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Portrait – Infirmier libéral et aussi humoriste...


Avec sa verve de sudiste, Yannick Laganne manie avec une dextérité comparable la seringue et le micro, précieux accessoire par le biais duquel il endosse les habits d’amuseur public. Ce portrait est paru dans avenir & santé de juillet/août 2012, le magazine de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), que nous remercions de cet échange productif.

Bien saignant - yannick laganneSoigner son prochain et monter sur les planches, deux rêves que conjugue Yannick Laganne, non sans réveiller la fibre du spectacle qui coule dans le sang familial. Ce trentenaire est en effet le neveu de Christian Varini, le fondateur du Point Virgule, célèbre antre parisien qui a vocation à donner leur chance à des artistes prometteurs. Et les pensionnaires de la pépinière passaient régulièrement leurs vacances dans la maison familiale en Haute-Garonne. Le petit Yannick découvre ainsi Jean-Marie Bigard et consorts avec le regard qui brille et la ferme intention d’imiter ses héros en se dévoilant lui aussi sur les planches. Il débute les cours au sortir de l’adolescence, à 17 ans, à Montauban, au sein d’une troupe, « Les Jeux de la scène » avec, au programme, essentiellement des pièces de boulevard. Un genre qui exalte l’émotion à fleur de peau et où l’hilarité partagée est la meilleure des évasions. La formation se poursuit de 2007 à 2009 au café-théâtre des Minimes à Toulouse. Avec, à la clé, d’utiles acquis techniques comme la capacité à se déplacer ou à poser sa voix et une rencontre cruciale avec la metteuse en scène Cécile Jaquemet.

Tous deux s’attèlent à l’élaboration d’un spectacle en regroupant des bribes écrites çà et là. « Bien saignant » naît en 2010 avec un credo : « une galerie de personnages animés d’un humour noir incisif sans tabou, absolument pas vulgaire ». Au menu, les thèmes classiques du quotidien : la mondialisation, la malbouffe, la mort... Yannick Laganne ne le cache pas : « Mon activité a une grande influence. Certaines situations, les traits de caractère ou la façon de s’exprimer de ceux que je côtoie m’inspirent seulement de manière indirecte. Cela reste fictif. Il est évident qu’aucun de mes patients ne se reconnaîtra dans les sketchs. C’est une question de respect. Cependant, je ne m’interdis d’aborder aucun sujet, pas même le sujet médical, à condition qu’il n’y ait rien de dégradant. »

« Le rire, excellent moyen de capter parole et confiance »

Arriver à dérider l’assistance afin qu’elle s’esclaffe, l’inviter au voyage dans un univers imagé, voilà à la fois la gageure et la sublime récompense. Là encore, la continuité avec l’exercice infirmier est avéré : « Le rire est un outil de médiation thérapeutique qui incite à se libérer, à parler, à se confier. Il est un excellent moyen de capter la parole et la confiance. »

A la ville, le rapport à l’autre est également bonifié. Yannick Laganne officie au centre médical de Castanet, une bourgade de Haute-Garonne à taille humaine qui compte une dizaine de milliers d’âmes. Ici, les habitants ne s’ignorent pas. Se produire devant des gens que l’on est par ailleurs amené à soigner ne décrédibilise pas le professionnel de santé. Au contraire, une proximité accrue et enrichissante s’instaure : « A leurs yeux, on devient peut-être plus important que ce que l’on est. On vous voit sous un jour différent et notre relation y gagne peut-être en amitié. J’ai le sentiment d’entrer davantage dans les foyers, je m’en rends compte lorsque des handicapés font l’effort d’assister à une représentation. »

En revanche, être infirmier à temps plein et ne se consacrer à sa passion qu’en dehors des heures de travail est très défavorablement perçu par le milieu des saltimbanques, convaincu qu’un amateur assidu sera forcément moins pertinent et investi qu’un comique de métier. Une présomption à charge qui confine à la jalousie d’une corporation qui n’apprécie guère que des trublions empiètent sur ses plates-bandes. Décidé à battre en brèche les préjugés, Yannick Laganne, dont les mots acérés commencent à être précédés d’une rumeur flatteuse, sonne aux portes avec l’espoir que les patrons de salles acceptent qu’il soit affiche. Toujours est-il qu’il s’est produit au théâtre toulousain du Fil à plomb du 31 juillet au 11 août derniers.
Et si le succès lui souriait jusqu’à lui offrir de réelles perspectives de carrière, il serait prêt à quitter le cabinet qu’il a créé. Non pas par lassitude, loin s’en faut, simplement par envie de se lancer dans une aventure magique.

Du public au privé

Désormais infirmier dans une maison de santé, Yannick Laganne a trouvé dans le statut de libéral le moyen de concilier ses aspirations professionnelles et personnelles.

Un rêve de gamin, celui d’officier dans le secteur médical et de s’occuper de son prochain, a suffi à augurer un futur. En 1997, le diplômé frais émoulu de l’Ifsi de Cahors, s’oriente à 27 ans vers la psychiatrie au centre hospitalier de Montauban. Un domaine qui lui procure l’épanouissement qu’il en attendait : « Les rapports à l’autre sont différents. Des amitiés sincères se nouent et les patients sont peut-être davantage reconnaissants. Je trouve aussi qu’on prend le temps de s’intéresser davantage à l’être humain dans son ensemble. Nous proposons aux patients des clefs afin qu’ils vivent mieux, quitte à s’immiscer complètement dans leur existence. Au sein du service se créé également une véritable cohésion, ce qui n’est pas forcément le cas ailleurs. Et puis la parole de l’infirmier est certainement plus respectée et écoutée par les médecins. »
En 2002, Yannick Laganne part exercer ses talents à l’Hôpital Gérard Marchand à Toulouse et en profite pour suivre un cursus en soins d’urgences. Las, en 2005, convaincu d’avoir fait le tour de la question, il décide de voler de ses propres ailes plutôt que de s’inscrire à l’Institut de formation des cadres de santé. Un nouveau mode de fonctionnement qui lui permet notamment de gérer ses horaires avec une latitude accrue et ainsi de donner cours à sa passion, les one-man-shows.
Il intègre, en tant que remplaçant, le centre médical de Castanet, dans la banlieue de Toulouse, qui comprend cinq généralistes et des spécialistes (cardiologue, dentiste, kinésithérapeute...). Une structure qui lui correspond et au sein de laquelle il ouvre son cabinet dès 2006. Même s’il intervient essentiellement à domicile, pareil environnement lui sied : « C’est gratifiant et rassurant. Mon expérience m’est extrêmement utile. Elle m’aide à aborder les gens à l’aune de leurs spécificités, à détecter leurs éventuels problèmes de comportement et à réagir de manière adéquate. »

Bibliographie

  • Terrini A. ? « Quand un infirmier libéral est aussi un humoriste, c’est saignant ! », Avenir & Santé n°405, juillet-aout 2012, p. 34-35.

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Avenir & Santé n°405, juillet-aout 2012

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