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Portrait - Un infirmier libéral en politique

Élu conseiller général en mars dernier, Frédéric Burghard, 42 ans, met son expérience d’infirmier libéral au service des habitants de son département de Haute-Saône (70). Cela fait bientôt 12 ans qu’il se frotte à la politique, sans regret.
Cet article a été publié dans la revue Avenir et Santé de novembre 2011, magazine de la Fédération nationale des infirmiers, que nous remercions une fois encore de ce bel échange.


frederic burghard conseiller general haute saone infirmier« J’aime être au service des autres ». A 42 ans, Frédéric Burghard, infirmier libéral devenu conseiller général de Haute-Saône en mars 2011, n’est pas du genre à ronchonner dans son coin en espérant que les choses changent. « J’aime me retrousser les manches pour agir et corriger ce qui doit être corrigé », confie-t-il. C’est pourquoi il s’est engagé en politique.

Fraîchement élu au sein de son département, il compte bien mettre son expérience d’infirmier libéral à profit. Et ce, d’autant plus que le conseil général a d’importantes compétences en matière de santé et de solidarité, notamment en ce qui concerne l’aide aux personnes âgées et aux personnes handicapées. « J’ai travaillé sur la création d’une unité de vie pour les adolescents et jeunes adultes handicapés. Il s’agit d’une structure d'hébergement où sont proposées des activités de cuisine, jardinage, ou encore bricolage. De par ma profession, je connais les difficultés et les besoins des professionnels de santé comme des patients et de leurs proches ». Un projet en cours de structuration. « Le choix du lieu est déjà fixé », glisse-t-il.

« En politique » depuis 11 ans

Frédéric Burghard n’en est pas à son coup d’essai. Cela fait onze ans qu’il s’active sur le plan politique. Il a franchi le pas en rejoignant une liste électorale au sein de sa commune de 8000 habitants, Luxeuil-les-Bains. Quatre ans plus tard, il est élu conseiller municipal, avant de se hisser au rang d’adjoint au maire en mars 2008, poste qu’il occupe toujours.
Là encore, son expérience de terrain fait la différence pour la modernisation de foyers-logements pour personnes âgées, par exemple. « J’ai participé à la mise en place d’outils de suivi en matière de dépendance : une expertise des pensionnaires à leur arrivée ainsi qu’une collaboration avec un médecin en gériatrie du centre hospitalier intercommunal de la Haute Saône ». Et puisqu’il connaît les textes législatifs et réglementaires, les conventions et l’organisation du système de santé, il n’hésite pas non plus à décrypter les difficultés rencontrées par les professionnels de santé en général, et les infirmiers libéraux en particulier, auprès du député-maire de sa commune. Un travail d’explication proche de celui qu’il assumait déjà en tant que premier secrétaire général du syndicat FNI de Haute-Saône.

A partir de 2014, conseillers régionaux et conseillers généraux vont être fusionnés dans un nouveau mandat de conseiller territorial à l'occasion d'un scrutin qui remplacera les cantonales et les régionales. « Dans la mesure du possible, j'aimerais pouvoir poursuivre mon action en étant choisi pour représenter mon territoire à ces élections ».

Aimer les gens

Diplômé de l’école d’infirmiers Croix-Rouge de Vesoul (Haute-Saône), ce père de trois enfants âgés de 4 à 11 ans regrette parfois que peu d’infirmiers libéraux osent se lancer. Mais il comprend. « Les fonctions politiques sont très prenantes. Les élus ont souvent des réunions entre 16h et 20h et il faut pouvoir y assister. La profession infirmière est aussi majoritairement féminine et, le soir, les mères de famille sont souvent obligées de rejoindre leurs foyers », analyse-t-il. La profession jouit pourtant d’une excellente réputation auprès du public. « Les gens nous perçoivent comme chaleureux et conscients des difficultés face à la maladie, le handicap ou l’âge. Les infirmiers libéraux sont également considérés comme étant à l’écoute et ayant une bonne connaissance du terrain », selon lui. Un atout en politique.

Malgré tout, il s’étonne qu’on lui demande comment il peut avoir une étiquette UMP. « Je suis plutôt de centre-droit, entre Jean-Louis Borloo et François Fillon. Mais ce n’est pas incompatible avec le métier d’infirmier. En tant qu’infirmier libéral, je n’ai jamais compté mes heures et j’ai toujours cru à la valeur des relations humaines ». Bref, « pour faire de la politique, il faut aimer les gens. Exactement comme pour être infirmier », résume Frédéric Burghard.

Infirmier libéral dans l’âme

Aujourd’hui, Frédéric Burghard n’exerce plus en tant qu’infirmier libéral. Il avait besoin de temps pour exercer ses responsabilités politiques. « Au début, j’avais deux associés et un collaborateur pour prendre le relais. Mais mes fonctions d’élu ont fini par me prendre de plus en plus de temps : je n’étais à mon cabinet qu’une journée ou deux tous les dix jours. C’était devenu tout sauf raisonnable pour la prise en charge de mes patients. Il a fallu faire un choix ». Elu premier adjoint au maire en mars 2008, il cède donc son activité en octobre, malgré la perte de revenus. « Etre élu demande une énergie importante, car ceux qui ont voté pour moi ont des attentes. C’est comme être infirmier libéral, on ne peut pas être élu qu’un huitième du temps ».

Toutefois le contact avec les patients lui manque. Deux ans plus tard, il rempile pour huit heures par semaine auprès d’enfants handicapés dans un institut médico-éducatif à Luxeuil. Cela lui permet de prendre un peu de recul par rapport à son activité municipale, histoire de ne pas toujours avoir la « tête dans le guidon », et de retrouver une forme de proximité avec les gens. Il reste de toute façon très attaché au métier qu’il a exercé pendant 14 ans et se tient toujours informé de l’actualité. « Je reste un infirmier libéral dans l’âme. »

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Responsable de la rédaction Avenir & Santé
n°398, novembre 2011, pp. 42/43
http://www.fni.fr

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