SÉCURITÉ AU TRAVAIL

Stop Violences IDEL : une plateforme dédiée au signalement des agressions contre les infirmiers libéraux

Publié le 16/03/2026

La plateforme Stop Violence IDEL est le premier dispositif de signalement spécifiquement dédié aux violences subies par les infirmiers libéraux. Au-delà du recensement statistique, elle constitue une première étape pour dénoncer les faits, orienter vers des ressources et des partenaires juridiques, et informer sur les démarches à suivre, y compris le dépôt de plainte.

stop violences IDEL

Infirmier libéral depuis 15 ans, Éric Perrin exerce au nord de Lyon. Confronté, comme nombre de ses consœurs et confrères à des agressions verbales et à des comportements déplacés, il a lancé le 20 janvier dernier la plateforme Stop Violences IDEL afin de documenter les violences encore largement invisibles dans les statistiques officielles.

Une réalité peu documentée

Le dernier rapport de l’Observatoire national des violences en santé recense plus de 20 000 signalements par an, toutes professions confondues, ce qui correspond à 65 professionnels de santé agressés chaque jour. Les infirmiers figurent en première ligne parmi les métiers les plus touchés. En revanche, aucune donnée ne précise combien d’infirmiers libéraux sont concernés.

À l’origine de cette initiative, Éric Perrin dresse plusieurs constats. D’abord, il estime que «les violences commises à l’encontre des IDEL sont trop peu documentées, voire absentes des rapports officiels». De plus, elles restent largement sous-déclarées. Selon lui, la banalisation expliquerait en partie le silence: «C’est malheureux, mais cela fait presque partie du métier. On minimise, on encaisse, puis on retourne au travail».

Cette attitude dessert la cause et la rend invisible au niveau institutionnel. «Ce qui n’est pas déclaré n’existe pas.» Sans données consolidées, difficile d’alerter les pouvoirs publics ou d’engager des politiques de prévention adaptées. La plateforme veut donc «sortir ces violences de l’angle mort», les documenter avec précision et offrir un espace d’expression aux soignants concernés.

Des agressions souvent tues

En 15 ans d’exercice, Éric Perrin n’a pas été épargné. «J’ai eu mon lot d’agressions verbales», confie-t-il. L’infirmier libéral précise toutefois ne jamais avoir subi de violences physiques. Il évoque aussi la dimension genrée du métier, majoritairement féminin, qui expose particulièrement les infirmières aux violences sexistes et sexuelles.

La plateforme, bien que récente, a déjà reçu des signalements de remarques déplacées, de comportements et propositions ambigus. Selon lui, ces violences sont d’autant plus difficiles à déclarer qu’elles peuvent générer honte ou culpabilité. Il rappelle cependant un principe fondamental : «Le cadre de soins n’autorise pas ce genre de choses. Et même si ça se passe à domicile, le domicile n’est pas une zone de non-droit

À l’hôpital, le cadre institutionnel, les chartes et la présence d’une équipe offrent un environnement structurant. À domicile, le rapport est différent. Les infirmiers libéraux interviennent seuls, sans témoin. «Vous arrivez dans l’appartement, la personne ferme la porte derrière vous. Vous ne savez pas sur qui vous allez tomber

Il distingue toutefois les comportements relevant de pathologies, comme la démence et les troubles psychiatriques versus les actes intentionnels. Les professionnels, formés à la relation soignant-soigné, savent faire la part des choses.

Une plateforme pensée pour libérer la parole

Stop Violences IDEL se veut simple d’accès. «Vous arrivez sur la page d’accueil. Vous avez immédiatement un gros bouton rouge qui permet de faire le signalement.» L’idée de la plateforme est d’éviter les démarches complexes, surtout lorsque la personne est encore sous le choc.

Ensuite, l’anonymat est un autre point crucial du dispositif : «L’identité ne sera jamais associée publiquement au témoignage.» Une condition essentielle, selon lui, pour encourager la déclaration de faits parfois considérés comme “pas assez graves” pour justifier une procédure formelle.

Plus de la moitié (54%) des auteurs de violence signalés ne sont pas les patients eux-mêmes, mais leurs proches.

Les signalements sont collectés puis vérifiés. L’équipe s’assure notamment que la personne est bien infirmière libérale, afin d’éviter les faux témoignages. Les données validées nourriront un rapport statistique annuel destiné à être transmis aux autorités pour «alimenter la réflexion collective» et, à terme, contribuer à des solutions concrètes.

Les premières tendances de signalement

Un premier point statistique, encore embryonnaire, fait apparaître les tendances de signalements, qui selon Stop Violences IDEL, proviennent davantage, pour l’instant, d’Occitanie et des Hauts-de-France. Autre tendance, plus de la moitié (54%) des auteurs de violence signalés ne sont pas les patients eux-mêmes, mais leurs proches.

Parmi ces proches, les enfants des patients seraient majoritaires. Les familles seraient plus souvent impliquées dans des violences verbales, tandis que les patients seraient davantage à l’origine de violences sexistes ou sexuelles.

Même si la plateforme est récente, certains témoignages publiés sur la plateforme rappellent la gravité de certaines situations. On peut lire par exemple : «Suite à un signalement de violence conjugale sur Mme X ; son conjoint, après le départ du médecin traitant puis l'assistante sociale, m'a séquestrée et frappée avec un bâton qu'il avait caché avant mon arrivée.» ou bien encore : «Pour défendre mon confrère contre une agression à l'arme blanche je me suis trouvé plaqué au mur avec strangulation.»

Des faits qui, selon Éric Perrin, «font froid dans le dos» et illustrent une réalité encore largement méconnue du grand public.

Et après le signalement ?

La plateforme ne se limite pas au signalement. Elle s’organise autour de plusieurs volets «Agir» en déclarant et/ou en signant une pétition en ligne qui a déjà recueilli plus de 13 000 signatures, «Définir» en nommant les différentes formes de violences, «Soutenir» grâce aux ressources et aux partenaires, et «Se reconstruire» avec des outils de compréhension et de prévention. Un écosystème évolutif qui se construit à partir des retours du terrain.

Si Stop Violences IDEL n’assure pas directement d’accompagnement juridique individuel, la plateforme s’appuie sur des partenaires tels que des cabinets d’avocats spécialisés, susceptibles de conseiller et, le cas échéant, d’accompagner des démarches judiciaires.

Un assureur spécialisé intervient notamment sur les situations qualifiées de violences institutionnelles. Ce volet a été ajouté après des retours d’utilisateurs. En effet, initialement centrée sur les violences verbales, physiques ou morales, la plateforme a élargi son champ d’action face à la remontée de situations liées à des procédures jugées abusives ou à des tensions administratives.

Comment faire un signalement sur Stop Violences IDEL ?

  1. Se rendre sur la plateforme : dès la page d’accueil, un bouton rouge permet d’accéder au formulaire de signalement.
  2. Remplir le formulaire : le professionnel décrit les faits de manière simple et précise.
  3. Garantir l’anonymat : l’identité n’est jamais associée publiquement au témoignage. Des coordonnées professionnelles sont toutefois demandées pour vérifier qu’il s’agit bien d’un(e) infirmier(ère) libéral(e).
  4. Validation des données : l’équipe vérifie la cohérence du signalement avant intégration dans la base de données.
  5. Exploitation statistique : les informations collectées alimentent un rapport annuel transmis aux autorités afin de documenter les violences et nourrir la réflexion collective. 
Corinne Pauline Nkondjock

Source : infirmiers.com