RECHERCHE CLINIQUE

Recherche clinique, coeur de métier de Nathalie Guenard

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Compétences infirmières

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Infirmière en oncologie à l’Institut Curie depuis 25 ans, Nathalie Guenard a intégré l’équipe soignante de l’unité de recherche clinique depuis plus de 15 ans et a participé à l’ouverture du D3i en mars 2018. Si les protocoles de recherche nécessitent rigueur et exigence pour administrer et adapter les traitements dans les meilleures conditions, l’empathie est une qualité indispensable pour accompagner au mieux les patients. Merci à l'Institut Curie pour le partage de ce portrait sous forme d'interview mené par Anne Coppola !

Etre infirmière en recherche clinique, en quoi est-ce différent du métier d’infirmière "classique" ?

Nathalie Guenard Curie/Uriel Chantraine

Crédit - Uriel Chantraine - Nathalie Guenard est infirmière en recherche clinique au sein du D3i, le département dédié aux essais précoces à l’Institut Curie.

Nathalie Guenard - Prendre en charge des patients qui participent à un essai de phase précoce n’est pas si différent de la prise en charge patient lambda. La seule chose qui diffère, et qui est très important dans notre travail, c’est de nous adapter à la rigueur et aux exigences réclamées par le protocole. Malgré les contraintes et peut-être les risques que cela implique, cela signifie que les patients doivent prendre le traitement évalué exactement comme cela a été prévu. L’infirmière en recherche clinique est référente d’un ou plusieurs protocoles, c’est-à-dire qu’elle assiste aux réunions de concertation pluridisciplinaires avec le laboratoire promoteur et les professionnels de santé. En revanche, elle n’a pas de patients attitrés et est donc censée connaître l’ensemble les protocoles.

Qu’en est-il de la relation humaine avec les patients ?

N. G. - C’est une catégorie de patients particulière : on touche à toutes les pathologies, mais surtout en phase précoce, ce sont quand même des patients pour qui c’est la dernière alternative. On sait que c’est une chance pour eux de bénéficier d’un essai clinique car il y a tout un tas de critère pour être inclus, mais malheureusement, cela ne fonctionne pas toujours. Aussi, nous devons les mettre en confiance, tout en répondant à leurs nombreuses questions qui vont au-delà des traitements. À nous d’installer un climat de confiance, avec professionnalisme, compassion et pertinence, pour que leur collaboration soit optimale. Il faut trouver les mots, en cela l’expérience compte beaucoup. Et puis, on les traite avec respect : les patients que nous prenons en charge ne sont ni des cobayes, ni des maladies, ni des protocoles. On les appelle Mr ou Mme, ils sont connus par chacune des infirmières, c’est important.

À nous d’installer un climat de confiance, avec professionnalisme, compassion et pertinence

Et les patients, que vous disent-ils ?

N. G. - Pour ce nombre restreint de patients en échec thérapeutique, c'est une ”chance” de pouvoir participer à une étude clinique.  Comme ils disent : "Nous n'avons rien à perdre, tout à gagner, pour nous, pour les autres..." Mais participer à un essai clinique de phase précoce, c’est quand même très contraignant. Dès leur arrivée, on ne leur cache rien et on leur explique toutes les étapes de leur journée : le déroulement, la partie administrative, les analyses, l’attente -souvent très longue- du traitement…  Et malgré tout ce qu’on leur impose, même si c’est en connaissance de cause, ils sont bien avec nous. D’ailleurs, quand le traitement s’arrête, une des premières réactions, est souvent : "je vais devoir vous quitter ?" C’est gratifiant, ils se sentent bien avec nous. Parfois ils reviennent, ils nous embrassent… On crée des liens quand même.

Qu’est-ce qui vous épanouit dans votre métier ?

N. G. - Ce qui me plait c’est d’apporter ma « pierre à l’édifice » même si elle est ce qu’elle est, dans la progression scientifique ! On a quand même des médicaments que l’on a testés au début de la création de l’unité et qui sont actuellement sur le marché. C’est gratifiant de savoir que l’on a fait en sorte d’améliorer les choses. J’aime aussi ce qui est pointilleux, rigoureux… Après ce qui peut être touchant et parfois déstabilisant c’est le fait de savoir que certains des patients dont on s’occupe, ne seront plus là demain. On est professionnel mais on est aussi humain ! J’ai tout un tas d’empathie et de compassion au quotidien mais forcément il y a une barrière qu’il ne faut pas franchir, cela doit rester ponctuel.


Cet article a été publié sur le site internet de l'Institut Curie le 25 juin 2019. Merci de ce partage !

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