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Infirmière, soldat, poétesse : "en vers" et contre tout

par .

La poésie est l'équilibre de Julie, infirmière militaire, son trait d'union à l'autre. Un trait qu'elle a mis en perspective grâce à un autre soldat, Jean-Marc, lui aussi poète, lors d'une mission au Liban. « Blue Line », recueil de poèmes à quatre mains, nous donne à penser et à voir autrement ce que sont aussi - et surtout - des frères d'armes.

Julie infirmière militaire poetesse

Julie - Jul -, une infirmière militaire engagée aussi sur le terrain des mots…

Julie est infirmière militaire - ICN ou infirmière de classe normale - elle porte le galon d'adjudante. 14 ans de service ce n'est pas rien, servant successivement dans la Marine nationale puis au service psychiatrie de l’HIA Bégin avant de rejoindre Vincennes. Elle est aussi première sophro-relaxologue des armées, présidente des sous-officiers et mère de trois enfants… Mais au-delà de ces compétences déjà très conséquentes, Julie est passionnée de littérature depuis son plus jeune âge. Connue sous le prénom « Jul » elle écrit. Sa spécialité : l'alexandrin. Elle est d'ailleurs lauréate de nombreux concours de poésie. Elle aime Rostand et Hugo, les cadavres exquis et les tirades engagées, l'action et les horizons lointains tout autant que le coin du feu et les légendes d'autrefois. Du merveilleux à la réalité de la souffrance d'autrui, la poésie est son équilibre, son trait d'union de l'un à l'autre. Voilà qui est dit.

Julie est sensible aux poids des âmes torturées, éprise des mots dont la beauté transfigure la laideur lorsqu'ils en dénoncent et vengent les maux...

Un recueil de poèmes écrits à quatre mains...

Ce recueil de poèmes intitulé « Blue Line », c'est surtout l'histoire d'une rencontre, sur fond de mission militaire dans le cadre du mandat de l'ONU, la Finul, au coeur de cette frontière-barrière « Blue Line », créée en juin 2000, après le retrait israélien du Liban. Une rencontre entre septembre 2013 et janvier 2014, d'une infirmière militaire et d'un soldat, officier d'état-major, Jean-Marc Collet (cf. encadré). L'histoire d'une amitié poétique entre deux frères d'armes. Tout deux passionnés par leur métier. Tout deux passionnés de littérature, de relations humaines. Tout deux possédés par la poésie. Danièle Frauensohn l'écrit magnifiquement en préface : Ils nous livrent leurs mots bleuis par la perte de repères. Ils n'ont pas hésité à franchir le pas, les yeux rivés à la mer. Ils ont tenté de promettre un avenir en décryptant la paume de leurs mains. Au premier plan, leurs vers se répondent comme dans un choeur antique. Beau, tragique, flamboyant.

Jean-Marc ColletL'action se répand… En amples sillons… Et pourpres cendres...

Jean-Marc Collet, chef de bataillon, est un auteur engagé dans la poésie comme un autre combat. Etudes supérieures de lettres, Céline, Proust, Rimbaud… les grands auteurs l'inspirent. Spécialisé en géographie, l'aventure l'attire. Il suit les traces de Lyautey, de Ségalen et de tant d'hommes d'action et de lettres en Europe de l'Est, Afrique, Moyen-Orient. Il aime à dire ce qui se trouve dans les caches, sous le terreau des mots de nos communications aveugles, sans voix, de notre société assourdie par le volume des informations sans signification.

Un homme et une femme, deux frères d'armes

Cette mission sous tension en territoire contrasté les a inspirés tous les deux. Les deux militaires ont couché des sentiments avec élégance, sur un papier soigné. Parfois c'est loin de tout que l'on est près de soi. Parfois c'est démuni que l'on trouve ce qui nous enrichit, Mutuellement soutien, tous deux de service et au service. Militaires convaincus et de convictions. Grégairement poétisants, sympatiquement solidaires, amoureux de la langue de leur chère nation.

Ils racontent leurs rencontres, transcendent leurs souvenirs, apaisent d'un trait poétique la laideur de la violence, dénoncent d'un vers l'absurdité de la guerre, la cruauté des tensions, enjolivent l'éclat de la lune, la beauté des femmes, la douleur des combattants… Quand la Patrie manque, d'un soldat à l'autre, on en raconte le meilleur, car singulièrement les souvenirs exaltent toujours la réalité reviviscente. Un homme et une femme, deux soldats engagés, deux poètes qui, « en vers » et contre tout nous donnent à penser et à voir autrement ce que sont aussi - et surtout - des frères d'armes.

Jul et Jean-Marc Collet, soldats et poètes disent vrai : leurs vers tiennent parole. Ils relatent l'ivresse de la mélancolie, la violence facile et sordide…

Rythmes cardiaques

Les accords, résonnances en battements sourds,
Rythme régulier, comme une envolée de coeur,
Sa mélodie haineuse d'histoire et d'amour,
Echo tique-tac, la vie égrenant ses heures.
L'enveloppe d'humanité en fait son âme.
La pupille de ses yeux, enivrante flamme
De cette guerre de l'esprit et de la Foi,
Qui la font grandir ou vibrer de mille émois ».

• Jul-Jean-Marc Collet « Blue Line » aux éditions Langlois Cécile www.editionslangloiscecile.fr Prix : 14 € . Le livre est en vente dans toutes les librairies de France.

Creative Commons License

Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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Commentaires (10)

execho

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#9

témoigner,

est travail de vérité,bien différent de la recherche de "l'esthétisme de l'horreur".Ce témoignage est donc sous forme de poésie,car on peut entendre qu'un soldat ne puisse écrire autrement que de belle façon.Donc je vais chercher votre livre.Il faut donc lire en faisant abstraction de la question:comment peut on être soldat engagé(se jeter à l'eau) et avide de paix(vouloir rester sec).C'est un paradoxe?

Julpoete

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#8

Et si ...

Et si pour une fois , parce que les forces armées ne pensaient pas avoir de poètes publiés en leurs rangs , certains avaient utilisé cette brèche pour dire et témoigner de ce qui d'habitude ne se dis pas ... Dans Blue line les figures de style et le langage poétique permettent de contourner les barrières usuelles de notre monde .
Donc aucune volonté de rester parfaitement sec.

execho

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#7

et pourtant...

on peut comprendre jacquard qui se demande comment on peut se jeter à l'eau en voulant être sec;

execho

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#6

oui,

c'est pourquoi je citais:toute licence en art et votre belle phrase sur la paix .

Julpoete

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#5

Idées préconçues ....

Critiques faciles, sans avoir lu et avec à priori manifestes. Quelle utilité de critiquer un ouvrage qui justement va à l'encontre du conformisme et des idées reçues sur les pensées des militaires?
La condition des femmes y est mise en avant , la part belle n'est donnée à personne et surtout pas aux organismes internationaux ni aux combattants quels qu'ils soient .

execho

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#4

et quand même...

cette julie soldat a écrit:La paix,pucelle fragile,dévergondée,s'est vendue ,corps et âmes aux dollars froissés.

execho

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#3

liberté de création?

dans une première version du texte "pour un art révolutionnaire indépendant",suite au dialogue André breton,léon trosky(1938),breton avait écrit(point 9)"toute licence en art,sauf contre la révolution prolétarienne".Trosky avait estimé inacceptable cette limitation de la liberté artistique et supprimé cela;donc reste:toute licence en art.Quelle instance décide de la qualité de l'œuvre,aucune.C'est chaque lecteur qui tombe sur un texte qui juge.Perso.je suis réfractaire aux textes magnifiants la guerre,les derniers instants d'un malade,les blokhaus,la beauté du regard perdu d'un enfant soldat.Le genre:regardez comme elle est belle cette souffrance est un genre abject,différent du témoignage qui est vérité.

loulic

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#2

Seul les "vrais" savent ?

Parmi les plus belles lignes écrites depuis l'aube des temps et parvenues jusqu'à nous, de nombreuses ont été écrites par des soldats ou des hommes (et des femmes) ayant fait la guerre.

Dans le désordre et par exemple : Marc Aurèle, Ségalen, Louise Michel, Peguy, Apolinaire, Romain Gary, …

Enfin la liste est interminable, drole de postulat que de présupposer ce que la poésie DOIT être ou NE PAS être.

jacquard

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3 commentaires

#1

La (vraie) poésie ne peut etre "que révolutionnaire".

Original...des militaires "poètes". J'avoue que j'ai plutot du mal à croire que cela fut possible.
Rien que le terme "frère d'armes" (à moins que ce ne soit pour la bonne cause révolutionnaire...et c'est très très loin d'etre le cas, plutot un "néo colonialisme" qui ne dit pas son nom) eh bien, rien que ce terme annihile la beauté en l'espèce...

Puis je rappeler que la poésie ne peut etre que révolutionnaire...le reste correspond surtout à des "états d'ame" dans une circonstance donnée...en l'occurence en "opération extérieure" pour un gouvernement (ou un système) qui tient à asseoir la suprématie occidentale et pret à "faire tuer" (et qui tue...les bidasses)...loin de la poésie tout cela...