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Maman et infirmière : quand l'un ne va pas sans l'autre

Je suis maman, mais je suis aussi infirmière. Infirmière pédiatrique. Ancienne infirmière d'urgence et de néonatalogie. Devenir maman en ayant ce parcours professionnel, c'est un défi mental. C'est devoir faire face à toutes les peurs que mes années d’expérience ont ancrées en moi. Des années à voir le pire, à accompagner la douleur et la détresse, à m’oublier pour mieux soigner. Merci au site québécois collaboratif tplmoms.com de partager avec nous ce très joli texte qui devrait vous parler !

enfant malade lit hopital

Infirmière, mais aussi maman, Annie-Pier Couture, témoigne

Être maman et infirmière c’est me préparer à voir mon garçon dans les yeux des enfants que je soignerai. Aujourd’hui à presque un an ou quand il aura dix-huit ans.

Être maman et infirmière, c’est me faire un devoir de me rappeler chaque jour que je suis chanceuse d’avoir un enfant en santé. Que je serais prête à tout pour qu’il n’ait pas à traverser les mêmes épreuves que mes petits combattants. Que je ne sais pas si je serais en mesure d'avoir le dixième de la résilience des parents que je côtoie aux soins intensifs.

Être maman et infirmière, c’est savoir qu’une télévision peut être mortelle pour un jeune enfant. Qu’un brocoli mal avalé peut dégénérer en pneumonie. Qu’un raisin est le fruit le plus traître qui soit. Qu’un simple mal de tête peut être le début d’un vrai cauchemar. Que le cancer, ce n’est pas juste au Téléthon. Qu’on n’est jamais à l’abri d’un drame. Jamais.

Être maman et infirmière, c’est savoir qu’un enfant malade, ça veut dire une famille malade. Ça n’épargne le cœur de personne; parents, grands-parents, oncles, tantes, amis de la famille. Ça paralyse le quotidien. C'est leur monde qui s'arrête, même si la terre continue de tourner.

Être maman et infirmière, c’est aussi anticiper la prochaine question d’un parent en sachant que je voudrais moi-même être rassurée sur le sujet. C’est veiller à ce que les parents prennent le temps d’aller manger, dormir et se laver, car je sais trop bien que s‘ils le pouvaient et que si on n'y portait pas attention, ils seraient au chevet 24h/24, jusqu’à tomber au combat eux-mêmes.

Être maman et infirmière, c’est parfois pleurer en silence en accompagnant un petit amour lorsque le combat prend fin et qu'il enfile ses ailes pour un monde sans souffrance. C'est courir ensuite à la maison serrer mon petit trésor dans mes bras en remerciant le ciel d'être là, en santé. Un jour, ce fût même de vivre la dualité de soigner jusqu’au bout de la vie en portant moi-même la vie. L'infirmière amène la maman qu'elle est au travail et rapporte ses connaissances et son expérience à la maison, qu'elle le veuille ou non. Que ce soit parfois positif et aidant ou, bien au contraire, angoissant et négatif.

Être maman et infirmière, c’est accepter de se rendre vulnérable pour mieux soigner. C’est assumer que parfois, on est davantage dans la sympathie que l’empathie et que c’est correct ainsi. C’est également avoir un cœur de maman et un cœur d’infirmière qui seront à jamais indissociables. Ils agiront comme des vases communicants, bien malgré moi.

A l'occasion de la journée internationale de l'infirmière, le 12 mai, merci à mes amies et collègues qui prennent soin de la population comme de leur propre famille. Merci d’avoir un souci maternel envers les patients. Merci de prendre le temps de faire le petit geste de plus qui adoucit la dureté de l’épreuve. Merci de soigner chaque jour avec autant de cœur. Grâce à chacune de vous, les soins sont plus humains. Par votre exemple, je sais qu’on grandit en étant maman et infirmière et que ces peurs ancrées au fond de moi, je les prendrai pour mieux avancer.

À tous mes collègues masculins et superdad, remplacez le mot maman par papa dans ce texte, car je sais que vous vivez tout autant cette réalité. Comment votre travail a-t-il influencé votre rôle de maman?

Annie-Pier COUTURE   Maman à la grossesse « rocambolesque », infirmière pédiatrique

Cet article « Maman et infirmière : quand l'un ne va pas sans l'autre » a été publié sur le site québécois collaboratif tplmoms.com le 12 mai 2015. Merci à Carolane Stratis, Cofondatrice & Rédactrice en chef du site www.tplmoms.com ainsi qu'à Géraldine Zaccardelli, sa coordonatrice.

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Commentaires (6)

binoute1

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638 commentaires

#6

@Léal

je ne dis pas que ce sont les mêmes liens.
Mais le parallèle enfant - patients jeunes est le même que gd-parents - patients âgés.

je ne vois pas trop de spécificité dans cette situation ...

léalisa

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13 commentaires

#5

À Binoute

Je ne sais pas pour toi Binoute, mais mes ami(e)s qui ont des enfants n'ont pas les mêmes liens avec leurs enfants et avec leurs grands parents.

Bernadette Fabregas

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265 commentaires

#4

L'erreur est corrigée

Merci de ce partage, effectivement un très bel accueil de vos consoeurs françaises... Votre prénom est corrigé dans la légende photo... Bien à vous et n'hésitez pas à nous donner de vos nouvelles !

Annie-Pier Couture

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1 commentaires

#3

Erreur de nom

Merci d'avoir partagé mon texte sur votre site ça me touche beaucoup. Par contre mon nom est Annie-Pier et non Anne-Pier. Ce serait apprécié de faire le correctif.
Je suis contente que vos membres se reconnaissent à travers mes mots!

poupette74

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3 commentaires

#2

Très beau témoignage

Ce témoignage est très beau, et je trouve que le métier d'infirmière dans ce genre de service est extrêmement difficile car ça touche les enfants et un enfant ne devrait pas se retrouver du côté négatif de la vie et encore moins face à la mort.
En 2012 j'ai perdu une petite fille à 7 mois de grossesse j'ai subit une IMG et j'ai dû accoucher elle avait une cassure du chromosome 5 (un truc tellement rare, appelé aussi la maladie du cri du chat) elle faisait 920grs et 35cm.
Puis en 2013, en Avril, je suis en MAP mes jumeaux naissent à 26 semaines d' aménorrhées, ils pèsent 920grs et 1040grs ils sont immediatement conduit en service de réanimation néonatale ils y passeront 2 mois et demi ensuite ils sont placés en néonatologie ou ils y resteront 2 mois au total 4 mois et demi d'hospitalisation ou j'ai énormément côtoyé le personnel et envers qui nous avons une très grande admiration.
Pour ma part le métier d'infirmière reste le plus beau métier du monde car c'est un métier que l'on choisit avec le coeur.

binoute1

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638 commentaires

#1

oui, ...mais

mais ça pourrait s'appliquer ausis à avoir des gd-parents et travailler en gériatrie , non ?