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Témoignage - « Je suis en terre inhabitée… »

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Secourisme

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Cette « lettre aux élus » nous est parvenue spontanément à la rédaction. Nous vous la soumettons aujourd'hui afin que nous partagions, ensemble, le profond désarroi d'une consœur des Hautes-Pyrénées. Nul ne sait ce que ce partage donnera dans un espace virtuel mais il nous semble important de faire preuve de solidarité envers quelqu'un qui, sa vie durant, s'est tournée vers les autres, quelqu'un qui se vit et se dit maintenant « en terre inhabitée »...

« Lettre aux élus »

Témoignage - « Je suis en terre inhabitée… »Je suis en terre inhabitée… et probablement pas seule… Après 15 ans de carrière militaire en qualité d’infirmière, j’ai rejoint le monde si peu connu du libéral. En 2006, mon conjoint et moi avons créé notre cabinet d’infirmier dans un petit village des Hautes-Pyrénées. Des ennuis de santé respectifs nous ont confrontés au problème des assurances privées si peu scrupuleuses. Aujourd’hui, mon conjoint assure la pérennité de notre cabinet d’infirmiers avec trois autres collaboratrices.

Depuis plus de trois ans et demi, mon problème de santé, non diagnostiqué, non reconnu et non pris en charge, me laisse dans un état de grande dépendance, m’imposant le fauteuil roulant pour la moindre sortie extérieure. En arrêt maladie cependant, je ne suis plus assurable.

Pompier, instructeur de secourisme, dans toute ma carrière, je n’ai eu de répit pour apporter ma contribution à notre société, y compris dans le domaine associatif. A 41 ans et malgré ma situation, je continue à aider mes amis dans différents domaines et apporter bénévolement ma contribution à la pérennité de « notre création ». Je sais que mes expériences professionnelles et personnelles peuvent être utiles et je me refuse donc à gâcher de telles compétences. J’ai pensé créer ma propre entreprise à domicile, mais après une réunion d’information à la chambre des métiers, je ne peux que constater que si l’on n’est pas salarié ou chômeur dans notre pays, on ne peut rien...

J’ai obtenu en 2009, la Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé, mais il faut avoir moins de 30 ans pour imaginer prétendre à une aide… Je ne suis pas salariée, je ne peux pas accéder au Pôle Emploi pour une reconversion, je ne suis pas assurable, je ne suis pas reconnue comme « malade », je ne peux me radier du registre des infirmiers car je ne correspondrais plus à aucun statut… je suis infirmière libérale !!! En fauteuil roulant et en perte d’autonomie physique… Je n’existe pas !!!

Je n’ai pas de doléance, si ce n’est de « travailler » pour faire partie de cette société en crise à l’heure où un grand nombre de la population ne demande que des aides. Force est de constater qu'il existe aussi bien des personnes, conscientes des sacrifices indiscutables à fournir et voulant s’en sortir, mais qui demeurent oubliée des débats…

La liste est longue des bonnes initiatives législatives mises en place mais il n’en est rien dans la réalité. Leur application n’est pas réalisée (convention AERAS en premier lieu, en dépit des arguments publicitaires de nos banques)1. Je croule sous le poids des dossiers mis en attente que j’aimerai un jour dénoncer au grand jour afin que ceux qui n’ont pas ma force de caractère trouvent leur chemin dans de telles situations. Mais on ne fait rien dans la colère et le ressentiment. Je n’ai d’ailleurs plus la force d’en avoir.

Toute mon énergie est nécessaire à gérer mon quotidien et le « bien-être » des miens mais je ne peux envisager pour autant de sombrer dans « l’individualisme collectif ». Si chacun ne se consacrait ne serait-ce qu’à la part de travail qui lui incombe, conscient de ses droits mais aussi de ses devoirs, tous aurions notre place dans la société que nous formons pourtant…

Je suis française, j’ai assumé mes obligations militaires, j’ai participé à des mouvements associatifs et volontaires, j’ai créé « une entreprise », j’ai généré d’autres emplois d’infirmiers libéraux, j’ai mené des actions de prévention et d’information, je n’ai pas eu d’aide, je n’ai jamais pointé au Pôle Emploi… mais aujourd’hui, aucun statut ne correspond à ma situation. Je suis en terre inhabitée…

Note

  1. La convention AERAS – s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé – de 2011 succède à la convention AERAS de 2007. Elle répond à l’ambition d’agir pour améliorer l’accès au crédit des personnes qui sont, ou qui ont été malades, exprimée par le Gouvernement, les associations de malades et de consommateurs, les professionnels de l’assurance et de la banque lors du lancement des négociations le 22 janvier 2010. La nouvelle convention AERAS de 2011 est le résultat d’un an de travail collectif des associations de malades et de consommateurs, des professionnels de l’assurance et de la banque, et des pouvoirs publics. En savoir plus

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Lamarque-Pontacq (65)

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