SANTE AU TRAVAIL

Les infirmiers de santé au travail, ces experts en prévention

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Santé au travail

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La pratique infirmière en santé au travail – anciennement nommée médecine du travail – est depuis plusieurs années en constante évolution. À l’occasion de la 13e édition des Journées nationales d'études et de formation du Groupement des infirmiers de santé au travail (GIT) qui s’est tenue à Toulouse du 9 au 11 octobre, focus sur la collaboration/coopération pour ces experts en prévention.

Les infirmiers de santé au travail, ces experts en prévention

Il reste aux infirmiers de santé au travail encore du chemin à parcourir en matière de coopération… mais aussi de reconnaissance d'une spécialité de santé au travail avec une formation diplômante.

L'exercice infirmier en santé au travail est relativement méconnu. Certes, il ne concerne que près d’1% du nombre total d'infirmiers en exercice. Pour autant, comme l'a indiqué le Dr Corinne Piron, chef de l'Inspection médicale du travail à la Direction générale du travail (DGT) en préambule de la 13e édition des Journées nationales d'études et de formation du GIT, les infirmiers de santé au travail (IDE-ST) sont l’avenir de la santé au travail. Et ce, en regard notamment de la pyramide des âges des médecins du travail, mais aussi des nouvelles compétences qui leur ont été attribuées ces dernières années (cf. encadré Repères). En effet, exit le temps où l’IDE-ST faisait de la bobologie ou des tâches administratives, telles les déclarations d’accident du travail par exemple, dévolues aux ressources humaines a rappelé le Dr Piron. Révolu aussi celui où il assurait avant tout les soins d’urgence au sein des entreprises. Aujourd’hui, si ses missions sont multiples (1),  la prévention individuelle et collective en a la primauté. Ainsi, il assure le suivi individuel de la plupart des salariés (depuis le 1er janvier 2017, visites d’information et de prévention initiale/VIPI ou de suivi/VIPP dans le cadre de délégations des médecins du travail/protocoles, suivi individuel renforcé/SIR), réalise une veille sanitaire et épidémiologique et recueille des données de santé, participe à des actions en milieu de travail (sensibilisations diverses, participation au CHSCT…)...

Repères

Des coopérations bienvenues

Des missions multiples donc qui s’effectuent de plus en plus en collaboration/coopération, comme ont pu en attester plusieurs intervenantes dans le cadre de ces journées lors d’une séance plénière organisée sur le sujet. Ce d’autant qu’il s’agit d’une évolution réglementaire invitant à des modes de travail en pluridisciplinarité au sein des services de santé au travail et avec les acteurs internes de l’entreprise autour d’un pilote, le médecin du travail.

Nous avons connu une augmentation des restrictions médicales et de l’absentéisme maladie, a ainsi témoigné Monique Saudrais, IDE-ST au sein de la biscuiterie BN. Et d’ajouter : L’entreprise s’est ainsi interrogée sur les liens et les causes d’origine professionnelle et a formalisé une demande pour un accompagnement. […] Cela a permis un renforcement de la collaboration avec l’équipe du service de santé (SSTRN Pays de la Loire, NDLR), la création d’une synergie dans le travail, le développement des connaissances ainsi qu’un partage des pratiques.

Autre exemple de coopération au sein de la Fonction publique territoriale (FPT) où une équipe du service de santé au travail du centre de gestion (CDG) 74 œuvre, depuis 2013, à la conduite d’une cellule de maintien dans l’emploi en collaboration avec une chargée de mission handicap (CMH). Des études ergonomiques de poste sont souvent réalisées en binômes médecin/IDE-ST ou CMH. De même, des formations "inaptitude et reclassement" sont co-animées par un médecin de prévention, une IDE-ST et la CMH avec l’appui d'autres intervenants (conseillers emploi et statut du CDG…). […] La coopération au sein de cette cellule passe aussi par des partenaires extérieurs (MDPH, Adapt, collègues CDG…) a expliqué Dorothée Deliège, IDE-ST au sein du CDG 74. Et sa collègue Anne Fauconnet, chargée de mission handicap, de mentionner, parmi les apports du travail en équipe pluridisciplinaire, l’échange de points de vue complémentaires, chacun avec son domaine de compétences, le soutien face aux situations difficiles, l’approche humaine parfois différente ou encore l’aide à la décision en cas d’urgence.

Deux exemples parmi d'autres de coopération possible, dans le respect du rôle propre de chacun des acteurs. Pour autant, tout n'est point rose en ce domaine. Il faut ainsi pointer de fortes disparités dans la synergie des binômes IDE-ST/médecin du travail. Une participante n'a d'ailleurs pas manqué de le souligner haut et fort !

Lire l'interview de la présidente du GIT, Nadine Rauch : "La santé au travail doit être reconnue comme une spécialité à part entière"

Enjeux à venir

Il reste donc aux infirmiers de santé au travail encore du chemin à parcourir en matière de coopération… mais aussi de reconnaissance d'une spécialité de santé au travail avec une formation diplômante. De même en est-il de celle d'un statut de salarié protégé (lire entretien). L'expertise des infirmiers de santé au travail requiert en outre une formation universitaire de niveau master, doctorat. Quant à la pratique avancée  en ce domaine, notons que le Conseil d’orientation des conditions de travail (COCT), placé auprès du ministre chargé du Travail, y est favorable, ce qui permettrait davantage de délégations de tâches. Autant de défis à relever pour ces experts en prévention dont l'essor est en tout cas aujourd'hui manifeste.

  1. Voir le référentiel de compétences de l'IDE-ST élaboré et actualisé par le GIT en 2019.

À noter

La 14e édition des Journées nationales d'études et de formation du GIT se déroulera en 2021 en Pays de la Loire.

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