso du retour au domicile et de la livraison des produits, envahissant l'espace vital ("c'est pour votre bien") avec pléthore de thérapeutiques agressives dont l'utilité n'est pas toujours démontrée...
    • Et bien sûr, l'omniprésence des équipe IDEL "spécialisées" sur le territoire marseillais, jonglant habilement avec les PAC (voies centrales), les PEC (prises en charges), les PIC (line), l'époque, les POUC (poukoua tu fais ça?) et PAC (paque ça me rapporte beaucoup de sous)... Une de leur pratique est de travailler avec des IDEL qui font la "toilette" pendant qu'eux font les branchements de perfusion. Un genre de partage des tâches sauf que les "tâches" c'est toujours les mêmes. Ce sont les infirmiers en gants blancs et les autres ? ben les "toiletteurs". J'adooooore !!!!!! 

Vous l'aurez compris, ces cabinets d'infirmiers "plus" ne sont pas mes AMIs, ni à mon sens UTILs sur la ville , mais ils sont là.... et nous devons faire avec (eux) et sans (soins techniques). Voilà quelques pistes d'explications au terrible marasme de beaucoup d'IDEL marseillaises prêtes à raccrocher les gants (de toilette, car les pôvrettes, il ne leur reste plus que ça pour subsister). Alors où est la solution ? Bien évidement je ne l'ai pas. Si ce n'est de ne pas baisser les bras et de se concentrer sur la qualité, la formation, la montée en compétences qui permettra de faire la différence, enfin j'espère. Mon jeu de piste s'arrête là. J'ai trouvé quelques œufs dans le jardin de Massalia. J'ai essayé dans cet article de ne pas marcher dessus, car la langue de bois y en a marre aussi... Et les cloches, y en a marre aussi.

http://linfirmiere-libre-rale.eklablog.net/

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Commentaires (1)

superman13

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1 commentaires

#1

Tout à fait d'accord!!!

Je pense qu'il ne reste plus mes chèr(e)s consoeurs/confrères qu'à nous expatrier à la campagne!