MODES D'EXERCICE

« J’ai toujours voulu participer à un projet humanitaire »

Cet article fait partie du dossier :

Humanitaire

Après avoir participé à sa première caravane médicale en mai dernier dans le cadre du projet Amoddou, Yamina Lahssini, infirmière dans le service des urgences gériatriques de Genève, raconte son expérience dans l’Atlas marocain.

équipe Maroc caravane humanitaire Thirion

Ma première démarche a été de faire un don à l’association puis je me suis dit « pourquoi ne pas proposer mes services », raconte Yamina Lahssini (en bas à gauche sur la photo.)

A 54 ans, Yamina Lahssini, infirmière dans le service des urgences gériatriques de Genève, en suisse, et mère de trois enfants, a participé au printemps dernier au projet solidaire de caravane médicale intitulé Projet Amoddou . C’est dans son pays d’origine, au Maroc, que l’infirmière a pu rejoindre une équipe de 9 soignants, pour participer à cette caravane itinérante, dans une vallée reculée de l’atlas Marocain. Plusieurs mois après cette expérience humaine, elle nous raconte son aventure.

Jérémie Thirion - Peux-tu pour commencer nous résumer ta carrière d’infirmière ?

Yamina Lahssini - Je suis infirmière depuis 1986. J’ai fait mes études en banlieue parisienne au Centre Hospitalier Dupouy à Argenteuil, et j’ai commencé ma carrière dans différents services de l’hôpital. J’ai ensuite travaillé dans une PMI et IMP, avant de quitter la région et m’installer en Haute-Savoie. J’ai travaillé durant 15 ans aux urgences des Hôpitaux Universitaires de Genève, où j’ai pu être formée comme experte en soins d’urgences et praticienne formatrice. Depuis fin 2016, j’ai intégré le service des urgences gériatriques, un projet unique en Suisse et en Europe. C’est un service dédié uniquement à la prise en charge de la personne âgée en situation d’urgences.

J. T. - Comment t’es-tu retrouvée dans ce projet de caravane médicale ?

Y. L. - Tout à fait par hasard ! Une de mes amies qui travaillait avec moi aux urgences m’a envoyé le lien via les réseaux sociaux. Le projet m’a tout de suite plu car je suis d’origine marocaine, née en France. Ma première démarche a été de faire un don à l’association puis je me suis dit pourquoi ne pas proposer mes services : je parle arabe, je connais bien la culture et les traditions du pays, et je suis motivée ! On m’a contactée quelques semaines plus tard  pour savoir si j’étais toujours disponible, j’ai sauté de joie ! Et c’est comme ça que j’ai intégré le groupe.

J. T. - Après toute ta carrière hospitalière, qu'est-ce qui t'a décidé à te lancer dans ce projet solidaire ?

Y. L. - J’ai toujours voulu participer à un projet humanitaire ou solidaire. Et le fait que ce projet se déroule au Maroc, pays de mes origines, était pour moi une manière de rendre service au pays de mes parents. J’allais en vacances au Maroc tous les ans avec mes parents quand j’étais plus jeune, je voyais les problèmes de santé, les besoins, les manques de la population. Ma famille et leurs amis me sollicitaient souvent pour des conseils, prendre la tension, faire un pansement, expliquer un traitement…  Ma mère était fière de ma profession, d’ailleurs c’est elle qui m’a poussée à être infirmière, moi je voulais être coiffeuse ! (rires)  

J. T. - En quoi consistait concrètement cette caravane médicale ?

Y. L. - L’idée était de mettre en place une caravane médicale et paramédicale itinérante dans une région très isolée de l’Atlas marocain. La vallée du Dadès où nous nous sommes rendus, se situe géographiquement à plus de 50 kilomètres de l’hôpital de zone de Boulmane-Dadès. Notre équipe était donc constituée d’une sage-femme, d’un dentiste, d’un médecin, de deux pédiatres, de deux infirmiers, mais aussi d’une étudiante en médecine et d’une secouriste du croissant rouge marocain. Nous devions nous déplacer de village en village à pied et avec des mules, afin d’y proposer des consultations gratuites, de faire de la prévention dans les écoles, du dépistage et des soins de courte durée.

Je me souviens d’un jour où nous avons eu 160 consultations, tous âges confondus. Ce n’était pas simple à gérer !

humanitaire thirion maroc

J. T. - Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées sur place ?

Y. L. - Il y en a eu plusieurs. Tout d’abord le flux de patients auquel il fallait faire face. Je me souviens d’un jour où nous avons eu 160 consultations, tous âges confondus. Ce n’était pas simple à gérer. Il y avait aussi la barrière de la langue, certains habitants ne parlaient que berbères mais nous avions des traducteurs très efficaces sur place. Et puis le fait de déménager tous les deux jours, il y avait un travail physique et logistique important avec nos 350 kg de matériel que nous devions déplacer. Tout cela concentré sur une courte période, en 12 jours nous avons fait 10 villages 62 heures de consultation, et vu 869 patients !

J. T. - Comment se déroulait une journée type sur place ?

Y. L. - La journée commençait par un réveil matinal puis un petit-déjeuner marocain pour prendre des forces. Nous ouvrions les consultations à 8h, mais avant cela il fallait préparer les salles. Il y avait tous les jours des patients présents bien avant l’ouverture et il fallait commencer rapidement le triage, donner des numéros de passage. Cela prenait toute la matinée jusqu’à 12h30, parfois 13h puis nous allions manger rapidement sur le pouce nos repas lyophilisés afin de ne pas perdre trop de temps. Puis nous reprenions le travail jusqu’à 18h - 19h en fonction du nombre de consultants. L’après-midi, à tour de rôle, une équipe de deux soignants se rendait dans les écoles pour proposer une action éducative sur l’hygiène dentaire et le brossage des dents. En fin de journée c’était le rangement, la désinfection des locaux et du matériel, et surtout la vérification des stocks de médicaments.

J. T. - Comment se sont passés la rencontre et les échanges avec la population locale ?

Y. L. - Très bien! Le fait d’avoir des origines marocaines et de parler l’arabe a vraiment été un plus, cela permettait d’établir une vraie relation de confiance. C’est vrai que nous étions dans des villages ruraux où l’école s’arrête juste après le collège pour les filles, et le lycée pour les garçons, faute de moyens. Voir une femme d’origine marocaine qui a un métier reconnu dans la population, m’a probablement facilité le dialogue.

Nous étions deux infirmiers sur la caravane. Je pense que pour un projet comme cela, il est important d’être polyvalent et d’avoir des fortes capacités d’adaptation.

maroc humanitaire thirion

J. T. - Quel est le rôle d’un infirmier dans une caravane médicale comme celle que tu as fait ?

Y. L. - Nous étions deux infirmiers sur la caravane. Je pense que pour un projet comme cela, il est important d’être polyvalent et d’avoir des fortes capacités d’adaptation. Notre travail consistait donc avant tout à gérer des tâches d’organisation et de logistique : trier les patients, gérer le stock des médicaments, désinfecter le matériel, et nous assurer que les médecins et le dentiste aient tout le matériel nécessaire et qu’ils travaillent le plus confortablement possible. Quand ils prescrivaient un traitement, nous prenions le temps de l’expliquer au patient et en profitions pour faire de la prévention et de l’éducation thérapeutique. Mais nous avons quand même eu quelques soins infirmiers plus techniques, comme des perfusions ou des pansements. Une de mes préoccupations était aussi de prendre soins de mes collègues pour permettre à ce projet d’aller jusqu’au bout. Cela peut paraitre hors du rôle infirmier, mais indispensable à l’aboutissement du projet. Disons que l’infirmier est un peu l’atome autour duquel gravite toute l’équipe. Il répond à toutes les demandes… ou du moins il essaye !

J. T. - Quel est le meilleur souvenir que tu garderas de cette caravane ?

Y. L. - Difficile de n’en choisir qu’un seul ! En tout cas ce qui me restera en mémoire, c’est la cohésion de l’équipe face à tous les imprévus rencontrés avant le départ. Certains membres ne se connaissaient pas la veille du départ, car pour des raisons personnelles un des médecins et la sage-femme ont dû se retirer du projet et il a fallu les remplacer quelques semaines avant notre départ. Nous nous sommes donc découverts au cours de notre voyage et nous avons travaillé avec nos différences, tout le monde a été exceptionnel ! Je crois qu’avec une équipe qui ne se connait pas, il peut y avoir de l’appréhension sur le déroulement d’un tel projet, mais ce qui est magique c’est que tout le monde a fait des efforts dans le seul but d’apporter à la population de la vallée des soins adaptés. C’était une expérience riche sur le plan humain avec des journées pleines d’émotions, parfois des larmes, des histoires de vie difficiles, des conditions de vie difficiles pour cette population, mais sans aucun regret d’avoir vécu tout ça.

J. T. - Vas-tu participer à d'autres projets de ce type ?

Y. L. - Oh que oui ! Je crois que tous les imprévus que nous avons eus dans les préparatifs de ce projet n’ont fait que me motiver à aller encore plus loin ! Peut-être qu’il y aura d’autres caravanes avec l’association, mais il est encore trop tôt pour lancer un nouveau projet. En tout cas, toute l’équipe semble motivée pour un nouveau départ !

Creative Commons License


Infirmier, membre du comité de rédaction d'Infirmiers.com
jeremie.thirion@gmail.com
Plus d’infos sur l’association Amoddou 
Crédit photo - Amoddou

Retour au sommaire du dossier Humanitaire

Publicité

Commentaires (0)