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Violences intra-familiales : "respecter le temps de la victime et de ses enfants"

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Les violences intra-familiales nécessitent une prise en charge globale. La maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) Simone Veil de Pontarlier, dans le Doubs, a créé une micro-structure impliquant différents professionnels, de santé, de santé mentale, du médico-social, les forces de l’ordre ou encore les associations en charge de cette question sur le territoire. Objectif : proposer aux victimes un suivi innovant car pluridisciplinaire. 

57 femmes ont été tuées par leur compagnon ou leur ex-compagnon depuis le début de l'année 2022, selon un décompte du collectif féministe #NousToutes1. On dénombre, pour 2020, 125 morts violentes au sein du couple, dont 102 femmes et 14 enfants. En moyenne en 2020, un décès est enregistré tous les trois jours (contre un tous les deux jours en 2019), avance l'étude nationale 2021 sur les morts violentes au sein du couple2. Des violences que les mesures prises pendant la crise sanitaire sont venues encore accroître. En mars 2021, 9% des femmes interrogées déclarent avoir été victimes de violences conjugales pendant le premier confinement, indique un sondage réalisé cette fois par l’Ifop pour la Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF)3. Pour 30% d’entre elles, les violences ont débuté pendant celui-ci. 

Parce qu'une victime de violence a parfois besoin de temps et de beaucoup de soutien pour sortir du cercle vicieux dans lequel elle est plongée, la collaboration des professionnels est primordiale sur tout un territoire. Et chacun a sa partition à jouer. Les deux sages-femmes de notre structure ont identifié des problématiques de violences intra-familiales en consultation. A partir de là, nous avons monté un groupe de travail, expliquent Jean-François Gay-Laget et Méline Pagnier, deux infirmiers en pratique avancée (IPA) au sein de la maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) Simone Veil de Pontarlier. D'abord, ce sont deux médecins généralistes qui sont venus collaborer avec eux, puis, par le bouche-à-oreille, la psychologue de la maison de santé, les 14 pharmacies de la ville, la police nationale, le monde associatif... dans une sorte d'effet boule de neige.

Finalement, la victime qui vient à la maison de santé a donc le choix -parce qu'on part vraiment du choix de la victime : de venir rencontrer une fois le médecin généraliste, ou bien par exemple de prendre du temps, à travers ces rencontres, pour éventuellement actionner un outil juridique, un outil social, un outil psychologique, explique Jean-François Gay-Laget. On parle beaucoup des violences intra-familiales, mais souvent, on sépare ce qui relève du domaine de la justice, ce qui est du domaine social, ou ce qui est du domaine médical or sur ce projet, ce qui est innovant, c'est que tout le monde travaille ensemble, souligne de son côté Méline Pagnier. 

L'infirmière a encore en tête la récente visite d'une jeune femme d'une vingtaine d'années victime de violences, venue à la maison de santé avec son bébé de 9 mois. Elle s'est sentie rassurée par la prise en charge, se réjouit l'infirmière. La jeune femme, qui avait déjà porté plainte, a pu bénéficier d'un suivi au plus près de ses besoins.  Ce que l'on veut, c'est un travail de proximité, un travail d'écoute, et surtout, respecter le temps de la victime et de ses enfants, affirment les deux professionnels. 

Ce que l'on veut, c'est un travail de proximité, un travail d'écoute, et surtout, respecter le temps de la victime et de ses enfants. 

L'article 51, cadre légal au montage de cette micro-structure

L’article 51 est un dispositif générique d’expérimentation issu de la loi de financement de la sécurité sociale (LFSS) de 2018, qui permet de tester en vie réelle des organisations innovantes en santé. Dans le cadre du projet de la maison de santé pluriprofessionnelle de Pontarlier, il s’agit de la signature d’un article 51 avec l’ARS Bourgogne Franche-Comté pour une durée de 3 ans, avec des financements sous forme de forfaits annuels par patient. Le cadre légal oblige également la création d’une microstructure au sein de la MSP avec au moins un médecin généraliste, un travailleur social, un psychologue et un psychiatre. Le financement par forfait permet ainsi très concrètement aux victimes d’avoir accès à ces différents professionnels en étant prises en charge financièrement. 

Notes

  1. Collectif #NousToutes
  2. Etude nationale 2021 sur les morts violentes au sein du couple 
  3. Solidarité Femmes

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

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