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Suivi des plaies et pansements par les pharmaciens ? Les IDEL s’insurgent

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Compétences infirmières

Le dernier colloque du Comité pour la Valorisation de l’Acte Officinal (CVAO) s’est tenu le 23 novembre dernier autour de la question des plaies et pansements. Lors de cet événement, le CVAO a posé la question de la place du pharmacien, présentant les plaies et pansements comme une voie de spécialisation d’avenir pour celui-ci. Une idée qui a particulièrement déplu et ce, à l'unanimité, aux syndicats d'infirmiers libéraux : le Sniil, l'Onsil, la FNI et Convergence Infirmière. Propos choisis.

pansement sur un mur

Entre pharmaciens et infirmiers libéraux, la guerre est ouverte, cette fois autour de la question des « plaies et pansements », que les infirmiers estiment être de leur seul ressort.

Après l’élargissement de leurs compétences à la vaccination contre la grippe, les pharmaciens seraient à présent amenés à s’occuper des plaies et des pansements ? C’est en tout cas une idée soulevée par le CVAO lors de la tenue de son dernier colloque, le 23 novembre dernier. En effet, le CVAO a posé la question de la place du pharmacien comme nouvel interlocuteur des infirmiers dans le domaine du traitement des plaies chroniques, tout en revendiquant les plaies et pansements comme une voie de spécialisation d’avenir pour le pharmacien, de nature à fidéliser des patients, précise le Sniil dans un communiqué diffusé le 30 novembre. Une proposition qui s’est rapidement attirée les foudres des trois syndicats d'infirmiers libéraux, le Sniil, l’Onsil et Convergence Infirmière.

Le traitement des plaies chroniques : une voie de spécialisation d’avenir pour le pharmacien, de nature à fidéliser des patients ? La question énerve, évidemment !

Face à ce qui paraît être une nouvelle offensive contre la profession infirmière libérale, le Syndicat National des Infirmières et Infirmiers Libéraux s’insurge et dit clairement NON ! a vivement réagi le Sniil à l’évocation de ce nouvel élargissement des compétences des pharmaciens.

Même son de cloche du côté de l’Organisation nationale des Syndicats d’Infirmiers Libéraux (l’Onsil) qui a publié un communiqué sur sa page Facebook : Une fois encore, après les vaccins, les pharmaciens convoitent une partie de notre rôle, envisageant de fidéliser la clientèle en prenant en charge les plaies aigües accidentelles, le syndicat ironisant : Demain, nous aussi, vendons donc de la parapharmacie dans nos cabinets !

Convergence infirmière, de son côté, souligne également par communiqué que les pharmaciens ont déjà fort à faire avec l’observance. Qu’ils la fassent correctement et nous assisterons à une vertigineuse baisse de la iatrogénie ! Qui, en effet, n’a jamais découvert un stock de médicaments faramineux au domicile de ses patients ? Preuve incontestable d’une non-surveillance de l’observance ! Quid, également, des médicaments systématiquement délivrés… alors que le médecin a pris le temps d’inscrire “si besoin” sur l’ordonnance ? Bref, avant de s’attaquer aux pansements, qu’ils s’attachent d’abord à la bonne délivrance des médicament.

Peut-on accepter que les pharmaciens ambitionnent de devenir des infirmiers partiels, alors qu’ils s’opposent comme nous à l’exercice partiel des professions ? Pour la Fédération Nationale des Infirmiers (FNI), à son tour, la réponse est non ! Sans quoi, il faudra permettre demain que les IDEL puissent elles aussi faire de la dispensation partielle. Il existe déjà des médecins propharmaciens, lesquels délivrent des médicaments dans leurs cabinets dans des zones où il n’y a pas d’officine. Ce modèle pourrait être transposé à notre profession avec des IDEL-propharmaciens, note le syndicat. La FNI affirme également que le démembrement des compétences infirmières participe activement au déclassement de notre système de santé. Les problèmes économiques que rencontrent les pharmaciens ne doivent pas les priver de leur lucidité. Il est urgent de rétablir un dialogue avec cette profession. C’est pourquoi la FNI demande aux infirmiers libéraux d’aller rencontrer les pharmaciens avec lesquels ils travaillent habituellement. Il faut engager le dialogue et réaffirmer que les soins requièrent des compétences qui sont au coeur de la profession infirmière.

Le Sniil, syndicat infirmier libéral représentatif, refusera toute ingérence des pharmaciens dans ce qui est le cœur du métier infirmier. 

Suivi des plaies et pansements, cœur du métier infirmier 

Après l’expérimentation de la vaccination antigrippale et la mise en place d’entretiens pharmaceutiques pour le suivi de certaines thérapeutiques (anticoagulants, antivitamine K, asthme), les pharmaciens semblent donc, apparemment, s’intéresser à une nouvelle compétence infirmière, regrette ainsi le Sniil. Rappelant qu’un bon suivi de plaies et cicatrisation ne tient pas du seul conseil de vente dans une officine, mais de l’observation clinique et savoir-faire infirmiers, le syndicat se montre catégorique : Le Sniil, syndicat infirmier libéral représentatif, refusera toute ingérence des pharmaciens dans ce qui est le cœur du métier infirmier. Et ce d’autant plus que, selon différentes études régionales, les soins de pansements, simples ou complexes, font partie des actes les plus fréquemment réalisés par les infirmières et infirmiers libéraux une à plusieurs fois par jour. Convergence infirmière rappelle avec force que contrairement à ce que certains imaginent, la prise en charge des pansements ne se décrète pas : il faut trois années de formation à une infirmière pour obtenir son diplôme et l’expérience enrichit constamment ces connaissances.

Convergence Infirmière appelle les infirmières libérales à boycotter les pharmacies pour ce qui concerne leur matériel et à s’approvisionner chez les prestataires...

Etendre le rôle des infirmiers libéraux : la solution ?

Le Sniil prône depuis longtemps déjà l’élargissement du rôle des infirmiers libéraux, une proposition qui figurait dans ses principales propositions à l’approche du 2e tour de la Présidentielle cette année. Dans ce contexte, c’est encore cette même proposition qu’il veut faire valoir et demande afin d’optimiser la prise en charge du patient, que le rôle des infirmières et infirmiers libéraux en matière de plaies et cicatrisation soit rapidement étendu, avec la création d’une consultation infirmière rémunérée de premier recours. Le Sniil appelle, enfin, l’ensemble des organisations représentatives infirmières (syndicats de libéraux et de salariés, mais aussi Ordre) à s’unir pour faire front contre ce qu’il considère comme une nouvelle menace. Il n’est pas question que les infirmières et infirmiers fassent de nouveau les frais d’une politique de santé visant au développement de nouvelles compétences pour les pharmaciens ! Quant à l’Onsil, il demande à tous les syndicats infirmiers et paramédicaux de la soutenir dans ce combat qui commence et qui risque d’être difficile et à tous les infirmiers de soutenir à leur tour ces syndicats en adhérant massivement, le seul moyen de lutter contre le corporatisme et l’individualisme de certains, qui mettent en danger notre profession et la santé de nos patients. Convergence Infirmière réclame une consultation de la douleur avec évaluation et coordination avec le médecin traitant. Pour des soins très douloureux, l’hypnose pourrait faire son apparition durant ces séances.

Déshabiller Pierre pour habiller Paul, ne peut jamais être une solution rappelle Convergence Infirmière, la riposte va donc s'organiser !

L'Onsil met en ligne une pétition : "Infirmiers libéraux, pour stopper le démembrement de notre profession : signez !"

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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Commentaires (1)

Polivierc

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1 commentaires

#1

Il y aura toujours moins cher...

C’est le jeu : à la fin, c’est toujours la cnamts qui gagne, en jouant la division des acteurs : structures (had, ssiad notamment, puisqu’on parle du domicile) contre libéraux, libéraux contre libéraux, etc. On fait aujourd’hui à domicile des choses qu’on n’imaginait pas faire il y a encore 10 ans, grâce à l’ensemble des acteurs du système de santé. On permet au patient d’en faire davantage par lui-même également. La question est davantage l’avenir de la profession de santé (les structures au sens large donc aussi les organisations, elles, garderont une raison d’etre bien plus évidente) que de savoir qui fait les plus jolis pansements

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