PSYCHIATRIE

Fin du mouvement à l'Hôpital du Rouvray après l'obtention de 30 postes

Trois des huit grévistes de la faim de l'hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen, ont été hospitalisés "avec un caractère d'urgence" le 4 juin, rejoints ce mardi par un quatrième gréviste dans un état préoccupant. Alors que la direction de l’établissement et le gouvernement restent sourds aux revendications des salariés, les soutiens, eux, se multiplient.

Mise à jour le 11 juin à 10h : Les grévistes de l'hôpital psychiatrique du Rouvray, près de Rouen, ont finalement mis fin à leur mouvement, vendredi 8 juin, après avoir obtenu la création de 30 postes et après 19 jours de grève de la faim.

Nous avons obtenu la création de 30 postes (...). Nous sommes satisfaits de cet accord. Thomas, gréviste de la faim depuis 19 jours, est parti à l'hôpital. Les trois autres grévistes sont en train de recommencer doucement à s'alimenter, a indiqué vendredi Sébastien Ascoet, un délégué syndical CGT.
Le service de presse de l'Agence régionale de santé (ARS) a confirmé qu'un accord comprenant la création de 30 postes avait été trouvé. En début de semaine, trois autres grévistes de la faim avaient été hospitalisés au CHU de Rouen. Ils en sont sortis depuis. Outre la création de 30 postes, 21 en 2018 et 9 au premier semestre de 2019, a précisé la CGT, l'accord prévoit aussi, selon le syndicat, l'ouverture d'une unité pour adolescents avec les moyens correspondants, c'est-à-dire des créations de postes, ainsi que celle d'une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA), c'est-à-dire une unité qui prend en charge des personnes incarcérées nécessitant des soins psychiatriques en hospitalisation complète.

Rouvray : des brancardiers transportent un gréviste

Les pronostics vitaux de ces trois salariés en grève de la faim ne sont pas engagés mais ils "présentent des risques de séquelles irréversibles", a fait savoir la CGT. Crédit photo : @CgtTuifrance

Mise à jour, le 5 juin à 17h30 : Ecoutez Agnès Buzyn réagir à la situation et évoquer des mesures concrètes, notamment une enquête flash.

A l’hôpital psychiatrique du Rouvray, le troisième hôpital psychiatrique de France en nombre de patients, la situation s’aggrave pour les grévistes de la faim. Dans cet établissement, situé à Sotteville-lès-Rouen, dans la banlieue de Rouen, sept salariés sont en grève de la faim depuis le 22 mai pour dénoncer leur situation : une surpopulation chronique et une dégradation des conditions de travail et d'accueil. Ils réclament l’ouverture d’une unité spécialisée pour l’accueil des adolescents et la création de 52 postes d’aides-soignants et d’infirmiers. Mais lundi 4 juin, trois des sept grévistes ont dû être été hospitalisés avec un caractère d'urgence et l’on apprend qu’un quatrième gréviste vient d’être à son tour hospitalisé, ce mardi 5 juin.

Sur l’état de santé des trois premiers grévistes, la CGT a d’ores et déjà donné quelques informations. Jean-Yves Herment, âgé de 40 ans, a perdu entre 13 et 14% de sa masse corporelle, soit bien au-delà de la limite critique de 10%. Il était déshydraté et très faible. Le Samu l’a évacué lundi matin, sur une civière, vers un service spécialisé du CHU de Rouen. Un deuxième gréviste de la faim, âgé d'une trentaine d'années, a été également évacué en fin de matinée et une femme de 40 ans dans une situation très préoccupante l'a été dans l'après-midi. Les pronostics vitaux de ces trois personnes ne sont pas engagés mais ces salariés présentent des risques de séquelles irréversibles, a également fait savoir la CGT.

Si on a trop de malades pour un service, la direction nous dit : rajoutez des lits de camp dans les placards ou dans les bureaux... Un aide-soignant à Konbini.  

L’embauche de 5 contractuels pour toute réponse 

Aujourd'hui, c'est plus que compliqué, c'est déplorable. Ça a baissé en qualité de conditions de travail, mais terriblement depuis les 10 dernières années. Maintenant, on travaille à la chaîne, on n'a plus le temps de parler aux patients, plus le temps de faire les soins correctement, commente ainsi l’une des salariés de l'établissement sur Twitter, des arguments que l'on entend depuis plusieurs mois dans la bouche de membres du personnel hospitalier.
Sollicitée lundi, la direction de l’hôpital n’a pourtant pas donné suite aux revendications. Le 24 mai, elle avait estimé qu’il n’y avait plus de suroccupation dans l’établissement à la suite d’un ensemble d’actions mises en place le 15 avril. La direction avait notamment annoncé l’embauche de cinq contractuels, rapporte Le Monde, un chiffre jugé ridicule par les syndicats.

La direction de l’hôpital n’a pour l’heure donné aucune réponse aux revendications concrètes des salariés, a également réagi Pascal Boissel, président de l’Union Syndicale de la Psychiatrie, appelant dans l'urgence à un front de solidarité avec les grévistes du Rouvray. Leur lutte, c'est celle de tous les soignants de la psychiatrie ; elle devient le symbole de toutes celles et tous ceux qui, dans ce secteur professionnel et ailleurs, n'en peuvent plus de ce monde dirigé par des responsables sans qualité et sans cœur, s'est-il insurgé dans un communiqué. Là-bas comme partout, les salariés en lutte se heurtent au mépris, aux éléments de langage mécaniquement répétés de hiérarchies stupides s’est-il agacé. L’Agence Régionale de Santé (ARS) a finalement, au 31 mai, lancé une mission d’audit, a-t-il encore affirmé, ironisant sur l’inefficacité d’une telle mesure alors même que la dernière remonte à décembre 2016, mission qui, d'ailleurs, relevait justement l'existence d'un terreau favorable à l'émergence de risques psycho-sociaux et à l'émergence de souffrance au travail, de décompensation, de burn-out ou d'altération de la santé des personnels.

De nombreux soutiens politiques

De nombreuses personnalités soutiennent le mouvement. Le conseiller régional Gilles Houdouin, des personnalités politiques comme Benoit Hamon, Philippe Poutou, François Ruffin, Caroline Fiat, les syndicats Solidaires, FSU et USP, cite notamment le président de l’Union Syndicale de la Psychiatrie. Dans une lettre, la député La France Insoumise Caroline Fiat interpelle la ministre des Solidarités et de la Santé dès le titre : Agnès Buzyn : non-assistance à institution en danger et dénonce le silence du gouvernement : Depuis un an que les clés de la France et sa protection sociale ont été confiées à Monsieur Macron et le gouvernement d’Edouard Philippe, le monde de la santé ne cesse d’hurler pour exprimer son asphyxie, et appelle la ministre à agir vite. La CGT a par ailleurs affirmé que 600 à 800 personnes se sont rassemblées lundi soir devant la mairie de Rouen pour une marche de soutien aux grévistes de la faim et au personnel de l'hôpital.

Je fais de la maltraitance. Je ne suis plus infirmier, moi. Je ne sais pas ce que je suis. Mais je ne fais pas du soin, ça c’est sûr.

Découvrez la vidéo réalisée sur place par Konbini 

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Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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