MODES D'EXERCICE

Jul… une poésie imposante et qui en impose !

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Jul… trois lettres pour une signature et derrière elle, une personne peu commune qui cumule bien des compétences outre le fait d'être une femme et une mère de famille ! Infirmière militaire en gendarmerie, 16 ans de service, servant successivement dans plusieurs Corps, première sophro-relaxologue des armées, et aussi et surtout poétesse. Nous l'avions rencontrée en 2015 lors de la parution de « Blue Line », un recueil écrit à quatre mains avec un compagnon d'armes, Jean-Marc Collet. Aujourd'hui, Jul nous présente son nouvel opus « Le pire des Sens » ; une poésie imposante et qui en impose !

Infirmiers.com – Jul, racontez-nous d'où vous vient ce désir d'écriture ?

Jul infirmière militaire

"J'écris tout le temps nous dit Jul, au bloc, entre deux soins, au réveil, la nuit… Les mots viennent à moi suite à une idée, une image.... et les vers se mettent à chanter dans ma tête..."

Jul - Enfant j'ai été élevée à côté d'une petite sœur qui possédait un don pour le chant. Elle est d'ailleurs devenue chanteuse à l'Opéra de Paris ! De mon côté, je n'étais pas très jolie et on se moquait beaucoup de moi. Mal à l'aise pour parler de ce que je voulais ou ressentais vraiment, j'ai craint toute ma vie le regard et le jugement des autres. J'ai toujours passé beaucoup de temps à parler littérature avec mon arrière grand-mère et mes grands parents. Dans ma famille, une jeune femme accomplie maîtrise au moins un art. La littérature est devenue un échappatoire naturel. A l'âge de 10 ans j'ai lu pour la première fois Cyrano de Bergerac. J'avais déjà dévoré tout Dumas, Homère, Hugo. J'ai alors eu une révélation, un coup de tonnerre émotionnel. La rythmique de l'alexandrin chantait dans ma tête, pour moi c'était de la musique. Je me suis mise à écrire et tout est venu facilement, naturellement. J'ai lu des bibliothèques entières, car mes parents étaient anti-télévision, pour eux la culture se nourrissait du passé, elle était donc nécessairement livresque ! J'ai étudié plusieurs langues au lycée, espagnol, anglais, russe , chinois... la musique des mots était magique.

J'ai vu l'horreur dans ses yeux éteints et sans vie
J'ai vu gueuler, pleurer les tous verts comme les bleus-gris
Quand leurs débris de corps s'emmêlent loin des tanières
Dans ce champ où se mélangent leurs coups de tonnerre.

Le Rat, p.17

Infirmiers.com -La forme poétique est très exigeante, difficile, parfois absconse ? La prose pour construire un roman ou des nouvelles ne vous a jamais tentée ?

Jul - J'écris tout le temps, au bloc, entre deux soins, au réveil, la nuit… Les mots viennent à moi suite à une idée, une image.... et les vers se mettent à chanter dans ma tête, je n'ai plus qu'a recopier. J'écris de la poésie, car elle structure.

Il faut peser l'intensité de ce que l'on écrit de manière ordonnée, codée, rigoureuse... On doit faire preuve de respect, doser chaque mot, lui donner sa justesse absolue… C'est un exercice de synthèse où il faut toucher l'autre mais le temps pour y parvenir nous est compté ; un temps éphémère au bout de quelques rimes. De fait, le risque d'erreur, d'écueil est plus grand mais le plaisir d'être entendu et compris est donc proportionnel !

Si facile d'abuser, de railler, de blâmer,
De transformer l'autre en sordide dégueloire,
Fielleux le voir sombrer sans se révolter,
Mener son âme, son coeur, sans peine, à abattoir.

Le sens de l'attentatoire, p. 45

Infirmiers.com – Lorsque vous composez, est-ce votre imaginaire qui est à l'oeuvre ou vous nourrissez-vous de vos expériences sur le terrain avec vos frères d'arme ? Peut-être les deux, non ?

Jul – Oui, en effet, sans oublier que je suis à la fois infirmière, soldat et sophro-relaxologue. De fait, beaucoup de tristes retours du terrain et des missions me sont rapportés. J'ai perdus des amis, d'autres sont rentrés blessés psychique ou physique, d'autre ont du renoncer à leur engagement tant le poids était lourd sur leur épaules. Mon mari est policier, par son intermédiaire et celui de ses collègues, j'ai aussi un retour au plus près de ce que peuvent ressentir nos forces de police. C'est très inspirant et peu de gens mesurent ce que cela suppose au quotidien. Transformer tous ces maux en poésie leur donne une nouvelle importance, explicite les douleurs et les angoisses, valorise le courage sans éluder la peur et parfois la colère. Cette transformation par les mots, je la dois à tous ceux que je rencontre. Ils m'inspirent et je me donne pour mission de leur rendre hommage.

Nous sommes si vaillants, preux, répressifs et vrais,
Que Dieu ou Titan devant nous, plie et se tait.
Nous sommes le secours, l'ordre et la sécurité,
De la justice : l'épée, nous sommes des policiers.

De la Loi, p. 23

Infirmiers.com - Derrière vos mots, on perçoit la noirceur des terrains de guerre, la grandeur d'âme des combattants et l'hommage permanent - ou le tacle parfois - à la Patrie, à votre pays. Comment parvenez-vous à construire cette poésie très ambitieuse et très référencée ?

Jul au salon du livre

Jul présente au Salon du Livre sur le stand du Service des Armées: deux ouvrages poétiques à son actif... entre autres !

Jul - J'aime le juste mot. Nos militaires, policiers, on ne le sait pas assez, sont extrêmement cultivés - les longues journées de missions à attendre, à guetter, à nager entre deux eaux dans un sous-marin sont propices aux lectures… -, avides de savoirs neufs, comme les professions médicales et paramédicales. Infirmière et militaire, cette poésie est pour moi comme un jeu de piste où, en deux coups de nouvelle technologie on peut tous avoir accès à la définition des mots choisi, approcher au près de ce que j'ai voulu dire, précisément. Alors oui, ma poésie est exigeante. Elle révèle une forme de respect à l'intelligence de mes lecteurs, à leur goût de la découverte et de l'aventure. J'ai toujours en tête que lorsqu'on écrit, on a le devoir d'apporter quelque chose aux autres, surtout si on se permet d'être critique.

Derrière son bureau, par la voix, les écrits,
Odeur de thé flottant rassurante tout autour,
Elle rapporte et reporte fiablement sans détour,
Des synthèses d'afflictions, de peines et de maladie.

Le sens du pourvoir, p. 39

Infirmiers.com. En écho au titre de votre ouvrage, quel est pour vous le « pire des Sens » et pourquoi ce titre ?

Jul - Le pire des sens pour moi est le sens de la réalité, proche de la lucidité. Lorsque l'on sait les dessous de ce qui fût et de ce qui est, je trouve que l'on peut trembler d'effroi. Il nous faut donc montrer cette réalité, le sens des choses passées et présentes, pour savoir quelle est notre place et notre devoir ici-bas. Pour combattre des ennemis, il faut les sentir, les connaître, savoir ce qui donne un sens à leur action, pour triompher avec leur règles, sur leur terrain.

Comme cela, pour moi, on s'élève.
Trêve de songeries, trêve de boniments.
Commerce rêveries, commerce charlatan. Le monde assujeti, ignare comme un enfant,
Crève de tromperie, meurt dans l'étonnement.

Aux Gobeurs, p.27

Le pire des sensA l'occasion du Salon du Livre 2017, du 24 au 27 mars 2017, Paris Porte de Versailles, Jul sur le stand Défense – Service de Santé des Armées, propose le vendredi 24 (10h - 20h) - aux visiteurs la dédicace de son ouvrage, également proposée à la vente. Elle ne sera pas seule. D'autres professionnels de santé militaires seront également là pour faire découvrir tout leur panel de connaissances et de passion au travers de leurs ouvrages (romans de science-fiction, bande dessinée, livres historiques…)*

Le pire des sens – Poésie, Jul, illustrations de Eva et Martinez, Edition LC 2017.

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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