PUERICULTRICE

Vaccinations : un sujet qui continue de faire débat

La Semaine Européenne de la Vaccination, à l'initiative de l'Organisation Mondiale de la Santé, se déroule cette semaine, du 20 au 25 février 2015. Un sujet délicat au vu des dernières actualités en la matière...

Un enfant se fait vacciner.

Un enfant se fait vacciner.

Le calendrier vaccinal 2015 a été présenté fin mars sans apporter de modifications majeures par rapport à celui de 2014. Mais c’est maintenant dans un contexte difficile qu’il va devoir être appliqué depuis l’annonce par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (ANSM) de la mort de deux nourrissons suite à leur vaccination par Rotarix et RotaTeq, deux vaccins visant à les protéger des infections à rotavirus. Ce virus, entraînant notamment des gastro-entérites aiguës (GEA)1, est responsable de nombreuses hospitalisations chez les enfants en bas âge puisqu’il correspond à environ la moitié des hospitalisations pour GEA Si la mortalité due à ce virus reste faible, il reste un réel problème de santé publique puisqu’il provoque régulièrement l’hospitalisation d’enfants en plein développement et représente également un coût financier important pour la société.

Les vaccins disponibles sur le marché Français, le Rotarix et le RotaTeq, sont donc proposés aux parents pour les nourrissons de plus de six semaines en prévention mais ne sont pas obligatoires. Depuis leur commercialisation, plus d’un million de doses ont étés distribuées en France . Au total, 201 événements indésirables graves ont été reportés, dont 47 cas d’invaginations intestinales aiguës (IIA) survenues dans le mois qui suivait la vaccination. C’est de cette pathologie dont les deux nourrissons ayant été vaccinés sont décédés, l’un par le Rotarix, l’autre par RotaTeq. Le risque d’IIA. à la suite de la vaccination anti-rotavirus, s’il est faible (1/10 000), est connu et doit faire l’objet pour les parents d’une information claire de la part des professionnels de santé sur les signes annonciateurs : douleurs abdominales, vomissement, sang dans les selles, hyperthermie, pleurs inhabituels. Même s’ils restent rares, le rapport de l’ANSM publié le 12 février (PDF) conclut à une fréquence inquiétante des effets secondaires graves dus aux vaccinations anti-rotavirus au regard des autres vaccins pédiatriques et à la nécessité de ne pas recommander la généralisation de cette vaccination en France. Le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) devrait donc revoir sous peu sa recommandation de 2013 pour la vaccination des nourrissons de moins de 6 mois, malgré un taux d’hospitalisation réduit de 80% après vaccination. Le HSCP recommandait déjà à cette période une pharmacovigilance renforcée concernant les IIA et une information systématique des parents d’enfants vaccinés.

Les professionnels de santé ont donc un rôle primordial à jouer dans les vaccinations précoces et dans le suivi des vaccinations.

Une crise de confiance en augmentation

Ces événements interviennent dans un contexte déjà difficile qui tend à aller vers une crise de confiance de la population concernant la vaccination. L’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES) indique qu’une baisse de l’adhésion de la population est clairement identifiée notamment depuis l’épisode de grippe A (H1N1) et le rejet de la campagne de vaccination massive de l’époque. Si la couverture vaccinale pour les vaccinations obligatoires est très élevée, celle concernant les vaccinations recommandées reste insuffisante. Le dernier baromètre santé de l’I.N.P.E.S indique une diminution de 30% des personnes se disant favorables à la vaccination. De même, plus de 40% des vaccinations sont à l’initiative des médecins, contre environ 20% à l’initiative de la personne elle-même en 2010. Ce rapport était inversé en 2000, avec plus de 45% de vaccinations à l'initiative de la personne elle-même

Les professionnels de santé ont donc un rôle primordial à jouer dans les vaccinations précoces (notamment en PMI) et dans le suivi des vaccinations (essentiellement le médecin traitant).

Il s’agit là d’un enjeu majeur puisque la diminution des vaccinations recommandées a notamment conduit entre 2008 et 2012 à une épidémie de rougeole dans toute la France. Celle-ci a pu être enrayée à la suite de la mobilisation des professionnels de santé et d'une campagne de vaccination et de prévention importante.

L’obligation vaccinale est parfois mise en cause et fait l'objet d'une certaine méfiance d’une partie de la population. Le 20 mars 2015, le conseil constitutionnel a jugé conforme à la constitution l’obligation vaccinale actuellement en vigueur pour le DTP (Diphtérie-Tétanos-Poliomyélite). Il avait été saisi à la suite de la condamnation d’un couple ayant refusé les vaccinations obligatoires pour leur enfant. Daniel Floret, membre de la Société Française de Pédiatrie et du Comité technique des vaccinations, juge quant à lui contre-productive une obligation vaccinale qui augmente la méfiance des “anti-vaccins” alors que les pays n’ayant pas adopté une politique vaccinale obligatoire observent un taux de vaccination semblable au nôtre.

L’obligation vaccinale est parfois mise en cause et fait l'objet d'une certaine méfiance d’une partie de la population.

Prévention : les professionnels de santé en première ligne

Les professionnels de santé ont en tout cas un rôle central à jouer dans cette période de crise de confiance, particulièrement en ce qui concerne la vaccination infantile. Dans un rapport de mars 2013, l’Observatoire National de la Démographie des Professions de Santé insiste sur la nécessité de créer des consultations autonomes de puéricultrices, dans tous leurs lieux d’exercice […] afin de répondre aux demandes croissantes par les familles de conseils de puériculture […] complétés par certaines activités qui feraient l’objet d’une extension des activités des puéricultrices, par exemple […] les vaccinations (hors première injection). Les infirmières puéricultrices sont en effet en première ligne concernant la prévention et la promotion de la santé du jeune enfant, notamment en ce qui concerne les vaccinations.

Du 20 au 25 avril se déroule la 9ème édition de la Semaine Européenne de la Vaccination organisée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et pilotée en France dans chaque région par les Agences Régionales de Santé. Le thème de cette année est la mise à jour des vaccinations, avec des animations proposées en région pour aider à comprendre l’intérêt individuel et collectif d’être à jour de ses vaccins et répondre aux questions de chacun sur la vaccination.

C’est l’occasion pour chaque professionnel de se questionner également sur ses propres représentations concernant la vaccination, et le message de santé publique qu’il souhaite transmettre.

Note

  1. “Les cahiers de la puéricultrice”, n° 213, Janvier 2008, “La gastro-entérite à rotavirus du nourrisson”
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Infirmier PuériculteurAssociation Nationale des Puéricultrices(teurs) Diplômés d'État (ANPDE)http://www.anpde.asso.fr/

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