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Dans les pas de Louis… un Ibode en colère...

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Exercer dans le privé

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Alors que ce 7 novembre est annoncé comme Jeudi noir dans les blocs opératoires, Louis, infirmier de bloc opératoire diplômé d’État (Ibode) dans un grand hôpital universitaire, nous explique les raisons de la colère. Elles le conduiront, comme beaucoup de ses collègues, dans la rue, à Paris ou dans les grandes villes de France, pour la reconnaissance de ses qualifications et de ses responsabilités. Une forte mobilisation est attendue à l’heure où le hashtag #BloqueTonBloc fleurit sur les réseaux sociaux en écho aux mouvements de grève des Ibode qui s’expriment depuis maintenant depuis plusieurs mois.

Ibode en colère...

Dans les pas de Louis, Ibode dans un grand hôpital universitaire... Il nous explique la réalité de son exercice, son engagement et les raisons qui motivent le fait qu'il manifestera aujourd'hui à Paris avec ses pairs.

Nous nous sommes engagés à nous former 18 mois durant, nous avons acquis un diplôme, il correspond à des acquis de compétences spécifiques. Il est grand temps que la valorisation soit au rendez-vous !. Louis, entré au bloc opératoire de son CHU comme simple infirmier en 2001, diplômé Ibode depuis 2013, l’affirme haut et fort, nous devons nous mobiliser fortement pour notre spécialité, faire front et ne rien lâcher. L’heure n’est plus au consensus mou, nous devons faire valoir notre valeur-ajoutée dans le système de santé et Agnès Buzyn, notre ministre de tutelle, doit en convenir et nous montrer des actes forts en retour, que cela soit en termes de réingénierie de notre formation ou de valorisation financière de notre diplôme.

Ibode en colèreAu sein de son bloc opératoire spécialisé en chirurgie thoracique, Louis aime y évoluer. La discipline est exigeante et les évolutions techniques récurrentes. De fait, l’adaptabilité de l’Ibode à faire face est requise et l’exercice chirurgical n’en est que plus passionnant. Nous sommes hélas en sous-effectifs chroniques. Alors que nous devrions être 6 Ibode le matin pour assurer notre travail dans nos 3 salles, nous ne sommes que 4. D’ailleurs, dans notre hôpital universitaire, le taux d’Ibode n’est que de 33 % alors qu’il devrait être au minimum à 70 % pour coller à la législation et assurer la sécurité du patient. Il y aurait en France quelques 8000 Ibode, il en faudrait vraisemblablement le double…

Louis l’affirme, c’est vraiment très valorisant de travailler "en duo" avec un chirurgien, nos actes exclusifs nous permettent une étroite collaboration, sur protocoles, dont la finalité est de libérer du temps au chirurgien qui peut alors se concentrer sur l’essentiel : le geste opératoire pur en sachant pouvoir compter sur l’Ibode du début de l’intervention (installation du patient), à la fin (sutures). Et de rappeler, là encore, la formation complémentaire de 49h (théoriques et pratiques) qui a été nécessaire pour asseoir ces nouvelles compétences.

Au 1er janvier 2020, les compétences exclusives des Ibode devront être respectées dans l’ensemble des blocs opératoires de France. Ils seront donc les seuls à pratiquer les actes d'assistance de chirurgie et d'aide opératoire. Nous y veillerons !

Alors oui, nous faisons preuve de professionnalisme, d’engagement, de compétences et l’importance de notre rôle n’est plus à démontrer alors pourquoi sommes-nous toujours en attente de la réingénierie de notre formation d’Ibode avec à la clé le titre de master (les écoles d’Ibode ont travaillé dans ce sens, les référentiels sont prêts) ? Du côté du ministère, toujours pas de volonté de faire avancer ce dossier.  Autre préoccupation majeure, la question des grilles salariales. Là encore, il y a urgence à être entendu ! Nos actes exclusifs ne sont pas valorisés et les Ibode sont les seuls acteurs du bloc opératoire à ne pas percevoir une NBI (nouvelle bonification indiciaire) alors que notre fonction comporte l’exercice d’une responsabilité particulière et d’une haute technicité ? Une NBI de 30 points est selon nous requise, tout comme une prime spécifique de 300 € en regard de nos actes exclusifs.

De plus, poursuit Louis, il est grand temps que nos tutelles reconnaissent la pénibilité de notre profession et la dégradation des conditions de travail dans nos blocs. Nous subissons comme d’autres services hospitaliers des coupes budgétaires qui nuisent au quotidien. Par exemple lorsqu’on nous impose un choix de gants de moindre qualité, à l’arrivée, c’est une perte de temps et d’efficacité car il nous faut changer de gants en cours d’intervention… Bref, autant de petits détails qui, ajoutés les uns aux autres, créent du stress et une qualité de travail moindre.

Un corps de métier de plus en plus spécialisé et une reconnaissance salariale qui ne suit pas. Au niveau européen et mondial, la France est placée dans les rangs les plus bas, c’est honteux !

Ibode en colèreVoilà les raisons qui motivent Louis, par ailleurs engagé d’un point de vue associatif à l’Unaibode et syndical au Snibo pour la défense de sa profession, à manifester aujourd’hui. Nous avons souhaité une mobilisation spécifique des Ibode pour leur donner plus de visibilité. Bien évidemment nous sommes solidaires du grand mouvement qui secoue les services d’urgence et gagne l’ensemble des services hospitaliers car oui, l’hôpital public est malade et ses acteurs n’affichent guère une meilleure santé que lui. Nous espérons fortement être reçus au ministère. Une délégation constituée de représentants des Ibode - association, syndicat, enseignants, étudiants...- ira présenter ses revendications et dehors, il y aura du bruit ! L’État doit comprendre que le dénigrement n’est plus admissible. Nous tenons à notre métier, nous l’avons choisi, nous voulons l’exercer comme nous nous y sommes engagés dans une finalité de service rendu à nos patients, en toute sécurité. La reconnaissance, nous la méritons alors nous ne lâcherons rien !

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Rédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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