PSYCHIATRIE

Un chien, deux cochons d’Inde et un lapin...

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Compétences infirmières

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Depuis plusieurs années, les patients du centre de soins du Roggenberg, à Altkirch, bénéficient de plusieurs animaux de médiation. Ceux-ci permettent à une infirmière, formée pour cette mission, d’organiser diverses activités dont les effets sont très positifs. Merci au site alsace.fr pour ce partage d'article.

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Les balades dans le parc avec Gipsy font partie des activités que les patients peuvent faire seuls ou accompagnés de l’infirmière.Photo  L’Alsace/

En arrivant dans un centre de soins pour personnes souffrant de troubles psychiatriques, on pourrait s’attendre à une ambiance un peu lourde. Ce n’est vraiment pas la première impression que l’on peut avoir, en pénétrant dans les locaux du centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) du Roggenberg, à Altkirch. Dans une salle d’attente, quelques patients se préparent à prendre un café ou un thé. À côté d’eux, Gipsy est aux aguets. La chienne, une belle et grande labrador noire, bat de la queue en espérant charmer ceux qui ont accès aux petits gâteaux. Et quand Audrey Walther, sa maîtresse, l’appelle, elle fait la sourde oreille. C’est avec quelques regards en arrière plein de regrets qu’elle finit par suivre l’infirmière.

« J’ai passé des heures à les brosser et les manipuler »

Audrey Walther est infirmière au Roggenberg depuis onze ans. Il y a quelques années, elle a eu envie de faire venir des animaux à l’hôpital. J’ai toujours eu des bêtes chez mes parents et chez moi. Je pensais que la relation avec l’animal pouvait être intéressante pour les patients. L’infirmière n’est alors pas vraiment sûre qu’un tel projet soit possible dans un hôpital ; en particulier en raison d’éventuels problèmes d’hygiène. C’est une rencontre lors d’une journée avec d’autres infirmiers psychiatriques qui va lui faire sauter le pas. Il y avait un infirmier de Mulhouse qui expliquait qu’il faisait de la cynothérapie à l’hôpital du Hasenrain. Je me suis dit : ‘‘S’il peut faire ça là-bas, pourquoi je ne pourrais pas faire ça ici ?’’  Audrey fait alors une demande de formation en zoothérapie. Demande aussitôt acceptée par la directrice de l’époque qui trouve le projet intéressant. Pendant les deux semaines qu’elle passe à l’Institut français de zoothérapie en Isère, l’infirmière apprend quels sont les intérêts de la médiation animale pour les patients. Elle découvre aussi qu’il est possible d’utiliser divers animaux, à condition de les éduquer, pour qu’ils puissent assurer correctement leur mission. Elle s’assure aussi des points à respecter par rapport à ses interrogations concernant l’hygiène. Il n’y a pas de problème si le chien est vacciné et vermifugé. Il doit aussi être propre et régulièrement brossé. Il faut éviter d’aller dans les chambres des services de chirurgie, dans les salles de soins, ne pas aller dans la salle à manger pendant la confection des repas et éviter le léchage.

En fait, je profite de la relation bienfaisante entre l’homme et l’animal pour communiquer avec les patients. Les animaux, en soi, ne sont pas thérapeutiques.

Avant de venir avec Gipsy, Audrey commence son activité au CATTP avec Tchoupi et Pilou, deux cochons d’Inde, et Cactus, un lapin bélier. Achetés dans un élevage, ces petits animaux sont préparés avant leur première rencontre avec les patients. J’ai passé des heures à les brosser et les manipuler pour qu’ils soient moins craintifs et ne bougent pas quand je les place sur les genoux d’un patient. La chienne, quant à elle, fera ses premiers pas au Roggenberg dès son arrivée chez sa maîtresse, à l’âge de 2 mois. Je l’ai achetée dans un élevage familial où les chiots étaient dans la maison, au contact avec les enfants. Ça les rend plus souples de caractère. Quand je l’ai récupérée, j’ai pris une semaine de vacances pour l’emmener au centre et l’habituer au comportement des patients, lui montrer l’ascenseur et tout ce qui aurait pu lui faire peur.

« Les animaux sont aussi des confidents »

L’éducation de Gipsy se poursuit ensuite en allant chercher les enfants à l’école, en étant beaucoup manipulée pour augmenter son seuil de tolérance… La chienne doit aussi apprendre à supporter la présence de ses « collègues » sans chercher à les agresser. Pour un chien, un lapin et des cochons d’Inde sont des proies. Aujourd’hui, Audrey Walther dispose de quatre animaux bien disposés et disponibles pour ses ateliers de zoothérapie. Je préfère parler de médiation. En fait, je profite de la relation bienfaisante entre l’homme et l’animal pour communiquer avec les patients. Les animaux, en soi, ne sont pas thérapeutiques.

Les cochons d’Inde et le lapin restent au centre en permanence. Ce sont les patients qui sont chargés d’entretenir la cage, de les nourrir et de les brosser. La chienne vient tous les jours au travail avec sa maîtresse. Elle passe la journée avec nous. Certains patients peuvent s’en occuper en allant la promener seuls ou avec moi pour les accompagner. Ça leur apporte du contact. Ce sont des gens qui sont souvent très seuls socialement et familialement. En plus du parc, nous allons parfois nous promener au centre-ville. L’obéissance que les patients doivent obtenir de la chienne leur apporte une meilleure estime d’eux-mêmes et permet aussi d’échanger avec d’autres gens.

Au centre, Gipsy permet de nombreuses choses. Lorsqu’ils la récompensent trop, j’en profite pour leur parler de nutrition et d’hygiène de vie. En organisant de petits ateliers d’agility, je donne l’occasion aux patients de bouger un peu, de travailler la coordination, la mobilité. Nous faisons aussi des jeux de société sur le thème de l’animal. Ce qui fait travailler la mémoire et la coopération entre les membres du jeu.

Les petits animaux sont là pour les câlins et l’affection. Les brosser ou les caresser a un effet positif pour lutter contre l’hypertension et la dépression. Les animaux sont aussi des confidents. Les patients leur racontent leurs malheurs.

En organisant de petits ateliers d’agility, je donne l’occasion aux patients de bouger un peu, de travailler la coordination, la mobilité.

« Il y a plus de sourires et d’échanges »

Pour Audrey, la présence des petits animaux depuis quatre ans et de la chienne depuis trois ans a indéniablement apporté de bonnes choses au Roggenberg. Ils détendent les patients. Il y a plus de sourires et d’échanges. C’est positif tant pour les patients que pour les personnels. Gipsy, qui reste très attachée à sa maîtresse, a aussi tissé des relations affectives particulières avec certaines personnes. Notamment avec Sandrine qui a été jusqu’à faire une démonstration improvisée avec la chienne lors de la journée portes ouvertes en septembre. On voyant la relation entre elle et Gipsy, je me suis dit que mon objectif était atteint. Les animaux au Roggenberg apportent aux patients de l’estime de soi, de la spontanéité, des prises d’initiatives, une responsabilisation et une meilleure relation avec les autres.

Cet article a été publié  le 09/11/2014 par Isabelle Lainé sur le site lalsace.fr

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