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IPA : "Maintenir l’engouement par l’attractivité et la reconnaissance de ce nouveau métier"

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Pratique avancée

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Pour en savoir un peu plus sur le cursus universitaire ouvert aux infirmiers en matière de pratique avancée (IPA), nous avons interrogé Sébastien Colson*. Infirmier puériculteur et titulaire d’un double doctorat, il est Directeur de l’Ecole des Sciences Infirmières de la Faculté des Sciences médicales et Paramédicales d’Aix-Marseille Université, et co-responsable pédagogique du diplôme d’Etat d’infirmier en pratique avancée avec le Pr Philippe Berbis, Vice Doyen de la faculté. Alors que 35 IPA issus de la promotion 2018/2019 viennent d’être diplômés, Sébastien Colson  fait le point sur cette nouvelle voie professionnelle pour les infirmier(e)s.

IPA : "Maintenir l’engouement par l’attractivité et la reconnaissance de ce nouveau métier"

Aix-Marseille Université a été l’une des premières universités françaises accréditée à délivrer le Diplôme d’Etat d’Infirmier en pratique avancée (DE IPA) en octobre 2018. Le 25 octobre dernier, elle remettait leur diplôme à 35 IPA

Infirmiers.com - Avez-vous été surpris par l’engouement suscité par ce cursus de niveau master qui forme aux domaines d’intervention et aux activités de l’infirmier exerçant en pratique avancée (IPA), cursus mis en place à la rentrée universitaire 2018 ?

Sébastien Colson - Nous nous attendions à cet engouement, car cette nouvelle formation était très attendue par la profession infirmière. Nous avions déjà de nombreuses demandes sur le Master Sciences cliniques infirmières, qui préfigurait les parcours de formation en pratique avancée sur Aix-Marseille Université et pour lequel 170 infirmiers ont été diplômés entre 2011 et 2018. Les infirmières et infirmiers étaient en attente d’une nouvelle possibilité d’évolution dans leur profession, nécessaire pour répondre aux besoins et aux attentes de la population, au regard des défis liés à l’offre de soins actuelle et à l’évolution des pathologies. Nous sommes pour l’instant dans un phénomène de nouveauté, nous espérons que cet engouement sera maintenu dans le futur et ceci passera notamment par l’attractivité et la reconnaissance de ce nouveau métier d’Infirmier en Pratique Avancée.

Infirmiers.com - Combien de places offriez-vous et quels ont été les profils de ces infirmiers, nouveaux étudiants en pratique avancée ?

Sébastien Colson - Nous venons de diplômer 35 IPA issus de la promotion 2018-2019, répartis par mention : 18 pour la mention pathologies chroniques stabilisées, 13 pour la mention oncologie et hémato-oncologie, 4 pour la mention maladie rénale chronique, dialyse et transplantation rénale. Du fait de la mise en place d’une nouvelle mention en psychiatrie et santé mentale et de notre expérience sur les deux années du diplôme dès la première année de mise en place, nous avons réajusté les effectifs de nos promotions. En 1ère année, notre capacité maximale d’accueil est de 60 étudiants pour la rentrée 2019-2020, puis de 20 en mention pathologies chroniques stabilisées, 15 en mention oncologie et hémato-oncologie, 10 en mention maladie rénale chronique, dialyse et transplantation rénale et 10 en psychiatrie et santé mentale. Les candidats sont très majoritairement des infirmiers expérimentés, voire déjà spécialisés dans leur exercice (notamment pour l’oncologie, la néphrologie et la psychiatrie), avec une proportion plus importante d’hospitaliers, mais une part non négligeable de libéraux. Les étudiants sont quasi tous en formation continue. Ils bénéficient de financement OPCA ou employeur, et pour les libéraux, des nouvelles subventions accordées par les Agences régionales de santé.

Infirmiers.com - Après cette première année d’essai et la première promotion de diplômés qui viennent d’obtenir leur DE IPA, quel est votre ressenti ? Satisfaction ? Evolution à venir ?

Sébastien Colson - Avec le Pr Philippe Berbis, nous sommes plutôt satisfaits du résultat. Nous avons mis toute notre énergie à proposer un enseignement théorique et clinique de qualité, répondant strictement aux textes réglementaires et au cahier des charges de la formation. Nous remercions d’ailleurs tous les enseignants qui sont intervenus auprès de nos étudiants, avec une disponibilité remarquable dans le temps très contraint que nous avions pour mettre en place la formation, mais aussi tous les directeurs de structures de soins ayant accueilli nos étudiants en stage, les co-tuteurs médico-infirmier et l’ensemble de l’équipe pédagogique.

Nous avons tenu compte des retours des étudiants de la première promotion, des co-tuteurs et de l’équipe pédagogique pour proposer quelques ajustements pour cette année universitaire, pour renforcer notamment l’enseignement clinique en 2ème année. Notre défi est de faire au moins aussi bien que cette année, avec un effectif d’étudiants plus important. Nous devons aussi maintenir la motivation des co-tuteurs de stage, qui déploient une réelle énergie pour l’accompagnement de nos étudiants sur les terrains cliniques.

Pour les accompagner au mieux, nous avons mis en place sur Aix-Marseille Université en partenariat avec l’ARS PACA, une préfiguration d’infirmiers hospitalo-universitaires, qui ont un double rôle : l’enseignement et la recherche à l’université, dans le cadre de la pratique infirmière avancée, et la coordination des stages, le suivi des étudiants et l’accompagnement des co-tuteurs sur les terrains de stage. Leur rôle est également de préfigurer la pratique avancée sur les établissements où ils sont rattachés. Leur rôle a été véritablement crucial dans le bon déroulement de cette année universitaire et nous remercions l’ARS PACA pour son soutien indispensable.

Infirmiers.com - Concrètement, comment se sont organisés les enseignements ? Quid des enseignants infirmiers ? Qui sont-ils et quelle est leur valeur ajoutée dans ce cursus ?

Sébastien Colson - Nous avons la chance de disposer d’une équipe d’enseignants très riche et diversifiée, pluridisciplinaire. Les enseignements disciplinaires en sciences infirmières sont assurés par des enseignants-chercheurs en sciences infirmières. Concernant les enseignements cliniques, les enseignants-chercheurs médicaux se sont mobilisés, accompagné par les infirmiers hospitalo-universitaires de notre préfiguration. Notre objectif est que, progressivement, l’enseignement soit assuré par des infirmiers en pratique avancée dans les années à venir, mais nous prônerons toujours la pluridisciplinarité dans nos formations, car elle permet aussi à toutes les professions de se connaître pour exercer dans la meilleure collaboration possible ensuite.

Infirmiers.com - Savez-vous comment ces infirmiers de pratique avancée vont mettre leurs nouvelles compétences à profit ? Quels seront leurs lieux d’exercice ? Bénéficieront-ils de créations de poste ? A l’hôpital, en ville, dans les maisons de santé, par exemple ? Quid de la rémunération associée...

Sébastien Colson - Nous espérons que des solutions justes en la matière pourront être trouvées pour ne pas faire retomber l’engouement actuel. Cela avance progressivement, puisque nous sommes encore dans un entre-deux de création du statut et de rémunération pour ce nouveau métier. Simplement, si l’on veut atteindre les objectifs gouvernementaux en termes de diplômés, l’attractivité doit être garantie en termes de conditions d’exercice et de rémunération. Ce dernier point fait toujours débat alors que l’avenant 7 pour la pratique, en ville, de l’IPA vient juste d’être signé.

*Sébastien Colson est titulaire d’un double Doctorat l’un en santé publique, l’autre en sciences infirmières. Il est Maître de conférences, Directeur de l’Ecole des Sciences Infirmières de la Faculté des Sciences médicales et Paramédicales d’Aix-Marseille Université, et co-responsable pédagogique du diplôme d’Etat d’infirmier en pratique avancée, en binôme avec le Pr Philippe Berbis, Vice-doyen de la Faculté des sciences médicales et paramédicales d’Aix-Marseille Université.

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Rédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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