PARAMEDICAL

Pédicure-podologue : qui, comment, pour quoi faire ?

Le pédicure-podologue est un professionnel du secteur paramédical appartenant aux métiers de la rééducation. Œuvrant à la bonne santé des pieds, il prend en charge les affections les plus courantes ainsi que les complications qui lui sont liées. Le pédicure-podologue intervient essentiellement par des soins instrumentaux sur la peau et les phanères (ex : exérèse de callosités, coupe d'ongles…), et par des soins orthétiques (petits appareillages) dont la semelle orthopédique.

En France, on comptait 12 824 pédicures podologues au 31 décembre 2015. Principalement féminine (66%), cette profession accueille chaque année plus de 600 nouveaux diplômés issus des Instituts de Formations en Pédicurie-Podologie (IFPP). Pour un exercice quasi-exclusivement libéral (96%), le revenu annuel moyen d'un pédicure-podologue s'élève environ à 25 000 € par an (Carpimko, 2012).

Rôle du pédicure-podologue

Comme tout professionnel de santé, le pédicure-podologue assure la prise en charge éducative, préventive et curative de ses patients dans le cadre de son domaine de compétence. Il possède également le droit de prescrire des traitements, des médicaments et des pansements qui sont dédiés à des soins de pédicurie-podologie.

Activités et compétences

pédicure podologue

Le métier de pédicure-podologue

Le pédicure-podologue réalise des bilans podologiques complets. Ses compétences lui permettent ainsi de distinguer une affection locale d’une pathologie systémique du pied et, dans le cas échéant, de réduire les effets secondaires liées. C'est l'une des rare professions qui puisse poser un diagnostic après un examen clinique, bien que ceci ne lui soit reconnu que depuis peu (art. 124 de la loi de modernisation de notre système de santé). A partir du diagnostic qu’il a préalablement établi, le pédicure-podologue a seul qualité pour traiter directement les affections épidermiques, limitées aux couches cornées et aux affections unguéales du pied, à l'exclusion de toute intervention provoquant l'effusion de sang. Il peut aussi pratiquer des soins d'hygiène, confectionner et appliquer des semelles destinées à prévenir ou à soulager ces affections. Le pédicure-podologue analyse et évalue également les troubles morphostatiques et dynamiques du pied et élabore un diagnostic de pédicurie-podologie en tenant compte de la statique et de la dynamique du pied ainsi que de leurs interactions avec l'appareil locomoteur (ex : troubles de l'équilibre, douleurs...). Il confectionne et applique alors des orthèses plantaires pour prévenir et traiter ces troubles posturaux, mais aussi pour compenser certaines malformations du pieds.

Actes professionnels

D'après l'article R. 4322-1 du code de la santé publique, les pédicures-podologues sont habilités à accomplir les actes professionnels suivants sans prescription médicale préalable :

  • diagnostic et traitement des hyperkératoses, des verrues plantaires, des ongles incarnés, des onychopathies et autres affections épidermiques ou unguéales du pied ;
  • exfoliation et abrasion des téguments et phanères par rabotage, fraisage et meulage ;
  • soins des conséquences des troubles sudoraux ;
  • soins d'hygiène du pied permettant d'en maintenir l'intégrité à l'occasion de ces soins ;
  • surveillance et soins des personnes, pouvant présenter des complications spécifiques entrant dans le champ de compétence des pédicures-podologues ;
  • prescription et application des topiques ;
  • prescription et pose de pansements ;
  • prescription, confection et application des prothèses et orthèses comme les onychoplasties, orthonyxies, orthoplasties externes, chaussures thérapeutiques de série, semelles orthopédiques et autres appareillages podologiques.

Un rôle essentiel dans la prise en charge pluridisciplinaire

Le pédicure-podologue joue un rôle essentiel dans la prise en charge pluridisciplinaire du patient, notamment pour des pathologies telles que les polyarthrites ou les pieds diabétiques. Il devrait donc être intégré systématiquement dans son parcours de soins en relation avec les spécialités suivantes :

  • rhumatologie : suivi podologique des patients atteints d’arthrose, de maladies articulaires inflammatoires, de rhumatismes abarticulaires ;
  • diabéto-endocrinologie : suivi podologique des patients diabétiques et artéritiques ;
  • pathologie vasculaire : dépistage des troubles artériels ;
  • dermatologie : patients atteints de kératodermies palmo-plantaires dont le psoriasis, conséquences des traitements oncologiques, mycoses ;
  • pédiatrie : troubles de la croissance et de la marche, attitudes scoliotiques…;
  • gériatrie : prévention des chutes et de la perte d’autonomie du sujet âgé ;
  • orthopédie : bilans podologiques pré et post-opératoires.

Cadre déontologique

Devenir pédicure-podologue

Les études préparant au diplôme d’État de pédicurie-podologie (DEPP) durent 3 ans. Elles se font dans l'un des onze Instituts de Formation en Pédicurie-Podologie (IFPP) disponible en France, dont deux sont des instituts publiques.

L'accès aux IFPP se fait exclusivement par concours, à l'exception de celui de Bordeaux qui recrute régionalement par le biais de la PACES (Première Année Commune aux Études en Santé).

En 2012, le DEPP de pédicure-podologue a fait l’œuvre d'une réingénierie, donnant naissance à un nouveau programme d'enseignements. La formation est désormais intégrée au processus universitaire (LMD), les IFPP devant être conventionnés avec une université disposant d'une composante de santé.

Concours

L'accès à l'IFPP s'effectue sur concours. Pour y participer, le candidat doit remplir certaines conditions :

  • être âgé(e) d'au moins 17 ans au 31 décembre de l'année des épreuves d'admission ;
  • être titulaire d'un baccalauréat français, d'une équivalence, ou pouvoir justifier d'une expérience professionnelle de cinq ans.

Tous les candidats souhaitant intégrer une formation de pédicure-podologue sont soumis à une épreuve de biologie d'une durée de 2h notée sur 40. Cet examen propose des questions de cours, des exercices, des QCM, des QROC ou encore des synthèses de documents qui reprennent les programmes d'études de première et de terminale scientifique. Chaque école est autonome dans le choix des sujets et l'organisation de son concours. Une épreuve complémentaire peut donc être demandée dans certaines écoles, comme un entretien avec un jury de professionnels de la santé sur les motivations du candidat. L'admission se fait en fonction du classement obtenu par rapport aux autres candidats. La note zéro est éliminatoire. La sélection est cependant très sévère, c'est pourquoi la plus part des candidats font une année préparatoire au préalable.

Pour une admission définitive, le candidat doit produire un certificat médical provenant d'un médecin agréé attestant :

  • l'aptitude physique et psychologique à l'exercice de la profession ;
  • l'ensemble des vaccinations à jour et un test tuberculinique positif.

Formation

La formation en IFPP s'effectue en trois ans. Elle se découpe en six semestres sur lesquels sont répartis des enseignements théoriques (2028h), des enseignements pratiques (2202h) et des stages à raison d'un par semestre (1170h). L'apprentissage du métier, soit l’acquisition des compétences, des activités et des techniques de soins en pédicurie-podologie, se fait donc progressivement tout au long de la formation de l'étudiant. En première année, il découvre le domaine de pédicurie-podologie dans son ensemble. Il apprend les bases du métier, notamment l’anatomie, la physiopathologie ou encore la sémiologie. L’année suivante, il acquiert des connaissances suffisantes pour traiter les pathologies du pied les plus fréquentes. La dernière année, il met en pratique les enseignements acquis en pédicurie-podologie et est amené à prendre des responsabilités cliniques.

Au cours de sa formation, l'étudiant est évalué sur l'acquisitions des enseignements dispensés à l'IFPP, mais aussi sur les compétences et actes professionnels acquis en stages. Deux modalités d'évaluation de sa progression entrent alors en compte :

  • les examens semestriels : ils permettent d'apprécier les connaissances théoriques et pratiques acquises par l'étudiant au sein de sa formation. L'organisation des épreuves et leur validation varient en fonction des IFPP.
  • le portfolio ou « fiches d'analyse de situations et d'activités de soins » : c'est un outil d'évaluation et de suivi de l’apprentissage pratique de l'étudiant lors de ses stages de pédicurie-podologie. A la fin de chaque période d'apprentissage, le responsable de l'encadrement évalue les compétences et actes professionnels techniques acquis par l'étudiant à son retour à l'IFPP.

A la fin de chaque semestre, une commission attribue des crédits (ECTS) aux étudiants en fonction des résultats obtenus aux examens et des acquisitions faites en stage. Les crédits sont déterminants pour les étudiants puisqu'il faut obtenir au moins 48 ECTS sur l'année et avoir acquis tous les crédits des années précédentes pour passager à l'année suivante de formation.

Diplôme d’État de pédicure-podologue (DEPP)

Le jury d’attribution du diplôme d’État se prononce au regard de l’ensemble du dossier de l’étudiant, dans lequel doivent être validés ou acquis :

  • l’ensemble des unités d’enseignement ;
  • l’ensemble des compétences en situation ;
  • les actes, activités ou techniques réalisés en situation réelle ou simulée.

Les candidats ayant acquis l’ensemble des connaissances et des compétences sont déclarés reçus au diplôme d’État de pédicure-podologue et obtiennent les 180 crédits correspondants. A noter, depuis 2015, le DEPP est équivalent au grade de licence permettant la poursuite d'études vers un Master ou un Doctorat.

Dispensations de scolarité

Sur l'avis du directeur de l'IFPP et du conseil pédagogique, peuvent être dispensés :

  • Des épreuves d'admission et de la validation d'une partie des unités d'enseignement en première et deuxième année d'études : tout titulaire d'un diplôme d'infirmier, de masseur-kinésithérapeute, d'ergothérapeute, de psychomotricien, d'orthophoniste, d'orthoptiste, de manipulateur d'électroradiologie médicale, de technicien de laboratoire médical, d'audioprothésiste, d'opticien-lunetier, de prothésiste, d'orthésiste, de diététicien, de sage-femme, d'une licence, ou étudiant ayant validé ses deux premières années d'études de médecine. Le nombre de candidats admis s'ajoute au nombre de places attribués à l'école pour l'année, elle ne doit pas excéder 5 % ;
  • D'une partie des enseignements théoriques ou des stages pratiques : les titulaires d'un titre de formation à la profession de pédicure-podologue délivré par un État membre de l'Union Européenne ou un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen. Ils peuvent également être dispensés d’une partie de leurs stages ;
  • D'une dispense de scolarité pour l'obtention du diplôme d’État de pédicure-podologue, sous réserve de réussite aux épreuves de sélection ci-dessous : les titulaires d'un diplôme ou d'un certificat d'exercice de la profession de pédicure-podologue obtenu en dehors d'un État membre de l'Union Européenne ou d'un autre État partie à l'accord sur l'Espace économique européen (art. 26).

    Les épreuves de sélection sont au nombre de trois :

    • Une épreuve d'admissibilité : examen écrit consistant en une étude de cas clinique de pédicure-podologie d'une durée de 3h, notée sur 20. Seuls les candidats ayant obtenu la moyenne et jugés admissibles par le jury peuvent se présenter aux épreuves d'admission ;
    • Deux épreuves d'admission : organisés lors d'une même séance, le candidat doit obtenir la moyenne pour être admis en IFPP. Ils sont convoqués dans un premier à temps à un entretien oral de 45min en français sur le parcours professionnel et les motivations du candidat. S'en suit une mise en situation pratique (examen clinique, soins, réalisation d'appareillage), le tout noté sur 40.

Évolutions et modes d'exercices

Pour pratiquer en tant que pédicure-podologue, il faut être titulaire du DEPP délivré par le ministère des Affaires sociales et de la Santé et être inscrit à l'Ordre National des Pédicures-Podologue (ONPP). Il peut s'exercer de deux façons différentes :

  • salarié : le pédicure-podologue partique alors dans un établissement de santé (praticien, formateur en IFPP), mais ce mode d'exercice n'est que très peu développé actuellement (métier de la fonction publique hospitalière) ;
  • libéral : le pédicure-podologue exerce alors de façon indépendante, à son compte, individuellement ou en groupe avec d'autres professionnels médicaux ou paramédicaux. Il a alors la liberté de prescrire dans des conditions relatives à son champ de compétences, et les honoraires sont directement payés par le patient qui a le libre choix de son pédicure-podologue.
    A termes, un pédicure-podologue praticien peut évoluer vers le métier de cadre de santé en exerçant soit dans un service de soin spécialisé, soit en tant que formateur dans les IFPP…

Cet article a été élaboré en partenariat avec l'Ordre National des Pédicures-Podologues (ONPP)

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Rédaction Infirmiers.comophelie.perrot@infirmiers.com@OliePrt

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