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L’infirmier circulant, un maillon crucial en période de crise

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Compétences infirmières

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L’infirmier circulant en réanimation a été remis en place et réactualisé avec la pandémie de COVID en mars 2020 au sein de l’Hôpital d’Instruction des Armées Percy. Son rôle est d’interagir entre le corps médical et les équipes soignantes pour renforcer l’efficacité des prises en charge en période de crise. Retour d’expérience…

Attentats, guerres, catastrophes sanitaires : l’infirmier circulant joue un rôle essentiel en situation de crise pour favoriser la cohésion, la coopération et l’efficience des équipes médicales et soignantes.

Trauma center de niveau 1, à Clamart (92)  l’Hôpital d’Instruction des Armées Percy (HIA Percy) est un hôpital de référence pour les patients polytraumatisés graves : blessés militaires, victimes d’attentats, victimes de crises sanitaires majeures, traumatologie routière, accidents domestiques, grands brûlés… Initialement, au niveau paramédical, son service de réanimation polyvalente était composé de 5 infirmiers et de 4 aides-soignants pour 14 lits. Au cours de la crise COVID en mars 2020, nous sommes montés en puissance en passant de 2 patients positifs, puis à 4 pour finir par transformer l’ensemble de la réanimation polyvalente en réanimation COVID et créer en parallèle une réanimation éphémère qui nous a permis d’augmenter la capacité à près de 46 lits de réanimation. La configuration est devenue la suivante : 1 IDE pour 2 patients, 1 AS pour 3 patients et 1 IDE circulant.

Plusieurs problématiques sont rapidement apparues : Comment protéger les soignants afin qu’ils ne négligent pas l’habillage, le déshabillage ? Comment aider un soignant s’il est retenu dans une chambre ? Comment optimiser le temps de l’infirmier consacré exclusivement au patient ?

Hôpital d’Instruction des Armées Percy (HIA Percy)

L’Hôpital d’Instruction des Armées Percy (HIA Percy) est un des huit hôpitaux militaires français, situé à Clamart, au Sud-Ouest de Paris. Cet établissement hospitalier militaire a pour mission prioritaire le soutien des forces armées, tout en contribuant au service public de santé.

Eviter la propagation en dehors du service et entre soignants

Les protocoles garantissant les mesures de confinement ont été un changement majeur au sein de notre unité. Les entrées/sorties du service ont été modifiées pour permettre une circulation régulée et conforme. Dans le but d’éviter une propagation en dehors du service, toute personne entrante quittait sa blouse, masque FFP2, avec lavage de mains et désinfection des sabots avant de sortir. L’entrée et la sortie du service s’effectuait à deux lieux différents. L’habillage/déshabillage pour entrer en chambre a été l’objet d’une formation individuelle auprès de chaque personnel en secteur COVID par l’équipe opérationnelle d’hygiène. Le protocole était affiché devant chaque chambre, les étapes numérotées et lues à haute voix afin d’éviter tout oubli. L’essentiel de ces procédures ont été instaurées sur le modèle de celles approuvées durant la crise EBOLA en 2014, en Afrique de l’Ouest, pour laquelle le Service de Santé des Armées  était en première ligne. En l’occurrence, il s’agissait d’être méthodique et de ne rien oublier lors des allées et venues en chambre.

Le rôle de l’infirmier circulant (IC) s’est avéré crucial dans ce contexte. Celui-ci n’allait en aucun cas dans les chambres. Il ne circulait pas en zone contaminée mais dans les zones contacts comme le couloir commun et il était le seul à se rendre dans les réserves, la pharmacie …L’enjeu étant d’éviter au maximum les fautes d’hygiène ainsi que la contamination entre soignants.

L’infirmier circulant, un soutien précieux

Le rôle de l’infirmier circulant (IC) a été instauré initialement par l’encadrement paramédical le jour des attentats du 13 novembre 2015, afin d’optimiser la prise en charge d’afflux massif de patient, l’HIA Percy a notamment joué un rôle essentiel dans la chaine de soin déployée pour venir en aide aux blessés des attentats de Paris. Ce rôle a été réactualisé à la survenue de la crise COVID en mars 2020, lors de l’arrivée de la 1ère vague. A tout niveau, l’hôpital a été contraint d’aménager une nouvelle organisation. Les services se sont restructurés de façon majeure, afin d’appliquer les règles de biosécurité. Dans le service de réanimation de l’HIA Percy, l’encadrement a mis en place un infirmier circulant pour pallier, entre autre, à la disparité des compétences entre les infirmiers (dû au turn-over, ainsi qu’à l’inclusion des IDE de services conventionnels venus prêter main forte). L’idée première était d’apporter un soutien et d’accompagner les soignants.

Optimiser l’efficience des soins

Il était primordial d’optimiser le temps de l’IDE et de l’AS auprès du patient en leur préparant au mieux le matériel dont ils avaient besoin. Par exemple, pour une pose de trachéotomie annoncée, l’IC se chargeait de préparer tout le matériel devant la chambre. Cela évite à l’infirmier ayant en charge le patient d’interrompre son étroite surveillance, et de mobiliser son attention sur la préparation d’un soin.

Il veillait à la quantité de kits présents devant chaque SAS ou chambre. En parallèle pour gagner en efficience sur la prise en charge des patients des kits intubation, kits pose KTC, kits pose KTA, kits de drain thoracique avaient été préparés en amont.

Nos masques FFP2 étaient précieux et comptés. Nous avions une dotation par jour par soignant. L’IC détenait le stock et nous pouvions avoir un regard sur la quantité utilisée et le contrôle de notre consommation .

Le service détient un appareil pour analyser les gazométries (l’oxymétrie). L’IC se chargeait de réaliser les gazométries du service, ainsi que celle de la réanimation éphémère installée en SSPI et au centre de traitement des brûlés.

L’IC avait un regard sur tout le service et était en lien étroit avec le médecin sénior.  Il endossait le rôle de chef d’équipe et pouvait, par exemple, organiser le roulement des pauses pour les repas en fonction des soins en cours.

Il participait au rangement des commandes quotidiennes, et réceptionnait tous les appels téléphoniques (familles et autres). Nous avons découvert de ce fait que ce rôle était essentiel, puisque c’était le seul contact avec la famille, il se devait d’être de qualité.

Un rôle de liaison et de communication

Il était l’interlocuteur entre les services. Des réanimations éphémères sur l’hôpital devaient parfois se dépanner en médicaments ou matériel.

De nombreuses personnes extérieures (infirmiers en service conventionnel, étudiants et internes en renfort, pompiers de paris …) sont venues nous renforcer, ou se former. L’IC pouvait également être là pour présenter le service, former sur les consignes d’asepsie et de biosécurité, être un soutien pour trouver l’emplacement du matériel, aider dans l’organisation.

L’IC était en veille du moral de l’équipe paramédicale au côté de l’encadrement. L’aspect psychologique était à prendre en compte, et il était important de surveiller l’état d’esprit de chacun. Il était primordial d’exercer dans le calme et la sérénité, l’IC se devait d’apporter un climat rassérénant au sein de l’équipe.

Un rôle pivot au service de la mission soignantePlus généralement l’infirmier chargé d’être circulant doit être une personne ressource du service, avec une parfaite connaissance des lieux, des protocoles, et des pratiques. Aussi est-il préférable de proposer cette mission à une personne titulaire et confirmée à la réanimation plutôt qu’une personne extérieure venue en renfort.

La protection optimale du personnel et la qualité de la prise en charge sont à l’origine de la création de ce poste. L’infirmier circulant joue ainsi un rôle pivot pour apporter une dynamique d’organisation, un regard global du service.  En exécutant des tâches transversales, l’IC permet aux autres infirmiers de rester centrer sur leur mission de soin.

A l’Hôpital d’Instruction des Armées Percy , ce poste a été confié à un IDE équipier déjà employé dans notre service. Pendant la crise COVID, il a été un atout précieux pour notre organisation, permettant d’optimiser en tout point le temps passé auprès des patients.

Une expérience concluante

La crise COVID a été l’occasion d’une remise en question de nos pratiques professionnelles et de nos organisations. Et la mise en place d’un infirmier circulant au sein de la réanimation constitue l’une des des principales innovations.  Sa fonction, avoisinant celle de l’infirmier circulant au bloc opératoire et de l’IDE équipier en réanimation, a permis un gain de temps de préparation aux infirmiers, une aide au respect des protocoles et  un relais efficace entre les zones contaminées (chambres des patients) et les zones propres /contact. Il prévoit et anticipe au mieux le matériel nécessaire en chambre, soulage les infirmiers en charge de travail, assure la communication entre le service et les différents intervenants (secrétaires, encadrement, pharmacie, …), et il décharge les équipes de soins sur l’aspect logistique.

Sa création a évolué avec la crise. Ce poste créé au départ pour renforcer la protection du personnel contre les risques de contamination a vu sa mission s’étoffer au fur et à mesure de la 1ère vague de COVID et s’est avéré particulièrement efficace. Nous constatons que nous n’avons eu que très peu de personnels contacts et très peu d’arrêts maladie. Pour l’heure, ce poste a été mis en sommeil au sein de notre réanimation mais il se prépare à l’éventualité de reprendre du service en cas de nouvelle crise sanitaire.

Pour en savoir plus:

Service de réanimation, Hôpital d’Instruction des Armées Percy

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