PUERICULTRICE

Bébé secoué : « toutes les familles peuvent être touchées »

Les professionnels de santé ont un rôle fondamental à jouer dans la lutte contre les violences infantiles. Ce sont eux qui, au contact des parents et de leurs enfants, peuvent détecter des comportements à risque et les signaler si nécessaire. Et pourtant, le syndrome dit du « bébé secoué » (SBS) reste « un phénomène méconnu des professionnels de santé », souligne la Haute Autorité de Santé (HAS). Afin de les sensibiliser et de poursuivre la mobilisation contre les maltraitances infantiles, celle-ci a d’actualisé, le 29 septembre, ses recommandations sur le sujet.

Nourrisson bébé en pleurs

Le SBS, et de façon plus générale, la maltraitance infantile, sont toujours sous-évalués. On parle de centaines d’enfants concernés, auxquels s’ajoutent tous ceux qui ne sont pas diagnostiqués… 

Exaspération, épuisement face à des pleurs : chaque année, des centaines de nouveau-nés sont victimes du Syndrome du Bébé secoué, un choc traumatique lié à de violentes secousses, entraînant des séquelles irréversibles, voire la mort. Pour informer parents et professionnels de santé, la Haute Autorité de Santé (HAS) avait publié, en 2011, une série de recommandations à ce sujet. Elle vient de les actualiser afin de permettre à chacun de réagir en cas de maltraitance infantile.

Le SBS en quelques chiffres alarmants

Ce sont les pleurs excessifs des bébés, qui amènent le plus souvent les parents, ou toute autre personne qui s'en occupe, à les secouer. Supportant difficilement de ne pas savoir comment les calmer, les parents perdent patience et en arrivent à les maltraiter. Chaque année, au moins 200 enfants sont victimes du syndrome du bébé secoué, un chiffre fortement sous-estimé, selon la HAS. Parmi les enfants concernés par le SBS, 10 à 40% en meurent, les autres conservent des séquelles à vie, qui se traduisent par des difficultés d’apprentissage, la survenue d’une épilepsie, de troubles visuels, d’une paralysie… Dans la majorité des cas, il s’agit de nourrissons de moins de 1 an et, dans deux cas sur trois, de moins de 6 mois, le plus souvent des garçons. L’adulte responsable peut être un parent ou toute autre personne amenée à garder l’enfant (beaux-parents, nourrice, baby-sitter…).

Un diagnostic plus facile à établir

La recherche a fait des progrès dans le domaine du SBS : on dispose aujourd’hui de nouvelles connaissances, et notamment d’une meilleure description des lésions cérébrales causées par ce syndrome. Ces avancées scientifiques permettent désormais aux professionnels de santé de « poser un diagnostic clair », souligne la HAS, grâce notamment à des symptômes neurologiques tels que certains types précis d’hématomes sous-duraux (HSD) et d’hémorragies rétiniennes (HR). Des symptômes qui peuvent être confirmés par une imagerie cérébrale (scanner en urgence puis IRM) et un examen du fond de l’œil, détaille la HAS.

Le phénomène doit être pris très au sérieux.  En cas de suspicions de SBS, l’enfant doit être considéré comme un traumatisé crânien grave. Il doit bénéficier d’une hospitalisation en soins intensifs pédiatriques, avec avis neurochirurgical. Secouer une seule fois un enfant peut créer des séquelles pour la vie entière, martèle le Dr. Anne Laurent-Vannier, chef du service de rééducation des pathologies neurologiques acquises de l'enfant, hôpitaux de Saint-Maurice dans une vidéo de la HAS adressée aux jeunes parents.

Non seulement les professionnels doivent savoir qu’ils ont le droit de signaler ce type de situation, mais plus que cela, ils en ont le devoir.

Les professionnels de santé, au cœur du repérage

La HAS insiste sur l’importance de la formation des professionnels de santé, et notamment des médecins. La possibilité d’une maltraitance doit toujours être présente à l’esprit du médecin qui doit y penser à chaque consultation. Au-delà de brûlures, de fractures ou d’ecchymoses caractéristiques, le professionnel doit aussi s’interroger face à des signes non spécifiques : modification du comportement habituel de l’enfant, attitudes des parents qui parlent à la place des enfants ou au contraire l’ignorent.

Trois questions à Charles Eury, président de l’ANPDE*

Qui est concerné par le SBS ?

Les inégalités sociales de santé jouent un rôle évident dans ce phénomène, mais je tiens à souligner que chaque famille peut se retrouver confrontée au SBS. Certaines familles sont plus vulnérables que d’autres (précarité, isolement … sont autant de facteurs de risque) mais tous les parents peuvent un jour craquer, confrontés aux pleurs incessants de leur bébé. Il est donc important, en tant que professionnel de santé, d’en avoir conscience, pour pouvoir prévenir ce genre de situations. Il ne faut avoir aucun préjugé sur cette question. Tout le monde peut être concerné.

Les puériculteurs ont-ils un rôle particulier à jouer dans la lutte contre ce phénomène ?

Je souhaiterais d’abord souligner que l’ANPDE avait travaillé conjointement avec l’HAS à l’actualisation de ces recommandations. Le SBS n’est pas le quotidien des infirmiers puériculteurs. Ce n’est pas un phénomène que nous rencontrons très souvent. Nous, puériculteurs, sommes cependant formés à ces situations, et devons avoir un rôle de prévention. Les puériculteurs sont les professionnels les plus représentés en PMI (où ils sont deux fois plus nombreux que les médecins et quatre fois plus nombreux que les sages-femmes.)

Comment faciliter les signalements ?

Non seulement les professionnels doivent savoir qu’ils ont le droit de signaler ce type de situation, mais plus que cela, ils en ont le devoir. Mieux vaut, en cas de doute, faire un signalement qui ne débouchera sur rien, plutôt que de renoncer par peur de se tromper. Face à un bébé secoué, il y a une urgence vitale. Des solutions d’accompagnement peuvent être mises en place pour prévenir ces comportements, comme des visites à domicile organisées par la PMI (pour voir comment s’organise la vie de la famille, pour épauler les parents s’il le faut), ou encore des consultations régulières au sein de la PMI pour faire le point régulièrement. Le SBS, et de façon plus générale, la maltraitance infantile, sont toujours sous-évalués. On parle de centaines d’enfants concernés, auxquels s’ajoutent tous ceux qui ne sont pas diagnostiqués… Il faut donc rester très vigilant sur ces questions.

*Association Nationale des Puériculteurs Diplômés et des Etudiants.

Comment, concrètement, signaler un enfant ?

Si le professionnel suspecte un risque de maltraitance, il doit réagir et effectuer un signalement : comme n'importe quel citoyen, il a l'obligation de porter assistance à une personne en danger. Cet impératif de protection est rendu possible par la levée du secret médical qui le met à l'abri de toute poursuite pénale pour violation de celui-ci. Le signalement n'est pas un acte de délation, c'est un acte de protection de l'enfant, rappelle la HAS dans les nouvelles recommandations.

La HAS détaille la démarque à suivre : Lorsqu'un SBS est suspecté, une première réunion d'au moins deux médecins doit avoir lieu sans délai. Un premier signalement sera adressé qui pourra ensuite être complété par une évaluation psycho-sociale. En effet, comme face à toute suspicion de maltraitance, le professionnel ne doit pas rester seul face au doute et savoir se faire aider. Dans le cas du SBS, toute suspicion de secouement, du fait de la gravité et du caractère constitutif d'une infraction pénale, impose un signalement avec saisine directe du procureur de la République (correspondant au lieu de résidence habituel de l'enfant). Une copie du signalement doit être également adressée au président du conseil départemental. Le professionnel devra aussi renseigner plusieurs éléments, en s’aidant, au besoin des conseils de la HAS : ne pas nommément mettre en cause ou viser une personne comme auteur des faits, bien séparer les faits constatés des propos rapportés, toujours préciser l'origine des informations (propos des parents, du travailleur social, etc.), utiliser le conditionnel, le style indirect ou mettre les propos rapportés entre guillemets…

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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