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Jean-Arnaud, volontaire au sein de la réserve sanitaire

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Humanitaire

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Nous avions rencontré Jean-Arnaud Elissalde en octobre 2012, lors du Salon infirmier, à Paris. Infirmier depuis 2009, en poste en réanimation et aux urgences du centre hospitalier d'Agen, il venait d'intégrer l'Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires (EPRUS). En pleine formation, il nous avait confié attendre avec impatience sa première mission sur le terrain. Nous l'avons retrouvé une année plus tard. Il nous alors raconté son expérience en Guyane, missionné en mai 2013 pour renforcer les équipes soignantes guyanaises submergés par une épidémie de dengue.

Jean-Arnaud Marisol Touraine Eprus

Jean-Arnaud encouragé par Marisol Touraine avant son départ en mission en Guyane

Voici ce qu'il nous livre :

« En 2012, j'étais un jeune réserviste, plein d’espoirs et d’interrogations. Je n’avais reçu que la formation Urgences Médico-Psychologiques et j’étais très impatient de participer à deux autres formations pour lesquelles j’avais été sélectionné : Journée d’information zonale – ARS Sud Est et surtout L’exercice terrain. En effet, ces 5 jours de formations théorique et pratique qui devaient se dérouler sur un terrain militaire en Ile-de-France) étaient pour moi l’occasion de toucher du doigt et même plus ce pour quoi je m’étais « engagé » : les missions d’interventions à l’étranger. Récompense ultime pour ma participation à ce séminaire : je recevais mon packtage,  premier symbole objectivable de mon engagement véritable. L’expérience (difficile mais très riche en émotions et apprentissages) de ce stage n’a fait que me conforter dans mon choix et m’a poussé à m’investir encore plus avec l’EPRUS. Je me suis donc rapidement pré-inscrit à l’ensemble des formations proposées que je n’avais pas encore suivies et j'ai eu la chance de participer dans de courts délais au Séminaire Humanitaire L1. Parallèlement, et toujours dans l’idée de compléter mon engagement et de me préparer au mieux à un éventuel départ, j’ai rejoint l’ANARES (Association Nationale de la Réserve Sanitaire) http://www.eprus.fr/actualite/decouvrez-anares-association-nationale-reserve-sanitaire.html. J'ai pu ainsi continuer à partager avec les autres membres de la grande famille EPRUS, créer des contacts et tirer des enseignements de mes collègues réservistes, membres de l’association, déjà partis en mission.

Puis, un peu à l’inverse d’une montagne russe, passé les fortes émotions et la rapidité de la formation dont j’ai pu bénéficier, j’ai eu une « longue » période de « douce », mais longue descente, difficile à accepter, encore sous les effets de l’adrénaline du départ et toujours impatient de concrétiser plus qu’un engagement, un rêve.

Lorsque qu’en mai 2013, l’EPRUS lance des alertes de mobilisation, la flamme se rallume et je réponds positivement à chacune d'entre elles, mais silence radio... Toujours autant d’émotions : la joie, la peur, l’impatience puis la colère et enfin la lassitude...  Un matin enfin, le téléphone sonne…

EPRUS mission Guyane

Jean-Arnaud, 4e en partant de la gauche, sur le départ pour sa première mission en Guyane.

Nous sommes le lundi 13 mai 2013, alors que j’avais répondu positivement à la dernière mise en alerte de l’EPRUS pour un départ en Guyane et bien que n’ayant pas reçu de confirmation au sujet de ma mobilisation, le Dr Bertrand Leroux, adjoint santé de la réserve sanitaire l’EPRUS, m’appelle : ça y est, je fais partie de la mission Guyane ! Il est 11h30, je suis en région, plus ou moins préparé à un départ immédiat, et la consigne est : « il faut être à Paris avant la fin de la journée ». Tout se bouscule en quelques secondes, j’accepte, je dois donc partir ! S’en suivent de nombreux coups de téléphone et de mails aidé par l’ensemble des personnels de l’EPRUS qui s’occupe de mon acheminement jusqu’à Paris, mais également de toute la gestion administrative de mon départ - notamment auprès de mon employeur - ayant eu « juste » le temps de contacter mon cadre de santé et de recevoir en plus de son accord, son soutien et ses encouragements…

Pour des raisons de contraintes horaires, mon départ se fera de la Gare de Bordeaux, à une bonne heure de voiture de mon domicile, une heure, juste le temps qu’il me reste pour profiter de ce voyage où l’on me conduit pour régler les derniers détails d’une absence de 15 jours mais surtout pour rassurer mon entourage pour qui ce départ précipité - même si il était envisageable et envisagée -  n’est pas forcement simple. Reste 3h30 de TGV, une bonne heure de transports en commun dans la capitale, puis me voilà avec mes huit collègues que je rencontre, pour la plupart, pour la première fois et avec qui je vais partager « ma première fois »... Heureusement quelques têtes connues et un  « bon copain » rencontré lors de l’exercice terrain en décembre 2012. Pas le temps de prendre le temps d’apprendre à se connaître, nous devons être reçu par Marisol Touraine, au Ministère de la Santé. Puis les journalistes, un briefing rapide, un transfert pour l’hôtel et un vol prévu pour le lendemain matin !

Sur place, notre venue étant liée au renfort des équipes des Urgences et de Pédiatrie du Centre Hospitalier Andrée Rosmond de Cayenne, submergés par la surcharge de travail suite à l’épidémie de dingue, nous avons été accueilli de façon très chaleureuse par une population qui rencontre des difficultés bien loin de celles que l’on peut côtoyer au quotidien dans nos services de soins … S'en est suivie une expérience professionnelle, mais surtout humaine, intense et riche en émotions : des rencontres, des échanges, quelques difficultés mais surtout une belle solidarité entre coéquipiers bien sûr, mais aussi plus largement avec la population guyanaise et les professionnels que nous avons côtoyé durant ces deux semaines. Je n'oublierai pas non plus mes collègues du service de réanimation du centre hospitalier d’Agen que je venais de « déserter » du jour au lendemain et qui, avec l’aide de mon surveillant, ont comblé les créneaux vacants liés à mon absence me permettant de vivre ces moments. C’est ça aussi l’EPRUS  !

Aujourd’hui, j’ai fini l’ensemble du cursus de formation proposée par l’EPRUS qui réfléchit néanmoins à augmenter son offre et poursuivre le parcours de formation de ses réservistes. J’ai développé beaucoup de liens, certains avec des personnes à l’autre bout du monde. J'ai des souvenirs plein la tête et une expérience qui me conforte dans mon engagement. Cela m’aide à patienter jusqu’au prochain départ… que j’espère pour bientôt ! »

Pour en savoir plus

Voici les chiffres concernant les infirmiers réservistes sanitaires : 505 infirmiers toute catégories confondues dont notamment 56 IADES, 23 IBODES et 17 infirmiers du secteur psychiatrique.

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com

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Commentaires (1)

Corwyng

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2 commentaires

#1

Bravo

Merci de nous avoir faire partager cette expérience au sein de la réserve sanitaire.
En espérant que cela incitera de nombreux autres professionnels à postuler pour l'intégrer.

Il ne restera plus ensuite qu'à tenter de dépasser l'incroyable frilosité de certains cadres et DRH qui refusent que leur personnel postule car "trop difficile de gérer les absences" (sic!)
J'en suis pour ma part à 2 refus de ma direction et je commence à désespérer de rejoindre un jour l'EPRUS !