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Vidéo - Eric Fabris : "avec un enfant, il faut savoir être enveloppant"

Eric Fabris est infirmier libéral puériculteur dans le nord de Bordeaux. Nous l'avons suivi lors d'une de ses tournées. Pour lui, travailler auprès d'enfants implique un savoir-être qui va bien au-delà du simple soin technique. Dans cette pratique spécifique, le relationnel et la confiance ont encore plus d'importance que dans tout autre service de soin.

Eric Fabris et Florent Brault se sont installés comme infirmiers puériculteurs libéraux il y a 11 ans. Ensemble, ils couvrent le secteur nord de Bordeaux, en région Nouvelle-Aquitaine. Tous nos soins sont axés autour des enfants et doivent s’effectuer à des horaires strictes, précisent-t-ils. Le reste de leurs interventions s’organise autour de cet axe immuable. Les particularités de leur métier sont à peu de choses près les mêmes que celles des infirmiers qui exercent à l’hôpital, bien sûr : empathie, bienveillance, respect des protocoles, rigueur…, mais en libéral intervient aussi un « savoir-être » qui va bien au-delà du soin technique. La difficulté, c’est que lorsqu’on prend en charge des enfants à domicile, il faut arriver à se poser pour faire le soin sans se soucier du temps, alors que paradoxalement, on est rythmé uniquement par ça !

Avec un enfant, on ne peut jamais savoir si on va rester un quart d’heure ou trois quarts d’heure pour un soin, ça dépend toujours de la situation.

Le temps, une notion clé pour les puériculteurs libéraux

Eric et Célia puériculteur libéral

Eric Fabris en visite chez Célia, une jeune patiente atteinte de la mucoviscidose qu’il suit depuis plus de six ans.

Concrètement, pour un soin à réaliser sur un enfant, ça va être compliqué et différent, détaille Florent Brault : Prenons l’exemple d’une prise de sang. Un adulte, on y va, il tend le bras, on fait la prise de sang, puis on repart déposer nos tubes au laboratoire. Alors que pour un enfant, forcément on y va la veille pour se présenter,  pour montrer un peu le matériel, on laisse le garrot pour que l’enfant joue avec, on indique aux parents où ils vont placer le patch « Emla » pour anesthésier le lendemain matin, on appelle aussi un quart d’heure avant notre passage pour qu’ils puissent l’enlever… Vient le moment de la prise de sang. Les parents participent, forcément. Il faut contenir l’enfant, lui tenir le bras tout en gérant les tubes. On met aussi en place une activité occupationnelle avec une chanson, un dessin animé ou un jeu participatif… pour diminuer le stress, et puis enfin, on peut se rendre au laboratoire. On passe donc beaucoup plus de temps à prendre en charge un enfant. Il y a en effet tout un travail d’accompagnement qui n’est pas pourtant aujourd’hui reconnu dans la nomenclature, déplore l’infirmier puériculteur.

Dès qu’on exerce en libéral, que ce soit au domicile ou à l’école, il faut que le réseau soit bien défini, bien mis en place et qu’il y ait une entente cordiale entre tout le monde.

« Un système doit se mettre en place autour de l’enfant »

Le travail de coordination est également essentiel dans les soins pédiatriques. Nous suivons par exemple deux petites filles diabétiques, explique Eric Fabris. On a mis en place une prise en charge particulière, en lien avec leur école. Une fois par an, on fait une réunion avec le médecin scolaire, l’institutrice, la directrice et avec les parents. On monte un PAI, on parle du protocole de soin et on définit le rôle de chacun. Il est donc primordial pour les infirmiers puériculteurs de pouvoir s’appuyer sur des relais efficaces. Dès qu’on exerce en libéral, que ce soit au domicile ou à l’école, il faut que les choses soient bien ficelées. Il faut que le réseau soit bien défini, bien mis en place et qu’il y ait une entente cordiale entre tout le monde.

Permettre à l'enfant de rentrer à domicile

S’il y avait des progrès à faire, ce serait assurément du côté de la reconnaissance du métier. La prise en charge des enfants à domicile, tout le monde est pour, confie Florent Brault, mais le problème, c’est que la reconnaissance administrative ne suit pas. Aujourd’hui, les infirmiers puériculteurs ne sont pas reconnus comme tels. Dans ce contexte, la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn a bien promis, au mois de juin, de s’attaquer aux grands dossiers qui concernent la profession, mais les infirmiers sont toujours en attente d’évolutions significatives.

Pour Eric Fabris, l’ambulatoire est déjà, et sera à l’avenir, amené à se développer de plus en plus. On le voit chez les adultes, ce sera pareil chez les enfants, donc il y a quelque chose à faire, assure l’infirmier, qui en est convaincu : On peut mettre en place un suivi de soin auprès des enfants, quelque chose de très spécifique mais aussi de très professionnel avec un respect des protocoles, un respect de la prise en charge et tout cela avec une finalité : permettre à l'enfant de rentrer à domicile, d'être cocooné, d'être chez lui, une manière de rassurer à la fois les parents et l'enfant.  

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin