PUERICULTRICE

A voir - 700 grammes de vie...

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Compétences infirmières

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Aujourd’hui, dans le monde, un enfant sur dix naît prématuré, ce qui représente 15 millions de naissances. Rien qu’en France, on dénombre 60 000 prématurés par an. 2 000 enfants meurent chaque année des suites de leur prématurité. La réalisatrice Sarah Lebas a installé pendant plus de trois mois ses caméras dans un service de prématurés. Son reportage, diffusé dans l'émission Infrarouge sur France 2 en 2014, mettait en évidence de façon très sensible les équipes qui s'activent auprès de ces bébés particulièrement fragiles et de leurs familles. La Journée Mondiale de la prématurité, lancée par l'association SOS Prema en 2009, et qui se tient cette année le vendredi 17 novembre, est l'occasion de redécouvrir ce documentaire poignant. 

Un ventre d’émotion...

bébé prématuré en couveuse

Plus des trois quarts des bébés prématurés peuvent être sauvés si on leur prodigue des soins efficaces.

Comment concentrer dans une unité de lieu et de temps tous les éléments de la tragédie antique ? Sarah Lebas a choisi de filmer le service de néonatalogie de l’hôpital Delafontaine qui s’occupe des grands prématurés. Dans ce huis-clos se livrent de nombreux combats. Vie et mort, culpabilité et remords, amour et inquiétude, liens parentaux parfois compliqués, on parle là de fondamentaux, de ressorts constitutifs de l’existence. C’est peu dire que le documentaire prend aux tripes ; il donne à voir la fragilité de ces tout-petits intubés, appareillés, enroulés dans du plastique, qui luttent pour leur survie, la pugnacité et l’attention du corps médical, la vulnérabilité de parents déstabilisés par la situation. On voit et on entend, on s’attendrit et on a peur. Dès qu’un bébé arrive, c’est, rappelle un médecin, une course contre la montre qui s’engage, sa fragilité de prématuré rend quasi impossible toute certitude ; s’il sort du service, il est suivi jusqu’à ses 6 ans.

Raphaël, Thomas et Osman tiennent dans le creux d’une main, ils ne pèsent que 700 grammes. Des bébés minuscules qui se frayent un passage vers un avenir incertain...

  • bébé prématuré soins
  • bébé prématuré soins
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La prématurité dans le monde : 

On considère comme prématuré un bébé né vivant avant 37 semaines d'aménorrhée. Cette notion recouvre 3 sous-catégories :

  • la prématurité extrême (<28 semaines);
  • la grande prématurité (entre la 28e et la 32e semaine);
  • la prématurité moyenne, voire tardive (entre la 32e et la 37e semaine).

Quelques chiffres : 

  • Chaque année, quelque 15 millions de bébés naissent prématurément (avant 37 semaines révolues de gestation). Ce nombre est en augmentation.
  • À l’origine de près d’un million de décès par an en 2015, les complications des naissances prématurées sont la cause principale de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans.
  • Les trois quarts pourraient être évités grâce à des interventions courantes, à la fois efficaces et peu onéreuses, même sans recourir aux soins intensifs.
  • Sur 184 pays, le taux des naissances prématurées varie entre 5% et 18% des bébés nés.

Source : OMS.

Les images de ces minuscules bébés - 700 grammes de vie, le titre du film, figure bien leur petitesse – bouleversent. Sarah Lebas a choisi d’en suivre trois, Raphaël (né à 27 semaines), Thomas (né à 26 semaines) et Osman qui pesait 630 grammes à sa naissance. On s’attache à chacun. La réalisatrice a judicieusement installé ses caméras pendant une durée de trois mois et demi dans l’hôpital, temps moyen du passage d’un bébé dans le service de néo-natalité de Saint-Denis. La construction « chronologique » voire « quantitative » - puisque l’évolution du poids des prématurés s’inscrit dans cette progression narrative - suit les différentes étapes et épreuves de leurs parcours. Il existe des stades incontournables : celui de la naissance ; celui en réanimation ; en soins intensifs puis en palliatifs ou en chambre mère-enfant. Fil rouge de son documentaire, le corps médical qui nous amène d’un bébé à l’autre. Car ce que nous raconte aussi Sarah Lebas, c’est le quotidien d’une équipe ; elle parle de « famille » : 50 infirmières, 10 auxiliaires, 10 médecins, réanimateurs, 5 internes, une psychomotricienne, une psychanalyste et un chef de service. En tout, 78 membres qui ont choisi de se confronter à la vie et à la mort des bébés – il existe une unité de soins palliatifs dans le service.

Ce que dit la réalisatrice Sarah Lebas

Nous avons suivi jour après jour le combat que mènent Thomas, Raphaël et Osman pour la vie, de leur naissance jusqu’ à leur sortie de l’hôpital. C’est à travers ces trois bébés que nous avons fait exister le personnel soignant et leurs familles. Ce sont eux qui vont dicter la dramaturgie du film, par leurs rechutes et leurs guérisons, par les opérations qu’ils vont subir, les allers-retours de leurs parents, les soins des médecins, la voix de la psychanalyste, les câlins des infirmières. Thomas, Raphaël et Osman, au final, ce sont trois bébés pour trois récits de survie, dans lesquels vont se croiser des dizaines de personnages : l’ensemble des professionnels du service (environ 70 personnes) et leurs parents.

Former les soignants à la méthode NIDCAP* pour le plus grand épanouissement des bébés nés avant terme et pour la meilleure implication de leurs parents attentionnés, telle est l'ambition du CHU de Toulouse

Deux fils...

Sarah Lebas explique que la vie du bébé tient à deux fils. « L’environnement immédiat de ces bébés, ce sont les tubes, les couveuses, les seringues, un monde de plastique déshumanisé, un habitacle scientifique sophistiqué. Un univers agressif, que renforcent les néons du plafond, le son des monitorings et des appareillages électroniques. Le premier contact du prématuré avec la vie relève de la science-fiction. C’est le premier relais, le premier fil.

Le second fil de la vie est humain : il s’agit d’un visage, celui d’un parent ou de l’un des membres du personnel soignant, d’une voix aussi : celle, très présente, de la psychanalyste Catherine Vanier. Ces deux fils, ces deux univers, paraissent antinomiques. Ils sont en réalité complémentaires. L’un n’existe pas sans l’autre. »
Parce que l’humain est aussi fondamental, Sarah Lebas filme la valse du corps médical autour de chaque bébé, qui vient lui parler, le toucher, le regarder, celle des parents – parfois ébranlés par la vision de cette vie si fragile.

Découvrez le film dans son intégralité

• Reportage diffusé mardi 16 septembre 2014, Infrarouge, France 2. Documentaire réalisé par Sarah Lebas, écrit par Sarah Lebas et Alain Charlot, produit par Capa Presse, avec la participation de France Télévisions et Centre national du cinéma et de l'image filmée.

NIDCAP : Programme Néonatal Individualisé d'Évaluation et de Soins de Développement

www.france2.fr par la rédaction d'Infirmiers.com. 
Mise à jour en ce 17 novembre 2017, Journée Mondiale de la prématurité.   

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