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Le sourire dans les soins, un outil indispensable

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Durant les Journées Nationales des Infirmiers Libéraux, qui se sont tenues les 31 mars et 1er avril 2016, David Le Breton, professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, a tenu une conférence sur « La force du sourire dans les soins à domicile ». L'occasion d'en savoir plus sur cette expression humaine aux innombrables significations...

sourire soignante patiente

Un sourire peut en dire long...

Le 31 mars 2016, la conférence d'ouverture des troisièmes Journées Nationales des Infirmiers Libéraux (JNIL) était consacrée à « La force du sourire dans les soins ». À cette occasion, David Le Breton, professeur de sociologie à l'université de Strasbourg, est venu partager ses réflexions et débattre sur le sujet. Rappelons en préambule que le sourire, en fonction du type, fait intervenir différents muscles : grand zygomatique, orbiculaire palpébral... David Le Breton a ainsi admis qu' un sourire est toujours équivoque, polysémique... Il est un chemin de sens mais ouvert à l’interprétation. Et d'ajouter que le sourire est le signe éminent des liens qui nous unissent aux autres. Soulignons également que le sourire, loin d'être un sous-rire, est capable d'exprimer, selon Paul Erkman, psychologue américain spécialiste des expressions faciales et des émotions, quarante-quatre émotions différentes. En effet, si le sourire est souvent une forme de remerciement qui affiche les bonnes intentions, certains sourires ne sont que des pellicules d'apparence sur une détresse inépuisable, ils essaient de donner bonne figure, de maintenir les conventions d'usage, mais le chagrin qui monte les rend dérisoires comme un vœu de pluie au milieu du désert, estime David Le Breton.

Tout individu agit en permanence dans le souci de montrer sa bonne volonté et sa rationalité. S’il craint que la situation risque de ne pas confirmer cette image qu’il entend donner, il cherche à gommer l’impression défavorable. En ce sens, le sourire arbore le fait qu’il soit inoffensif

Un adoucisseur de contact

Pour le sociologue, de manière générale, le sourire est un adoucisseur de contact, il assure le fonctionnement apaisé de la rencontre en la plaçant d'emblée sur un terrain propice, ou bien il dissipe le trouble ou le malentendu en affichant le signe de la bonne volonté, de l’accommodement. C'est un ingrédient nécessaire des rites d'entrée ou de sortie d'une interaction, une modalité minimale de consécration de l'autre et de consécration de soi par l'autre. Si ce dernier ne renvoie pas de sourire, le signe est clair d'une hostilité ou d'un désintérêt. Le sourire peut ainsi devenir une technique de manipulation…

conférence JNIL 2016 sourire Bernadette Fabregas David Le Breton

Bernadette Fabregas et David Le Breton durant les troisièmes Journées Nationales des Infirmiers Libéraux au PACI d'Issy-les-Moulineaux.

Le manque de réciprocité du sourire marque l’inégalité de la relation, l’indifférence de l’un des partenaires d’accorder la dignité d’un visage à l’autre. En d’autres termes, il lui « fait la gueule », et refuse de jouer le jeu

L'intérêt du sourire dans les soins

Bien qu'il s'agisse d'une évidence, David Le Breton rappelle que le sourire doit être approprié à la situation. En effet, on imagine mal l'infirmier arriver le sourire aux lèvres devant un patient en grande souffrance et une famille en plein désarroi. Sinon il risque fort d'apparaître comme indifférent au drame qui se joue à ses côtés. Ainsi, dans certains cas, la tonalité du sourire doit être un mélange de tristesse, de réconfort, d'empathie…  L'infirmier ne se départit pas de sa professionnalité, même s'il montre sa compassion. Par ailleurs, le sourire constitue une marque de reconnaissance, à la fois pour le patient et pour l'infirmier. Il donne au patient, en position de vulnérabilité, le sentiment d'exister. Le sourire montre également la résistance face à l'épreuve du patient qui ne baisse pas les bras. Parfois au seuil de la mort, dans l'épuisement de vivre, ou au sein de la maladie grave, il ne reste au malade ou au blessé que la force infime d'un sourire, la parole réclame trop d'énergie, note David Le Breton.

Le sourire du patient est une résistance face à l’épreuve, le refus de baisser les bras et de se plaindre sur son sort. Malgré l’éventuel gravité de son état, il ne baisse pas les bras. Il continue à s’opposer à la virulence de la maladie ou des blessures, il affirme sa volonté de demeurer l’acteur de son existence. Il dit sa gratitude d’être toujours vivant.

Un sourire ne peut qu'améliorer la qualité des soins. En quelques minutes avec quelqu'un, on peut donner énormément, souligne le sociologue. Il ne faut jamais épargner un sourire. Il n'est pas toujours évident de sourire, mais il ne faut pas pour autant s'interdire les émotions. La pire des choses est la neutralité, selon David Le Breton. Il faut montrer à l'autre que sa santé nous tient à coeur. Quid du sourire forcé ? Ce n'est jamais bon dans le soin. C'est parfois bien que le patient découvre la vulnérabilité des personnes qui s'occupent de lui. Cela cristallise l'émotion, conclut David Le Breton.

Bibliographie

  • de Bartillat C., Le livre du sourire, Paris, Albin Michel, 1997.
  • Biès J., Le deuil blanc. Journal d’un accompagnant, Paris, Hozhoni, 2015.
  • Bobin C., Geai, Paris, Folio, 1998.
  • Bobin C., L’épuisement, Paris, Folio, 2015.
  • Drevet J., Le sourire, Paris, Gallimard, 1999.
  • Goffman E., La mise en scène de la vie quotidienne. Les relations en public, Paris, Minuit, 1973.
  • Le Breton D., Disparaitre de soi. Une tentation contemporaine, Paris, Métailié, 2015.
  • Le Breton D., Des visages. Essai d’anthropologie, Paris, Métailié, 2014.
  • Le Breton D., Les passions ordinaires. Anthropologie des émotions, Paris, Payot, 2007.
  • McCann C., Et que le vaste monde poursuive sa course folle, Paris, 10-18, 2009.
  • Mathiessen P., Le léopard des neiges, Paris, Tel, 1983.
  • Nucera L., Mes rayons de soleil, livre de poche,
  • de Saint-Exupéry A., Lettres à un otage, in Œuvres complètes, T2, 1999
  • Sampedro J-L., Le sourire étrusque, Paris, Métailié, 2012.
  • Tournier M., Robinson ou les limbes du Pacifique, Paris, Folio, 1972.
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Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

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