PSYCHIATRIE

Santé mentale et psychiatrie : la feuille de route d'Agnès Buzyn

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37 actions pour faire en sorte que les troubles mentaux soient moins stigmatisés et mieux prise en charge. Agnès Buzyn présente sa feuille de route Santé mentale et psychiatrie. Revue de détails.

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Une feuille de route dont la finalité est de changer le regard sur la santé mentale et les personnes atteintes de troubles psychiques. Les actions à construire concernent tout autant la prévention, que la formation des professionnels de santé et étudiants, le parcours de soin, la qualité de vie ou la citoyenneté des personnes concernées.

La feuille de route de la Santé mentale et de la Psychiatrie dévoilée le 28 juin dernier par Agnès Buzyn en présence de la secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées, Sophie Cluzel, lors du 1er Comité Stratégique de la Santé Mentale et de la Psychiatrie (CSSMP), s’inscrit en cohérence avec les objectifs de la stratégie nationale de santé, en particulier avec ses axes majeurs d’action que sont le repérage et la prise en charge précoces des troubles psychiques et la prévention du suicide. Cette feuille de route répond à ces enjeux par la présentation d’un plan global déclinant 37 actions selon trois axes :

  • Promouvoir le bien être mental, prévenir et repérer précocement la souffrance psychique, et prévenir le suicide ;
  • Garantir des parcours de soins coordonnés et soutenus par une offre en psychiatrie accessible, diversifiée et de qualité ;
  • Améliorer les conditions de vie et d’inclusion sociale et la citoyenneté des personnes en situation de handicap psychique.

Le contexte est marqué par des inégalités importantes dans l’offre de soins et de professionnels présents sur les territoires, par un gradient social dans la prévalence des troubles et par des réponses hétérogènes mises en oeuvre par les territoires.

Le plan préconisé le souligne : la situation des personnes souffrant de troubles psychiques en France est préoccupante. La demande de soins est en augmentation constante notamment pour les troubles anxiodépressifs, les psycho-traumatismes, les troubles du comportement, les addictions. la prévention et les interventions précoces sont insuffisantes et les diagnostics trop tardifs. Les ruptures de parcours sont trop nombreuses et entraînent une détérioration des trajectoires de soins et de vie. De plus, la stigmatisation relative aux troubles psychiques est encore trop prononcée. Il convient de prêter une attention particulière aux populations les plus vulnérables.

37 mesures déclinées autour de 3 grands axes d’intervention pour porter une vision positive de la santé mentale, déterminant essentiel de la santé, et pour promouvoir une psychiatrie qui ne soit plus le parent pauvre de la médecine.

Bien-être mental, souffrance, troubles psychiques, suicide...

buzyn tweet psyIl est ici question du bien être mental des jeunes afin de préserver leur santé mentale et augmenter leurs chances de rétablissement en cas de troubles ; troubles se déclarant habituellement entre 15 et 20 ans. Ainsi, l’expérimentation "Ecout’Emoi" permettra d’adresser des jeunes de 11 à 25 ans vers des consultations de psychologues prises en charge par l’assurance maladie, après une évaluation par les médecins généralistes ; une expérimentation qui sera menée sur trois régions : Ile-de-France, Grand Est et Pays-de-la-Loire. Parallèlement, un plan d’ensemble contre le risque suicidaire sera déployé sur tout le territoire, sous le pilotage des Agences Régionales de Santé.

Le développement des compétences psychosociales (gestion des émotions, du stress, des conflits...) sera encouragée dès le plus jeune âge, en lien avec l’éducation nationale et les étudiants (au sens large) seront formés aux premiers secours en santé mentale, mental health first aid, un modèle australien qui a fait ses preuves. Cette formation visera à repérer les troubles psychiques ou les signes précurseurs de crise afin d’intervenir précocement, sur le modèle des gestes qui sauvent.

Des actions de prévention de la souffrance au travail seront initiées, notamment pour les professionnels de santé et médico-sociaux (mais aussi tout au long du cursus des étudiants en santé). Un Observatoire de la qualité de vie au travail sera mis en place Enfin des actions de sensibilisation ou de formations des médecins, des médias, des usagers des services de santé mentale et de la population générale contribueront à déstigmatiser ces maladies et les personnes touchées.

Un des premiers moyens de promotion de la santé mentale et de prévention consiste à sensibiliser et informer le grand public sur le bien-être mental

Santé mentale et troubles psychiques : chiffres clés

  • La psychiatrie représente en France : 2,4 millions de personnes prises en charge en établissement de santé en 2015, 569 établissements de santé autorisés en psychiatrie, 20,5 millions d’actes en ambulatoire en 2015.
  • Selon l’OMS, 1 Européen sur 4 est touché par des troubles psychiques au cours de sa vie
  • En France, on estime que 15 % des 10-20 ans (1,5 million) ont besoin de suivi ou de soin.
  • 7,5 % des Français âgés de 15 à 85 ans ont souffert de dépression au cours des 12 derniers mois.
  • 8948 décès par suicide ont été enregistrés en 2015 en France Métropolitaine (soit 25 par jour contre 9 pour les accidents de la route). On observe 200 000 passages aux urgences pour tentative de suicide par an .
  • Les troubles mentaux (maladies psychiatriques ou consommations de psychotropes) représentent le premier poste de dépenses du régime général de l’assurance maladie, soit 19,3 milliards d’euros.
  • Les personnes ayant des troubles psychiques sévères et persistants souffrent généralement d’un grand isolement, d’une perte de capacité à entreprendre, à vivre dans un logement autonome, à tenir un emploi et à réaliser les actes de la vie quotidienne et souvent une rupture des liens familiaux et sociaux.
  • 30 % des personnes qui vivent à la rue ou sont en grande précarité souffrent de troubles psychiques.

 Parcours de soins, offre accessible et de qualité

Le parcours de santé mentale doit être mieux structuré afin de favoriser le repérage des troubles et l’accès aux soins de santé mentale le plus tôt possible. La feuille de route précise à cet effet les conditions de mise en œuvre des Projets territoriaux de Santé mentale (PTSM) qui doivent permettre à tous les acteurs concernés (secteurs de psychiatrie, équipes de soins primaires, communautés professionnelles territoriales de santé, plates-formes territoriales d’appui, médecins généralistes et spécialistes, établissements et services médico-sociaux, collectivités territoriales…) de se rassembler dans des réseaux territoriaux de partenariats, pour structurer une offre de proximité, sanitaire et sociale, assurant une continuité du suivi tout au long du parcours.

Parce que la surmortalité des personnes ayant des troubles psychiques sévères s’aggrave de manière continue, alors que l’espérance de vie de la population générale augmente, il y a nécessité d'inciter les personnes vivant avec des troubles psychiques à avoir un médecin traitant. De la même façon, des actions d’éducation thérapeutique (ETP), visant à promouvoir une meilleure hygiène de vie et le dépistage des maladies chroniques devront être initiées. Dans la même logique, l’intervention à domicile fait partie intégrante de l’organisation des soins ambulatoires de proximité dans le cadre de la mission de psychiatrie de secteur (actualisation à venir du cahier des charges des CMP).  Les mesures préconisées viseront donc à maintenir la personne dans son milieu de vie ordinaire et de faciliter ainsi son insertion sociale et professionnelle. Le recours à la télémédecine sera également encouragée pour les populations fragiles et dans les zones sous denses.

Plusieurs mesures sont également pensées pour revaloriser la psychiatrie : ouverture d’un stage en santé mentale pendant le 2e cycle des études de médecine et pendant le 3ème cycle des études de médecine générale, augmentation du nombre des professionnels formés (notamment PU-PH et chefs de cliniques en pédopsychiatrie), meilleure complémentarité des  interventions d’infirmier, de psychomotricien, et d’orthophoniste, développement de la recherche en psychiatrie, formation d'infirmiers de pratique avancée dans le champ de la santé mentale et psychiatrie pour un exercice, tant en établissement et ESMS, qu'en libéral.

Mise en œuvre du plan d'actions visant la réduction du recours aux soins sans consentement et en particulier la réduction du recours aux mesures d'isolement et de contention dans les établissement.

Vie sociale et citoyenneté

La feuille de route l'affirme : les personnes handicapées psychiques doivent pouvoir vivre au milieu de tous, accéder et participer aux mêmes activités que tous, être et rester utiles aux autres, dans le respect et la richesse de leur différence. La question de l'emploi est ici très importante alors que l'on sait que le taux de chômage des personnes handicapées est largement supérieur (21%) à celui de l’ensemble de la population (9,2%) et que, parmi elles, les personnes handicapées psychiques sont les plus touchées. Il s'agira donc de déployer des dispositifs d’emploi accompagné sur l’ensemble des territoires doit permettre d’obtenir et de garder un emploi rémunéré sur le marché du travail. disposer d'un logement est tout aussi important pour la personne en situation de handicap psychique. De fait, l’accès et le maintien des personnes dans un logement autonome ou accompagné est une autre condition essentielle de leur autonomie. A cet effet elles bénéficieront, outre de l’extension du dispositif un chez soi d’abord, de l’accès au dispositif d’habitat inclusif prévu dans le projet de loi Elan . Enfin, un appui renforcé sera apporté aux groupes de pairs-aidants). En effet, le rétablissement et l’implication des personnes ayant des troubles psychiques sévères et persistants dans l’élaboration et le suivi de leur projet de vie et parcours de santé sont au coeur de la psychiatrie et de la santé mentale. La pair-aidance est l’un des facteurs reconnus du rétablissement et les groupements d’entraide mutuelle (GEM) constituent l’un des exemples les plus connus de pair-aidance.

Agnès Buzyn, réunira une fois par an sous sa présidence, le CSSMP dont les 29 membres représentatifs de diverses sensibilités et légitimités, seront appelés à suivre les mesures engagées.  

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Bernadette FABREGASRédactrice en chef Infirmiers.combernadette.fabregas@infirmiers.com @FabregasBern

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