AU COEUR DU METIER

Alzheimer : une infirmière conçoit un sac pour apaiser les patients

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Compétences infirmières

Soulager les patients atteints de la maladie d'Alzheimer, tel est l'objectif du Sac d'Augustine, un outil thérapeutique conçu par une infirmière qui fait l'objet d'une campagne de financement participatif. Un bien joli projet auquel il est aisé de prendre part...

Le sac d'Augustine

Le Sac d'Augustine, un outil qui permet d'apaiser les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer.

Blandine Mignot, infirmière auprès de personnes âgées atteinte de pathologies neuro-dégénératives, a eu l'idée de créer, pour apaiser les patients atteints d'Alzheimer à un stade avancé, un sac contenant des tissus leur rappelant des souvenirs. Marie-Christine Chareyre, aujourd’hui Cadre Supérieur de Santé en Institut de formation en soins infirmiers (IFSI)1, explique que ce projet est né de l’observation, et notamment de cette qualité d’observation qu'ont les soignants ce qui leur permet d’être créatifs auprès des patients. Blandine, l’infirmière instigatrice du projet, et l'équipe d'aides-soignants, ont remarqué combien le toucher peut être important chez certains résidents atteints de la maladie d'Alzheimer à un stade avancé. Et en particulier le toucher à travers les tissus ; ces patients manipulent en effet beaucoup les serviettes de table, le coin des draps, les couvertures, les blouses de soignants... Au cours d’une discussion informelle sur l’agitation d’une résidente en fin de journée, nous avons échangé sur ces observations et nous avons eu envie de concrétiser quelque chose autour de cette approche. Ainsi est né le Sac d’Augustine, prénom de la première résidente à l’avoir utilisé.

Le Sac d'Augustine en pratique

Trois Sacs D’Augustine ont déjà été réalisés, chacun avec une approche différente :

  • le premier sac, un « sac test », comprend des éléments sonores (grelots) qui favorisent le maintien en éveil et suscitent l’intérêt de l’utilisateur ;
  • le second sac a été conçu, à la demande du personnel de nuit, pour une utilisation nocturne. Certains patients en phase d’agitation nocturne peuvent trouver un apaisement dans son utilisation. La conception est alors basée sur des tissus doux, sans accroches ni fermetures éclair, pour éviter tout risque cutané si jamais la personne s’endort ;
  • un troisième sac a été testé auprès de résidents homme, avec un panel de matières différentes, parfois plus rugueuses et faisant davantage appel à la manipulation, comme des boutons de chemise, du jean ou des accroches de tenues de travail.

Présentation du Sac d'Augustine

Bénéfique pour le patient, la famille et le soignant

Le Sac d'Augustine a fait ses preuves, tant pour le patient et sa famille, que pour les soignants. Marie-Christine souligne en effet que pour les patients atteints de démence, l’effet apaisant est vraiment mesurable. En particulier lors de la phase d’agitation de fin d’après-midi que tous les professionnels connaissent bien, entre 17 heures et 19 heures. Proposer le Sac d’Augustine à ce moment là canalise les angoisses du patient, favorise sa concentration sur un élément tactile, évitant ainsi les sur-stimulations envoyées par le milieu ambiant. De plus, les retours des familles sont très positifs, selon Marie-Christine. Le Sac d'Augustine peut en effet être utilisé comme support de communication entre le patient et ses proches. Quant aux soignants, ils notent que le sac leur permet de disposer d'un outil  facile à mettre en œuvre et qui ne les met pas en situation d'échec dans leur approche du patient. De plus, l'utilisation du sac est facile et sans danger, ce qui favorise une juste approche de la relation de soin et évite que le temps soignant soit concentré sur la gestion des angoisses, ajoute Marie-Christine.

Les professionnels de santé donnent leur avis sur le Sac d'Augustine

Une campagne de financement participatif pour développer le projet

Bien que le projet n'en soit qu'à ses prémices, trois sacs ont déjà été commandés, notamment pour un centre d'accueil de personnes atteintes de maladie d'Alzheimer en Belgique et un essai est en cours également dans une maison d'accueil spécialisé pour adulte polyhandicapé. Afin de continuer à développer le Sac d'Augustine, une campagne de financement participatif a été mise en place. Elle doit permettre :

  • d'élargir les domaines d'essai ;
  • d'organiser une table ronde pour présenter les premiers essais et les résultats ;
  • de mettre en place des études plus approfondies sur les résultats obtenus ;
  • de présenter les résultats lors de colloques et de les publier ;
  • de commercialiser le Sac d'Augustine.

Pour l'heure, l'objectif est réalisé, mais les donateurs peuvent tout de même apporter leur pierre à l'édifice ; ils ont jusqu'au 11 novembre 2014 pour soutenir ce joli projet. A terme, le Sac d'Augustine pourra être personnalisé et sera ainsi adapté au vécu de chaque patient.

Note

  1. Au moment du lancement du projet, Marie-Christine était cadre de santé sur le terrain dans un service de long séjour et formatrice auprès de professionnels pour tout ce qui touche à l'accompagnement des personnes âgées démentes.
Creative Commons License

Aurélie TRENTESSE   Journaliste Infirmiers.com  aurelie.trentesse@infirmiers.com  ATrentesse

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Commentaires (4)

léalisa

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12 commentaires

#4

à lucile2011

As-tu déjà vu des ergothérapeutes à temps plein dans les EHPAD auprès des résidents ??
Moi non. Donc proposer des sacs de tissus à portée de main en cas de besoin, oui, c'est nouveau.

lucile2011

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1 commentaires

#3

cela existe deja

cette initiative existe deja depuis un certains temps infirmiere en geriatrie depuis 28 ans les ergotherapeutes font cette activite depuis au moins 3 ans
pour ma part il n y a rien de nouveau

patricia_idel

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5 commentaires

#2

Bravo

Une excellente initiative ! bravo

kranane

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1 commentaires

#1

beau projet

Ce sac est en quelque sorte un "objet transitionnel" au sens de Winnicott en tant qu'objet ayant pour fonction la défense contre l'angoisse. Auprès de personnes démentes la démarche est intéressante et l'on peut dire que cet objet est une médiation qui, si elle est utilisée dans un cadre thérapeutique avec une expression verbale ou non des ressentis et émotions entre le soignant et le patient, a toute sa place dans une relation d'aide. Bravo !