PSYCHIATRIE

« Pour ne pas finir au trou, secouez-vous comme un fou »... ben voyons !

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Fort Boyard, la très populaire émission estivale diffusée sur France 2, crée la polémique depuis l'apparition, le 24 juin dernier, d'une nouvelle épreuve intitulée « L’asile », rebaptisée après une première mobilisation des associations d'usagers de la psychiatrie « La cellule capitonnée ». Le candidat, entravé par une camisole de force, est enfermé dans une salle capitonnée sans porte de sortie, sous des caméras de surveillance. La finalité de l'épreuve résumée en une phrase : « Pour ne pas finir au trou, secouez-vous comme un fou. » Le tollé est général du côté des associations d'usagers de la psychiatrie qui, une fois encore, posent la question : pourquoi conforter auprès du grand public des fantasmes de « fou ridicule » ?

camisole jeu fort boyard

« Fort Boyard » aurait-il enfermé des candidats ayant eu une autre pathologie ou handicap que la maladie mentale ?

Joan qui anime le blog "Comme des fous" dont l'objectif est d'interroger le regard porté sur la folie et les représentations que véhiculent les médias, a très vite réagi dans une tribune publiée sur le site de la revue Santé mentale. L'isolement est une expérience très traumatisante bien qu'elle soit considérée comme une mesure thérapeutique de dernier recours. Elle peut être vécue comme une torture, surtout quand on ne vous explique pas les raisons de votre enfermement et qu'on vous laisse seul avec vous-même et votre angoisse. (...) On peut s'amuser comme des fous devant cette séquence tant qu'on n'oublie pas que ce jeu peut être blessant pour les personnes qui ont été confrontées réellement à cette même situation sous prétexte qu'elles étaient folles. De plus, cela peut participer à stigmatiser les pratiques soignantes et à éloigner du soin les personnes en grande difficulté qui auraient peur de se voir infliger un tel traitement. Mais peut-être aussi que les candidats pourront témoigner de leur ressenti après cette folle épreuve et qu'ils nous diront ce que ça fait d'être mis dans la peau d'un fou.

La maladie mentale n'est pas un jeu...

Co-signataire d'une tribune publiée le 11 juillet 2017 dans Le Monde, le professeur Antoine Pelissolo, chef de service à l'hôpital Henri Mondor de Créteil, regrette à son tour l'image véhiculée de la psychiatrie à travers cette émission grand public, rappelant que la maladie mentale n’est pas un jeu. Il s'interroge et interroge la production de l'émission : comment est-il possible que des responsables chargés de programmes de divertissement aient pu, en conscience, valider un tel scénario ? Comment un service public censé être ­vigilant sur les risques de discriminations, racismes et atteintes à la dignité des personnes peut-il être aussi loin de la société ? « Fort Boyard » aurait-il enfermé des candidats ayant eu une autre pathologie ou handicap ? Les signataires de la tribune exigent le retrait de l'épreuve et des excuses de France 2. Une pétition est en ligne "Pour le retrait de l'épreuve "Asile" de Fort Boyard" : Nous demandons donc à France 2 de retirer immédiatement cette épreuve des prochaines émissions diffusées, et de présenter des excuses publiques pour toutes les personnes qui ont été touchées par leur représentation caricaturale de la maladie psychique et par leur banalisation des maltraitances psychiatriques.

Quel est le message adressé aux jeunes qui n’osent pas consulter du fait des représentations désastreuses des troubles psychiques dans la société ? s'interroge le Pr Antoine Pelissolo

A l'heure où de nombreuses associations d'usagers de la psychiatrie attirent l'attention sur les abus et maltraitances médicales entourant la contention et l'isolement, une telle représentation contribue à banaliser ces pratiques en les transformant en spectacle. L’Unafam (Union nationale des amis et familles de personnes malades et/ou handicapées psychiques) va encore plus loin et porte plainte pour « injures publiques » et « discrimination » contre France 2. Si la production de France 2 a fait quelques aménagements de "mots", pour les professionnels, ces changements ne suffisent pas. Le retrait de quelques mots et détails ainsi que le changement de nom de la séquence - en réponse à l'émoi ­ engendré par la diffusion du premier épisode - n'enlèvent rien à la violence de la caricature véhiculée par l'image. Et le Pr Pelissolo de le rappeler avec force et détermination également sur France Info : à la limite, on peut considérer qu'on peut rire de tout. Mais là, le problème c'est qu'on ne rit pas, on fait peur. Il faut changer cette image. Il faudrait que cela vienne de la chaîne elle-même. Ils n'ont pas compris qu'il y a une pédagogie qui est tout à fait importante à faire.

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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