Cadre sup en psychiatrie et Chevalier des Arts et Lettres !

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Erika Schröder, cadre supérieur de santé au sein de l’Etablissement Public de Santé Mentale de l'agglomération lilloise (EPSM) vient d’être décorée des insignes de Chevalier des Arts et Lettres par le ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterrand pour une initiative menée en tant que chef de projet de la radio des « Z’entonnoirs » et dans le cadre d’une promotion spéciale récompensant les projets « médias de quartier ».

erika schroder décoree des insignes de chevalier des arts et lettresErika Schröder commence ses études d’infirmière en psychiatrie en 1979 au centre de formation de l’hôpital Ulysse Trélat, un peu par hasard mais sait immédiatement qu’elle a fait le bon choix. Elle est diplômée en 1982 après avoir suivi un cursus qui alternait cours, stages et longues périodes en psychiatrie qui permettait alors une véritable spécialisation en psychiatrie. Diplômée, elle commence sa carrière sur un secteur de psychiatrie lillois. Elle y travaille pendant 10 ans, puis vit la création de l’Etablissement Public de Santé Mentale de l’agglomération lilloise.

En 2001, Erika Schröder fait l’école des cadres et est affectée sur un secteur qui prend en charge les personnes des quartiers de Roubaix centre. En 2008, elle est nommée cadre supérieur de santé. Aujourd'hui, c'est à Roubaix, à l’hôpital Lucien-Bonnafé, qu'elle exerce en tant que telle.  Durant toutes ces années, Erika Schröder met en place de nombreux projets en lien avec des associations culturelles ou sportives, témoignant de l’insertion des patients suivis en psychiatrie dans la cité. Elle crée de nombreux réseaux qui permettent d’ouvrir la psychiatrie sur l’extérieur. Ses valeurs clefs : insertion, citoyenneté et déstigmatisation. C’est ainsi qu’elle imagine en 2004 le projet des Z’Entonnoirs, suite logique à une expérience temporaire de radio associative au sein du festival Extramundi de la manufacture culturelle La Condition Publique, à Roubaix. A l’image de la Colifata en Argentine, patients et infirmiers pratiquent la radio pendant une semaine durant tout le festival, et… veulent y retourner ! La radio Boomerang, radio associative roubaisienne qui a d’ailleurs fêté l’année dernière ses trente ans, est l’accompagnatrice des premiers moments, et se lance dans l’aventure avec l’EPSM de l’agglomération lilloise et la Condition Publique pour pérenniser le projet : les Z’Entonnoirs font ainsi leurs débuts en 2005 avec le succès que l’on sait aujourd’hui.

“ Plus on est de fous, plus on rit, plus on se marre. Allez, allez c'est les Z'Entonnoirs, une émission pour les gens semi-normaux et semi-fous”.

Pour un patient « citoyen »...

Crédit Iris BianicLes Z'Entonnoirs est donc une émission radio hebdomadaire animée par des infirmiers et des personnes présentant des troubles psychiques. Pour réaliser cette émission hebdomadaire, l'équipe, composée d'une vingtaine de personnes au total, se réunit au sein de son « laboratoire » hébergé à la Condition Publique, la manufacture culturelle de Roubaix. Patients et soignants ont été sensibilisés à l'univers de la radio avant de découvrir les bases de la création d'une émission radiophonique en apprenant les techniques éditoriales d'interview et d'animation et suivi une formation technique.

Lors des séances, les Z'animateurs définissent la ligne éditoriale de l'émission, réalisent des interviews, animent des émissions et des débats, et préparent des supports de promotion en vrais professionnels. Ce travail a débouché sur des résultats très positifs révélant une réelle demande de prise de parole des patients. Aujourd'hui, 151 émissions ont été enregistrées et 45 patients y ont participé. Les émissions sont diffusées sur trois radios associatives : Radio Boomerang, Radio RCV et Radio Campus.
Cette émission de radio considère les patients comme des citoyens en leur donnant le droit à la parole. Le patient n'est plus un objet de soin mais un citoyen capable d'accéder à une offre culturelle. Même si les effets thérapeutiques sont indéniables, ce projet illustre avant tout le droit à la culture. Car à travers la radio, les patients peuvent s'exprimer, débattre, discuter sans intermédiaire, librement sur les ondes.

La parole est libre et ouverte, les sujets abordés sont souvent en rapport avec la vie de chacun des patients. Soignants et soignés partagent collectivement leurs savoirs. Cet espace de liberté permet à chacun d'acquérir de l'autonomie et de participer aux prises de décisions. Progressivement des rapports quasi égalitaires s'installent entre les infirmiers et les soignés.

Cette radio citoyenne au service des patients propose en effet une véritable alternative aux méthodes de soins « traditionnels ». La participation à cette activité ne dépend pas d'une prescription médicale (elle se fait en accord préalable avec le psychiatre) et s'adresse à des patients dits « stabilisés », qui sont sortis de l'EPSM ou issus de l'hôpital de jour. Cet atelier s’inscrit cependant dans le cadre d’un centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP). « La radio nous fait sortir de nos habitudes, de la routine, elle décrasse notre esprit qui se met en éveil, ce qui contribue à faire reculer la maladie. On se sent libre car on prend la parole », raconte une des participantes, Awa. Cet atelier permet en effet de sortir les personnes de l'isolement propice à la rechute. Dans le groupe, elles s'entraident, réapprennent ensemble à vivre avec les autres. « L'effet miroir » que l'autre renvoi a un rôle rassurant et structurant.

Le nom « Les Z’Entonnoirs » est provocateur mais c’est l’idée qu’on a le droit d’être différent et c’est aussi à la société d’accepter...

Erika Schröder ou comment émettre... pour transmettre !

Crédit Guilhem AndrieuPour Erika Schröder, la notion de « transmission » est importante : elle donne des cours dans les formations initiales dans les IFSI de Roubaix et du CHRU de Lille et au sein de l’hôpital pour les autres professionnels qui connaissent peu la psychiatrie (techniques d’entretien). Elle organise également des rencontres entre les animateurs des Z’Entonnoirs et les étudiants afin de leur faire toucher du doigt que maladie mentale ne nie en rien compétences et citoyenneté. Elle défend la créativité dans le soin.
Rappelons que l’émission des Z’entonnoirs est la première radio en France animée par des personnes souffrant de troubles psychiques : elle accueille en son sein de nombreux observateurs de différents hôpitaux qui souhaitent eux aussi développer ce média et a généré des expériences similaires en France, comme radio citron à Paris.

La décoration d’Erika Schröder, le 22 mars 2012, rend hommage également à un travail collectif, celui de la « tribu des Z’entonnoirs ». C’est pourquoi l’Etablissement Public de Santé Mentale de l’agglomération lilloise souhaite programmer un temps festif pour tous les partenaires du projet au mois de juin 2012, afin de réunir tous ceux qui contribuent au quotidien à faire vivre cette radio citoyenne. Cette dernière a d’ailleurs réalisé une interview de Frédéric Mitterand, ministre de la Culture et de la Communication à l’occasion de cette distinction honorifique bien légitime.



Contact Les Z’Entonnoirs : www.leszentonnoirs.fr ; courriel : leszentonnoirs@gmail.com.
Le groupe « Les Z’Entonnoirs » est présent sur Facebook
blog : leszentonnoirs.over-blog.fr

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