Une étude de l’Insee, portant sur la période 2020-2024, met en lumière une réalité persistante et de plus en plus marquée : le niveau de vie apparaît comme un facteur déterminant de longévité. Si les différences d’espérance de vie entre les femmes et les hommes sont bien connues, l’ampleur des écarts selon les revenus apparaît aujourd’hui particulièrement prégnante.
85 ans pour les hommes, 88,7 ans pour les femmes
À la naissance, les personnes appartenant aux 5% les plus favorisés vivent nettement plus longtemps que celles issues des 5% les plus modestes. Chez les hommes, l’écart atteint 13 années. Les plus aisés peuvent espérer vivre jusqu’à 85 ans, contre seulement 72 ans pour les plus précaires. Chez les femmes, la différence est un peu moins marquée mais reste considérable, avec près de 9 ans d’écart entre les plus riches avec 88,7 ans et les plus pauvres avec 80,1 ans.
À 50 ans, le risque de décéder dans l’année est sept fois plus élevé chez les hommes les plus modestes que chez les plus aisés.
À 50 ans, le risque de décéder dans l’année est sept fois plus élevé chez les hommes les plus modestes que chez les plus aisés. Chez les femmes, cet écart de risque est également très important et atteint son maximum autour de 55 ans. Ces chiffres traduisent une vulnérabilité accrue des populations les plus défavorisées à chaque étape du parcours de vie.
Les populations à très faibles niveaux de revenus particulièrement impactées
L’étude montre par ailleurs que le lien entre revenu et espérance de vie n’est pas du tout linéaire. Les gains sont particulièrement marqués aux faibles niveaux de revenus, autour de 1200 euros mensuels, une augmentation de 100 euros est associée à près d’un an d’espérance de vie supplémentaire chez les hommes, et à 0,8 an chez les femmes. En revanche, au-delà de 3 000 euros par mois, l’effet s’atténue fortement, suggérant que c’est avant tout la sortie de la précarité qui joue un rôle déterminant sur la santé et la longévité.
On vit plus longtemps dans les Pays de la Loire ou en Occitanie, et moins longtemps dans les Hauts-de-France.
Des écarts qui se creusent avec le temps
Entre les périodes 2012-2016 et 2020-2024, l’espérance de vie des populations les plus modestes recule, tandis qu’elle continue de progresser chez les plus aisées. Une fracture sanitaire durable semble ainsi s’installer. Des différences territoriales viennent s’y ajouter. Par exemple, à niveau de vie comparable, on vit plus longtemps dans certaines régions comme les Pays de la Loire ou l’Occitanie, et moins longtemps dans les Hauts-de-France.
Des facteurs de risque plus nombreux chez les personnes peu ou pas diplômées
Certains facteurs expliquent pourquoi les personnes aux revenus modestes sont davantage exposées à une mortalité précoce. Les renoncements pour raisons économiques sont presque deux fois plus fréquents parmi les ménages les plus modestes que dans le reste de la population. Les catégories socioprofessionnelles jouent également un rôle central. Ainsi, les ouvriers sont davantage exposés aux risques physiques et professionnels que les cadres, souvent mieux protégés. Les comportements à risque, comme le tabagisme, sont plus répandus chez les personnes peu ou pas diplômées. À cela s’ajoute une moindre «littératie en santé», c’est-à-dire une difficulté accrue à comprendre l’information médicale, à se repérer dans le système de soins et à adopter des comportements favorables à la santé.
Cette étude rappelle que l’espérance de vie n’est pas uniquement une question médicale mais aussi un révélateur important des inégalités sociales.
Source : INSEE
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