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Sur les pas du "patient traceur"...

La Haute autorité de santé (HAS) propose aux professionnels de santé de s'emparer de la méthode du "patient traceur" pour mieux analyser le parcours de santé des usagers puis les améliorer, dans le cadre des soins de ville, explique-t-elle dans un communiqué diffusé le 1er avril dernier.

équilibre pieds rambardeLe patient traceur est une analyse collective et a posteriori du parcours global d'un patient, réalisée avec son accord, rappelle la HAS. Elle prend en compte les perceptions du patient et les croise avec celles des professionnels pour évaluer notamment les organisations, la coordination des soins et des services. Cette méthode a été introduite dans la version V2014 de la certification des établissements de santé, où elle a fait ses preuves en matière d'amélioration de la qualité, estime la Haute Autorité.

Pour certains patients, se faire soigner en ville mobilise plusieurs professionnels de santé, dans un parcours complexe, observe-t-elle. Dès lors, améliorer la qualité et la sécurité de leurs soins nécessite d'analyser l'organisation de ces parcours et les interfaces entre professionnels de santé.

Améliorer la qualité et la sécurité des soins au patient en médecine de ville nécessite d’analyser l’organisation de ces parcours et les interfaces entre professionnels de santé.

La HAS a mené de janvier à mai 2015 une expérimentation du patient traceur en ville, qui a permis de montrer sa faisabilité et son utilité, affirme-t-elle. Elle a été réalisée auprès de 10 équipes volontaires de diverses régions, lit-on dans le rapport d'expérimentation, en ligne sur le site de la HAS. Les coordonnateurs de ces équipes avaient des profils très variés : maison, pôle, réseau ou centre de santé, regroupement de professionnels libéraux, hôpital psychiatrique (pour la prise en charge ambulatoire), service de soins infirmiers à domicile (Ssiad) et pilote Maia (méthode d'action pour l'intégration des services d'aide et de soins dans le champ de l'autonomie). Le patient-traceur en médecine de ville est structuré autour de six grandes étapes, récapitule le communiqué :

  • mobilisation des professionnels ;
  • choix du patient et des référentiels pour l'analyse du parcours ;
  • reconstitution du parcours et préparation de réunions avec les professionnels impliqués dans le parcours ;
  • entretien avec le patient ;
  • réunion des professionnels participant à la prise en charge du patient pour l'analyse du parcours ;
  • améliorations à mettre en oeuvre et suivi.

Difficile de réunir tous les professionnels

Le rapport d'expérimentation dresse un bilan positif, tout en listant des limites de cette méthode en ville. La HAS a constaté une satisfaction des patients interrogés et des professionnels engagés dans la démarche et souligne qu'elle a conduit à mener de nombreuses actions. Il a pu s'agir d'améliorer la communication d'informations entre professionnels, élaborer des protocoles locaux de prise en charge et d'organisation des soins, initier des formations... Cependant, il est difficile de réunir l'ensemble des professionnels de la prise en charge d'un patient par manque de disponibilité des professionnels. La HAS suggère de réunir les professionnels de proximité mais de solliciter les autres professionnels plutôt par téléphone ou d'autres moyens de communication à distance. De plus, la démarche nécessite un temps de préparation important pour le coordonnateur de la démarche.

La reconstitution d'un parcours remontant à de nombreuses années ou trop complexe peut être fastidieuse, ce qui nécessite un recentrage de l'analyse sur une partie du parcours ou un segment de prise en charge. L'absence de valorisation de cette démarche dans le cadre du DPC [développement professionnel continu] ou sur un plan financier est un frein, ajoute la haute autorité. Elle dépeint des difficultés de transmissions d'informations entre les différents secteurs (sanitaire, médico-social et social) du fait d'une gouvernance différente et de la réglementation actuelle. Elle note que la loi de santé du 26 janvier pourrait remédier à cette situation via divers dispositifs (équipes de soins primaires, communautés professionnelles territoriales de santé...).

Cette méthode permet une meilleure connaissance du rôle de chacun et facilite les échanges d’informations entre professionnels des secteurs sanitaire, médicosocial et social.

La HAS avertit que le dispositif doit garantir le respect du secret professionnel, les règles de confraternité et la confidentialité des échanges.

Dans son communiqué, elle liste donc quelques facteurs qui conditionnent la réussite de cette démarche. Il est préférable qu'elle soit initiée par des professionnels de ville déjà regroupés ou ayant une volonté de travail en équipe pluriprofessionnelle. Mieux vaut réunir dans un premier temps les professionnels de proximité les plus facilement disponibles. De plus, il est important d' impliquer des médecins traitants en lien avec les médecins de second recours et de s'appuyer sur un coordonnateur/animateur facilitant la conduite du processus. Si cette démarche doit être à l'initiative des professionnels au sein des territoires, des soutiens peuvent être apportés aux équipes tels que les associations locales de professionnels, des réseaux de santé ou structures ou plateformes d'appui, les URPS [unions régionales des professionnels de santé], les ARS [agences régionales de santé], écrit la HAS dans le rapport. Les associations de patients peuvent soutenir le recours au patient traceur et dans l'avenir, elles pourraient aussi en être à l'initiative, suggère la Haute Autorité. De plus, toute expérience de travail en équipe, centrée sur le parcours des patients dans le cadre des nouveaux modes de rémunération ou de Paerpa [parcours de santé des personnes âgées en risque de perte d'autonomie] peut utiliser cette approche.

Page du site de la HAS consacrée au "patient traceur" en ville

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