À l’heure où l’on parle de réformer la rémunération des soins infirmiers à domicile, je ressens le besoin de partager ce que je vis réellement sur le terrain.
Ce témoignage n’est ni une plainte, ni une revendication financière, ni une attaque. C’est simplement une parole de soignante, humaine, sincère, issue du quotidien.
Être infirmière indépendante n’est pas un choix économique. C’est un choix de vie. Celui de soigner comme j’aimerais être soignée, et comme j’aimerais que mes proches le soient.
J’ai quitté les structures institutionnelles, notamment les maisons de repos et de soins, parce qu’elles ne correspondaient plus à ma vision du soin. Travailler contre mes valeurs m’a coûté un burn-out de plus de deux ans. Il faut le dire. Il faut le savoir.
Je soigne, mais je fais bien plus que cela : j’écoute, j’observe, j’organise, j’anticipe, j’informe, j’éduque, je rassure, je coordonne, je dédramatise.
Aujourd’hui, je suis fatiguée, certes. Mais je suis épanouie, alignée, et heureuse dans ma vie
professionnelle. Je ne prends volontairement pas un nombre excessif de patients, parce que je veux pouvoir respecter leur rythme, leurs besoins, leur histoire. Si un soin nécessite une heure, je reste une heure.
Je travaille beaucoup. Je soigne, mais je fais bien plus que cela : j’écoute, j’observe, j’organise, j’anticipe, j’informe, j’éduque, je rassure, je coordonne, je dédramatise.
Les journées sont longues, épuisantes, émotionnellement chargées. Même quand on aime profondément son métier. Et le mien est une vocation depuis l’enfance. Il prend aux tripes, il bouscule, il fatigue. Parce que nous restons des êtres humains.
Dans ce temps de soin, il n’y a pas que des gestes techniques. Il y a des sourires, des rires, des confidences.
Il y a aussi une réalité souvent invisible: même lorsque je suis en repos ou en vacances, y compris à l’étranger, je reste responsable de mes patients et de ma tournée. Je reste joignable. Je réponds. Je rassure. J’organise à distance si nécessaire. Mentalement, je ne décroche jamais complètement.
Une toilette n’est pas un acte standardisé. Chez une personne autonome, elle peut durer quinze minutes. Chez une personne atteinte de démence, elle peut en prendre trente, parfois davantage. Parce qu’il faut du temps, de la patience, de la douceur, de l’écoute.
Pour certains patients, nous sommes parfois le seul passage de la journée, parfois même de plusieurs jours. Dans ces situations-là, il est hors de question de bâcler ce temps. Dans ce temps de soin, il n’y a pas que des gestes techniques. Il y a des sourires, des rires, des confidences. Ce lien fait partie intégrante du soin. Il ne se chiffre pas. Il ne se code pas. Mais ilsoigne, profondément.
Si je suis devenue infirmière indépendante, c’est pour refuser la déshumanisation du soin et pour remettre du sens dans ma vie professionnelle.
Quelle que soit l’évolution du système, une chose me semble essentielle: le soin n’est pas seulement un geste technique. C’est une relation. Et une relation ne se chronomètre pas sans perdre son âme.
Je soigne, mais je fais bien plus que cela : j’écoute, j’observe, j’organise, j’anticipe, j’informe, j’éduque, je rassure, je coordonne, je dédramatise.
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