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L'emploi du temps des infirmiers passé au crible

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Horaires atypiques, travail de nuit, charge de travail importante, intensité des postes... Tels sont les sujets sur lesquels s'est penchée la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) dans son document de travail portant sur l'emploi du temps des infirmières et infirmiers du secteur hospitalier.

planning emploi du temps infirmières

Quid du planning des infirmiers du secteur hospitalier

La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) fait le bilan, dans un document de travail, de l'emploi du temps des infirmières et infirmiers du secteur hospitalier. Pour réaliser cette étude qualitative, 63 infirmières exerçant dans 10 établissements de santé de taille, de statut et de localisation différentes ont été interrogées sur leur rythme de travail et le contenu de leurs journées de travail.

Des horaires variables

Dans son rapport, la DREES souligne le caractère atypique des horaires des infirmiers et précise que si toutes les infirmières hospitalières « sont à 35 heures », se cache derrière cette formule des rythmes de travail tout à fait variables et un temps de travail annualisé également légèrement variable. Ainsi, trois facteurs ont un impact direct sur le planning :

  • la permanence des soins, et plus particulièrement le fait de travailler dans un service de soins continus ;
  • le choix de l'établissement en matière d'organisation des services continus (amplitude horaire des postes, roulement du personnel...) ;
  • le choix propre aux services.

Dans le cas des services de soins ambulatoires (hôpital de jour, chirurgie ambulatoire, consultation, secteur psychiatrique extra-hospitalier), les horaires de semaine sont parfois fixes, d'autres fois variables, mais l'amplitude horaire s'avère proche des horaires « normaux » de travail, c'est-à-dire entre 7h30 et 18h30. Les services de soins en continus doivent, quant à eux, organiser la continuité des soins en découpant la journée de 24 heures en deux ou trois postes ou en faisant tourner les équipes sur tout ou une partie des horaires. La Drees note que le découpage en trois postes reste majoritaire même si le découpage en deux postes (soit le travail en 12 heures) tend à se développer. De plus, l'établissement détermine les principes qui régissent le roulement du personnel sur tout ou partie des postes. Ainsi, certaines infirmières travaillent :

  • uniquement le matin, ou l'après-midi/soirée ;
  • en alternance sur les postes de journée (matin et après-midi) ;
  • uniquement la nuit ;
  • en alternance sur les postes de journée et de nuit.

Le temps de transmission n'est en réalité pas compté comme un temps travaillé. Il faut en effet en étant en « 12h » accepter que cela soit en réalité un 12h15 ou un 12h30

La DREES avance que les arguments en faveur de la non alternance jour/nuit sont ceux de la pénibilité avérée de cette alternance, du souhait affiché de certains personnels de ne travailler que la nuit pour convenance personnelle ou par préférence pour la nature du travail de nuit. Les arguments adverses qui prônent l'alternance sont ceux de l'équité (il faut alors faire l'hypothèse que tout le monde a la même aversion pour le travail de nuit), et de façon plus affirmée, ceux de la compétence : le travail de nuit de longue durée conduirait à une perte de compétence liée à la désocialisation professionnelle induite par l'absence la nuit de médecins, de cadres et souvent de pairs.

Des cas particuliers

Les horaires des postes de travail au bloc opératoire sont spécifiques et disposent d'une grande diversité de variantes. Les journées ont des durées variables le plus souvent et les heures d'embauche sont échelonnées. Cette souplesse est liée à la façon dont est programmé le bloc, qui dépend elle-même de la présence des effectifs de chirurgiens. Les logiques de planning sont donc très différentes de celles d'un service de soin en continu. Soulignons également que les infirmiers des équipes de pool sont selon les choix de l'établissement dans des pools de nuit, de jour ou alternant. La spécificité de leur planning ne tient pas tant à leurs horaires qu'à la relative stabilité de la programmation, contrairement aux équipes de soins.

On ne peut considérer d'emblée que les horaires « atypiques » sont une qualité négative de l'emploi infirmier. La question de la conciliation entre horaires de travail et vie personnelle se transforme tout au long du cycle de vie

Le travail en 12 heures

Le travail en 12 heures est une forme d'emploi dérogatoire, tant pour la nuit (durée maximale légale de 10 heures) que pour le jour (9 heures dans la fonction publique). De fait, la Drees ne dispose pas de statistiques précises sur le sujet. Pour autant, elle relève que ce type d'horaire permet de réduire considérablement les journées de travail, car cela conduit à avoir près d'un jour travaillé pour deux jours de repos en moyenne sur l'année. C'est également une source d'économies pour l'établissement puisqu'un poste de travail complet de 24 heures est couvert avec deux postes de 12 heures sans aucun temps de recouvrement. Toutefois, cela signifie aussi que le temps de transmission n'est en réalité pas compté comme un temps travaillé. Il faut en effet en étant en « 12h » accepter que cela soit en réalité un 12h15 ou un 12h30. À ce sujet, la Drees constate qu' en général, on ne part pas parce que c'est l'heure mais parce que le travail est fini. En effet, être disponible fait souvent partie de l'éthique professionnelle, mais cette disponibilité de principe est cependant régulée par les infirmières qui évaluent si la sollicitation est acceptable ou non. Elle l'est quand il s'agit de faire face à des impondérables, elle ne l'est plus quand elle est vue comme la conséquence de choix de gestion de l'établissement ou de la cadre insuffisamment respectueux du personnel. Notons également que la prise de service est d'abord un passage de relais. Le personnel du matin laisse place à celui du soir (avec des personnels « en coupure » sur les créneaux horaires les plus chargés) qui laisse place à celui de la nuit qui laisse place à celui du matin.

Les horaires de travail peuvent pour partie être adaptés aux contraintes individuelles

Concilier horaires de travail et vie personnelle

Pour la DREES, on ne peut considérer d'emblée que les horaires « atypiques » sont une qualité négative de l'emploi infirmier. La question de la conciliation entre horaires de travail et vie personnelle se transforme tout au long du cycle de vie. Elle souligne également que ce sont les conditions de garde des enfants qui rendent tenables ou pas le maintien d'horaires décalés. La normalité -ou non- des horaires du conjoint a aussi son importance. Ainsi, lorsque ce dernier a des horaires normaux, l'organisation semble plus accessible. En revanche, lorsqu'il travaille lui aussi en horaires atypiques, cela devient beaucoup plus compliqué... La DREES constate que les horaires de travail peuvent pour partie être adaptés aux contraintes individuelles : la mobilité professionnelle est assez importante à l'hôpital, plus encore à l'hôpital public, et plus encore dans les grands établissements. Si tout n'est pas possible, il existe la plupart du temps (et en particulier dans les situations critiques) des ajustements possibles pour poursuivre une activité professionnelle.

Pauses et coupures pour se « reconstituer »

Pour une infirmière, réussir à prendre ses « pauses » permet de qualifier la densité d'une journée de travail, relève la DREES. Généralement, une journée sans « vraie pause » est une journée difficile, une course perpétuelle après le temps. En revanche, la journée de travail ponctuée de moments de détente n'est pas seulement appréciée pour le souffle qu'elle permet ; c'est aussi un temps d'échange entre personnels soignants. C'est un moment où s'expriment une des modalités de « faire équipe ». […] La salle de repos est un lieu important. C'est le lieu des attentions (anniversaires et autres) et du réconfort (en cas de difficultés rencontrées avec un patient, une famille, un médecin...). C'est aussi le lieu de l'entre soi qui permet au groupe des infirmières et souvent des aides-soignantes de se « reconstituer » pour faire face au travail à venir.

Être disponible fait souvent partie de l'éthique professionnelle, mais cette disponibilité de principe est cependant régulée par les infirmières qui évaluent si la sollicitation est acceptable ou non

Une charge de travail plus ou moins intense

Comme le souligne la DREES, il est nécessaire de distinguer l'intensité du matin et le calme de la nuit, tant dans les services de soins continus qu'en hôpital de jour et en ambulatoire. Ainsi, en hospitalisation continue, le matin est à la fois le temps des toilettes, le « temps des médecins » et le « temps des soins, c'est aussi en chirurgie, le temps des départs aux blocs et de tout ce qui le conditionne. En hôpital de jour et en ambulatoire, un rythme intensif imprime généralement le début de la matinée. Les infirmières accueillent les patients, administrent les traitements ou préparent les patients pour le bloc avec un rythme généralement très soutenu. Lorsque les premiers patients convoqués se sont vus administrer leur traitement ou sont au bloc, la journée s'installe avec la nécessité pour le personnel infirmier de gérer les flux de façon à ne faire attendre ni les patients ni les médecins. Les postes d'après-midi sont, en moyenne, moins intenses, mais également moins simples à décrire par les infirmières car moins ritualisés en dehors des tours. En revanche, les familles sont plus présentes. Enfin, de nuit, rien n'est pareil, comme l'indique une infirmière car le peu de sollicitations internes (pas de médecins, de cadres ou peu) et externes (pas d'examens, pas de famille, pas de relations interservices) permet de prendre « le temps pour bien faire les choses ». Pour le ou la cadre, l'élaboration du planning s'avère délicate. Cela conduit à affecter à des postes les effectifs requis, mais c'est aussi décider des jours de repos du personnel.

Le temps à passer avec les patients est l'une des principales préoccupations des infirmières. Ne pas s'occuper de ses patients est en effet souvent mal vécu et donne le sentiment profond que le métier perd de son sens et de son intérêt. Autre sentiment qui pèse sur les infirmières : le fait de ne pas être entendu au cœur de son unité de travail. La qualité des soins est prépondérante mais elle se doit d'être pensée collectivement, ce qui n'est pas toujours le cas...

Note

  1. 53 infirmières et 10 infirmiers ont été interrogés dans le cadre de cette enquête qui s'est déroulée entre avril et septembre 2013 au sein de dix établissements choisis dans trois régions.
Creative Commons License

Aurélie TRENTESSE  Journaliste Infirmiers.com aurelie.trentesse@infirmiers.com  @ATrentesse

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Commentaires (3)

dan65

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36 commentaires

#3

copié/collé

outre l'échantillon et l'enfonçage de portes ouvertes qui laisse furieusement penser à du recopiage d'autres études (pas le temps de chercher, ai un métier...), je me demande combien la DREES a facturé cette étude ?

loulic

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255 commentaires

#2

foutage de gueule

63 personnes interrogées ?

Vache ! ça c'est de l'échantillon !

binoute1

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521 commentaires

#1

dommage !

Un titre attirant, un article qui à l'air intéressant..;Mais finalement, rien de nouveau, des constats maintes fois faits.

Toujours un soupçon de bisounourserie ((=--> "La DREES constate que “les horaires de travail peuvent pour partie être adaptés aux contraintes individuelles : la mobilité professionnelle est assez importante à l'hôpital, plus encore à l'hôpital public, et plus encore dans les grands établissements. Si tout n'est pas possible, il existe la plupart du temps (et en particulier dans les situations critiques) des ajustements possibles pour poursuivre une activité professionnelle”)

MAis quand on voit la taille de l'échantillon d'enquête, on comprend mieux !!