Forum : Aides soignants (AS)

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Messagepar test112408 » 02 Aoû 2020 10:55

Bonjour

Je souhaite déposer un nouveau sujet relatif à la crise des vocations que traverse le métier d'Aide-soignant depuis plusieurs années, crise confirmée par le rapport de la DREES du 16 décembre 2019.

Cette crise des vocations est de mon point de vue extrêmement grave compte tenu de plusieurs facteurs :

- Facteurs sanitaires :
* Le développement des poly-pathologies (à titre d'exemple, on peut être diabétique + faire des apnées du sommeil, connaissant un cas dans mon association). De son côté, l'OMS table sur un doublement de malades chroniques d'ici les 10 prochaines années.
* Le développement du handicap

- Facteurs démographiques :
* Le vieillissement de la population en France (phénomène qui concerne l'ensemble des pays occidentaux)
* Le départ à la retraite des baby-boomers, notamment d'AS, ASH. (selon France-stratégie, on aurait besoin d'ici les 5 prochaines années de 250.000 AS, autant dire que la situation va s'aggraver si on n'arrive pas à recruter des AS)

A ce titre, de plus en plus d'IFAS ont du mal à remplir les promos dont les quotas sont fixés par l'ARS, obligeant ces écoles à organiser des journées portes ouvertes + reposer les dates de fin d'inscription. Cette année, certains IFAS ont repoussé la date de fin d'inscription jusqu'à MI-JUIN 2020.

Je souhaite donc ouvrir un sujet pour connaître vos idées, vos remarques et comment on peut valoriser cette fonction, maillon si nécessaire de la chaîne de soins.

Je vous remercie pour votre participation.
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Messagepar Lenalan » 02 Aoû 2020 11:10

Déjà le problème, c'est que ce n'est pas une vocation, c'est un métier comme un autre, donc "crise de vocation"..... Avoir une "vocation" impliquerait qu'on le fait parce qu'on est né pour ça, et que donc rien n'a d'importance (conditions de travail, rémunération, notre propre santé etc...).

Or ce n'est pas ça, faire un travail difficile, dans des conditions déplorables, en se ruinant la santé, et avec un salaire pourri n'attire pas. On ne veut plus de ça aujourd'hui. Il faut donc non pas se tourner vers la "vocation" qui ferait défaut (puisqu'elle n'existe pas) mais bien par les choses à changer pour que les gens choisissent ce métier, qui n'est pas du tout attractif dans les conditions actuelles: conditions de travail (voir dans les EHPAD comment ça se passe) et rémunérations (moi personnellement, pour 1200€/mois je ne sors pas de chez moi pour faire AS).

Même chose pour le métier d'infirmier.
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Messagepar test112408 » 02 Aoû 2020 11:37

Bonjour Lenalan

Je vous remercie beaucoup pour votre réponse. Vous avez raison, ce n'est pas une vocation mais un métier. La langue que nous parlons façonne notre perception du monde, et le mot vocation est porteur de sens.

Quand je dis, " crise des vocations ", j'utilise le langage utilisé à maintes reprises de partout (forums, sites internet, presse spécialisée etc). Merci pour cette correction justifiée. On ne devrait pas parler de crise des vocations mais plutôt de " crise des recrutements pour le métier d'AS "

Concernant vos indications pour le reste, vous avez raison : 1200 euros pour faire ce métier, effectivement, ce n'est pas normal.

Vous souhaitant une très bonne journée. :clin:

PS : Je corrige immédiatement le titre
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Messagepar Lenalan » 02 Aoû 2020 11:57

Ce n'était pas vraiment une correction, c'est effectivement une expression courante et très utilisée (même par les intéressés "je suis infirmière par vocation") très intéressante à relever parce que je pense que c'est le noeud du problème: la référence perpétuelle à l'aspect religieux qui fait qu'on ne serait pas légitimes dans nos revendication (comment? On veut être payés pour faire "don de soi" en "aidant son prochain"?). Il est donc "normal" qu'on nous impose des conditions et un salaire indigne ("vous avez la vocation, vous savez que ça va avec"). Et c'est là-dessus que c'est en train de changer :D On accepte plus tout et n'importe quoi... Pour avoir du personnel il va falloir que les dirigeants revoient leurs copies. Oui on parle argent, non on ne fait don de rien du tout.
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Messagepar lafolldingue » 02 Aoû 2020 22:53

Lorsqu'on est payé pour le don de soi, c'est de la prostitution... :lol: :lol:
Mais en effet, peu de gens motivés pour ce métier. Déjà depuis pas mal de temps nos métiers sont réputés pour être ingrat et sous payé... Le tout mixé avec la mentalité des nouvelles génération, ça donne une belle pénurie de volontaires aux IFAS...
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Messagepar LuzaMoon » 03 Aoû 2020 15:09

Bonjour,

Je suis aide soignante depuis 7ans. (Et je bloque sur le terme "vocation". Vraiment non)

J'aime ce que je fais, et malgré ca j'ai du faire 2 pauses. J'ai été fleuriste et hôtesse principale chez mcdo ( pour info en tant que équipière je gagnais autant que à l'hopital car j'avais un contrat 25 heure mais que j'en faisais 35. En tant que hôtesse principale je gagnais mieux que à mon dernier poste dans une clinique.)

Conditions de travail, paye, rythme parfois difficile pour la vie familiale ( en tout cas pour moi).

J'ai l'impression, en tout cas en discutant avec des personnes plus jeunes que moi, que avec les réseaux sociaux ca devient encore pire. Les quelques personnes qui sont attirées par le métiers voit que on râle ( à juste titre ) sur les conditions de travail, sur notre paye, sur les absences sont remplacées, sur le manque de matériel, sur la violence que l'on voit et/ou subit.

Quand on cherche des infos sur internet on tombe sur des témoignages, des émissions dédiées au mal être des soignants, des bouquins sur des burn out, des infos sur des fermetures de lit ou des grèves.

Il y aussi les réflexions de l'entourage, et pour certaines personnes les avis extérieurs sont très important. "Tu vas torcher des culs toute ta vie", "ca serai dommage de gâcher ton potentiel".

Après il y aussi l'effet inverse : parait il que les gens adorent les soignants ( "c'est un beau métier que tu fais mais moi je pourrai pas") et on voit fleurir sur les réseaux des personnes en tenues de soignant sur des musiques de super héros. Les quelques personnes qui se lancent dans la formation par recherche de reconnaissance vont être bien déçues et vont abandonner.
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Messagepar Creol67 » 03 Aoû 2020 16:59

test112408 a écrit :Bonjour

Je souhaite déposer un nouveau sujet relatif à la crise des vocations que traverse le métier d'Aide-soignant depuis plusieurs années.....

Bon sang ....
Encore une qui n'a rien compris.
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Messagepar test112408 » 03 Aoû 2020 18:46

Bonsoir Luzamoon, lafolldingue, et bonsoir Créol

Je vous remercie pour votre réponse et de vous être exprimés sur ce sujet à savoir la pénurie d'AS.

Effectivement Luza, il est certain que l'actualité + documentaires + ce que vous lisez dans les réseaux sociaux/forums n'a pas arrangé les choses (Ex : Ephad des Opalines)

Concernant l'usage du mot vocation a pu heurter, je m'en excuse totalement. Je reprenais juste une expression usuelle très utilisée pour lancer une discussion. Je pense effectivement qu'il s'agit d'un métier et je remercie une nouvelle fois les personnes qui participent à cette discussion d'avoir insisté sur ce point. C'est clairement un abus de langage.

Pour Créol, je suis un homme, (vous pouvez dire "un" :lol: ) qui travaille dans le milieu associatif notamment dans l'accompagnement de personnes ayant pu développer une forme de handicap (je suis moi-même malvoyant que j'ai malheureusement acquis)[/i] ou de pathologie chronique, la trentaine passée. Je suis enchanté de faire votre connaissance et je suis désolé si le mot vocation a pu vous choquer.

Au plaisir Créol de pouvoir échanger avec vous et avec toute la courtoisie due à votre égard.
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Messagepar Creol67 » 04 Aoû 2020 08:07

Au métier de soignant il est souvent attribué les mentions de « vocation, amour, bienveillance », or je peux vous assurer qu’il n’existe plus grand monde qui travaille par vocation. Sinon il le ferait quasi gratuitement (ce qui ne dérangerait pas nos dirigeants)
La pénurie ???? Non il n’y en a pas.

Le principal point qui a été soulevé est celui de la formation. Or les IFSA et IFSI de Strasbourg, par exemple, forment environ 600 Aides soignant par an et près de 400 AES soit potentiellement 1000 soignants pour travailler dans les lieux de vie. Donc l’offre et largement suffisante.

Le deuxième point est celui de l’attractivité. Et là non plus, il n’y a pas de problème.
Certes, le nombre d’inscrit au concours diminue, mais il est toujours très important, et le nombre de VAE est toujours exceptionnellement élevée par rapport à d’autres métiers. Enfin, il suffit de voir le nombre de faisant fonction dans les EPHAD pour constater que finalement, il reste encore beaucoup de personnes qui souhaitent travailler dans ce métier.

Pourtant il y a bien un problème.
Les principaux employeurs sont l’Etat, l’associatif et le privé. Le métier est conventionné et son salaire est encadré ET en partie remboursé par l’ARS.
Les structures qui emploient sont elles mêmes conventionnées et sa politique RH est encadrée.
En conséquence, l’employeur n’a pas les mêmes leviers qu’une entreprise X ou Y.
- Il ne peut pas augmenter ses effectifs ni même embaucher (même une secrétaire !!!) sans demander la permission à l’ARS
- Il ne peut pas augmenter les salaires car son budget « salaire » (oui il y a plusieurs budgets chacun étant très encadré) est surveillé à la loupe et n’est pas extensible.
- Sa Gestion Prévisionnelle de l'Emploi et des Compétences est nulle car il est impossible d’avoir une vision à long terme des besoins d’emploi (vu que ce n’est pas l’employeur qui décide)
- Et donc par voie de conséquence pas de politique de rémunération

Le problème est que la fiche de paie est le meilleur outil pour apaiser le climat social.
Reprenons les éléments qui permettent d’obtenir une paie :
- Vous avez le salaire et les primes.
- Les périphériques légaux (stock-options, intéressement, plan épargne …)
- Les avantages en natures.
- Les périphériques éloignés (assurance vie, médaille du mérite, compte épargne temps ...)
Or l’aide-soignant n’aura droit qu’au salaire et des primes légalement attribuées (ni pus ni moins) et même pour les heures supplémentaire c’est compliqué.

On le voit donc, le salaire est difficilement individualisé (tout le monde gagne plus ou moins la même chose) et seul l’ancienneté permet de différencié le salaire. C’est le cas aussi dans le secteur de l’handicap, de l’insertion et de l’enfance.


Et là on voit commencer à pointer les problèmes car sans véritables politique de rémunération, il n’y a pas de :
- rémunération de la performance individuelle,
- ni de rémunération de la performance collective,
- et enfin la nature même du métier empêche d’établir des indicateurs de la performance collective

La rémunération revêt un caractère contradictoire et cristallise les conflits. Elle doit permettre la satisfaction des besoins de salariés, être motivante et permettre la compétitivité de l'entreprise. Et on se rends bien compte que si tout le monde, pour des efforts différents gagnent la même chose, il n'y a aucune raison de faire "plus"
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Messagepar Creol67 » 04 Aoû 2020 08:36

Le second problème vient de la charge de travail et du mode de financement des structures de soins

Là où il existe un nombre conséquent de travaux et d'études, sans compter les reportages, sur la charge de travail excessive du personnel soignant et éducatif, l'HAS publie une étude sur "Qualité de vie au travail et qualité des soins " avec comme conclusion, oui les soignants sont heureux et les petits vieux bien pris en charge.

Il y a une volonté de la part des autorités de tutelles qui financent ces structures de minimiser la souffrance du personnel.
La plupart des maladies professionnelles (à long terme) liées à notre métier ne sont plus reconnues, les indicateurs de prise en charge (modèle PATHOS, grille AGGIR pour les éphad) diminuent par deux voir par trois la réelle charge de travail, et financement des structures complexes (plusieurs budgets)

Prenons les choses dans l'ordre, parlons du budgets des EPHAD, la démonstration sera plus simple. Il y a 3 tarifs d'entrée pour un résident :

    Un tarif hébergement qui est à la charge de la personne (avec aides sous conditions). Il correspond à toutes les charges « neutres » à l’établissement : accueil, restauration, animation de la vie sociale, administration générale…etc.
    Un tarif soin qui à la charge de l’assurance Maladie et versé à établissement. Ce tarif est définie dans la convention soit de façon partielle soit globale. Cela prend en compte par exemple la rémunération du médecin coordinateur, des infirmiers salariés, des infirmiers libéraux etc.
    Cette section est prise en charge par l'ARS (Agence Régionale de Santé) qui fixe à chaque établissement une dotation annuelle en fonction du GMP et du PMP.
    Un tarif dépendance qui à la charge de la personne accueillie mais cette dernière peut, selon ses ressources, bénéficier de l’Allocation personnalisée d’autonomie. L’A.P.A ne qui couvre pas la totalité du tarif dépendance


Donc nous voyons bien que l'assurance maladie prend en charge les soins et le département prend en partie le tarif dépendance (APA)

Continuons Ces trois tarifs vont permettre d'établir des budgets et c'est là que ça ce complique.
Si avant les ephad établissait des budgets du style :
    les dépenses prévues ;
    les recettes prévues.
Et on demandait plus ou moins aux département et à l'ARS de couvrir les dépenses.

Aujourd'hui avec l'EPRD (État Prévisionnel des Recettes et des Dépenses), ces mêmes partenaires vous donne un budget avant de savoir ce dont vous avez besoin (grâce aux différentes grilles et méthodes qu'ils ont eux même établis)
Donc si avec le pathos et autres AGGIR, l'ARS vous accorde 5 ASH (oui oui, c'est eux qui décident combien de personnes vous pouvez prendre), le financement sera de 70 % sur le budget tarifs et 30% pour le budget dépendance.
Pour les AS/AMP c'est 80% qui est remboursé sur le budget soins.
Pour les infirmières, érgo, psychologue, psychomot, médecin (co ou pas) cadre etc .... c'est 100%
Ces sommes sont remboursées à l'établissement.

Ce qui veut dire ?
Imaginons demain que ....
Non faite c'est ce qui se fait.
Aujourd'hui les 30% restant qu'on doit se faire rembourser on ne les a pas entièrement, alors l'établissement doit rogner sur différents budgets ce qui accentue encore la dégradation des conditions de travail.
Et tout ceci est vrai aussi bien pour les hôpitaux, les cliniques, ou les centre éducatifs fermés.

Par ailleurs, le payeur a tout intérêt à "rembourser" le moins possible. Puisqu'il paie pour les soins, il paie également pour aider à l'hébergement alors qu'il est dans un contradiction de réduction des dépenses de santé.


La santé à donc adapté des stratégies adaptatives et c'est le dernier point que je vais aborder.
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Messagepar Creol67 » 04 Aoû 2020 09:00

Il n'y a donc pas de pénurie, mais bien une souffrance au travail.

Au vue des conditions de travail dégradée couplée à une politique de rémunération non attractive, s'est développé au niveau des directions des stratégies adaptatives fondées sur des indicateurs aussi personnels que farfelues.

Le point commun de tous ces indicateurs est de "se faire bien voir" par la direction afin d'obliger le personnel à faire plus avec le moins possible.

En effet divers postes ont été crée sans qu'ils aient une valeur ajoutée. C'est notamment le cas de l'aide soignante référence ou encadrante qui ne sert strictement à .... rien sauf à être un tampon entre le personnel et la direction. En effet, l'aide soignante référente "vérifie" le travail de ses collègues (rôle de la cadre) réalise les commandes de matériel (rôle de la cadre) fait le planning (rôle de la cadre) reçoit les familles, gère le personnel et les plaintes (rôle de la cadre et des direction) pour le même salaire (enfin moins car elle perd les week end) et réduit le nombre de soignant disponible (car elle ne fait plus de "toilettes")

En parallèle il est demandé au personnel plus d'efforts sans aucune contrepartie pour le "bien" des résidents/patients. Celui qui en fera le "moins" sera donc perçu comme "méchant" et même fainéant.

Les facteurs de pénibilités
Résumons :
    Il est impossible d'obtenir du personnel supplémentaire.
    Les salaires ne sont pas négociables.
    Les conditions de travail sont catastrophiques.
    L'ambiance de travail est volontairement toxique

Ce qui se traduit en terme de facteurs de pénibilité par une :
  • une charge physique importante,
  • une charge mentale délétère,
    et une charge psychique intenable.

La charge physique est liée aux nombreux kilomètres parcourues, la charge de travail, les postures non naturelles ....

La charge mentale, par les nombreuses interruptions (familles, collègues, téléphone, sonnette .... ) , l'obligation de performance (ne pas se tromper dans les soins, les médocs ...), souvent la vétusté des locaux.

la charge psychique, par le climat malsain du milieu de la santé, le manque de temps avec les patients, al surveillance permanente d'une autorité, la peur de se tromper ....


Et donc parmi ces 1000 soignants qui arrivent sur le marché et qui trouvent du travail, il n'en restera pas moins de 500 au bout de 6 mois, et moins de 300 au bout d'un an.
Et le peu qui resteront tenteront d'aller à l’hôpital faute de mieux, car quand vous vous retrouver dans une impasse qui sera aussi bien professionnel, émotionnel et qui mettent à mal toutes vos valeurs, alors vous changez de métier, ou faute de mieux vous allez travailler sans aucune conviction.

Et c'est pourquoi on manquera toujours de personnels.
Et tout ça, c'est exactement ce que veulent nos dirigeants.
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Messagepar test112408 » 04 Aoû 2020 18:35

Bonsoir Créol,

Tout d'abord, je tiens à vous remercier pour cette réponse très complète et le temps que vous avez du y consacrer. Votre réponse est très instructive.

Vous avez entièrement raison, très peu de gens travaillent par vocation mais par attrait pour un secteur d'activité + qualités personnelles et professionnelles ....ou tout simplement le hasard !. (une rencontre etc, j'ai besoin d'un boucher, je te forme, contrat pro et hop :D )

En effet, si j'étais informé du pouvoir des ARS sur la gestion des lieux de soins (en matière de fixation du nombre de personnels), par contre, j'ignorais totalement que les RH/la direction n'avaient pas la main dans la gestion de leur stratégie RH....déjà que dans les autres sociétés, la plupart essaient de tirer les coûts à la baisse et embauchent des contrôleurs de gestion sociale (en matière de coûts, je parle sous votre contrôle, c'est la masse salariale qui représente la plus grosse partie des dépenses pour une entreprise), alors si dans une entreprise privée, on n'a pas la main sur sa stratégie RH afin de valoriser certains métiers stratégiques au sein d'une structure afin d'augmenter les salaires/primes etc = Catastrophe assurée.

Votre conclusion est terrifiante, et a le mérite de pointer du doigt un gros problème , je parle du nombre de départs d'Aides-soignants nouvellement formés (idem pour les IDE de ce que j'ai lu sur le site du SNPI). On se croirait dans le secteur de la GRC & ses fameux centres d'appels confrontés à un turn-over complètement dément (l'ouvrier du XXIe siècle pour reprendre une citation de Xavier NIEL, fin de la parenthèse même si on ne peut pas comparer les deux filières)

Je vous remercie pour votre réponse. Elle a eu le mérite de préciser que la dégradation des conditions de travail est liée également au système de financement des lieux de soins (on aurait pu parler de la T2A) + organisation interne des lieux de soins. (je suppose que sur le bulletin de salaire/contrat de travail de "l'AS référente", il n'est pas fait mention de son statut de cadre ? Si c'est le cas, une très belle affaire pour l'entreprise en effet, avoir un salarié qui se comporte comme un cadre sans en bénéficier des avantages, à savoir un salaire plus élevé + autres dispositifs, par exemple l'accompagnement par l'APEC de la personne si elle se retrouve au chômage et j'en passe n'étant pas un pro du droit social/de la paye :roll: )

Comment va-t-on faire pour permettre aux personnes dépendantes, aux malades, aux personnes ayant un handicap d'avoir accès à des soins de qualité si les conditions de travail des professionnels de santé, médecins et paramédicaux, continuent à se dégrader ? Je crains le pire quand je vois certains EHPAD qui recherchent des AS (mais qui accepterait de travailler dans la durée avec peu de moyens pour un salaire de misère ?)

Encore merci pour votre participation.
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Messagepar Lenalan » 05 Aoû 2020 08:08

Créol, bravo et merci de mettre autant de précision sur ce qu'on vit!

J'ai été aide-soignante en EHPAD entre 2003 et 2013, c'était déjà très compliqué (j'ai débuté l'année de la fameuse canicule), maintenant c'est pire, et ça se dégrade de jour en jour...
Je suis infirmière depuis 2016, mais je me sens déjà en bout de courses et ne sait pas quoi faire...
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Messagepar LuzaMoon » 05 Aoû 2020 09:14

Bonjour à tous,

Créol je suis souvent scotchée par vos réponses mais la encore plus, je me rend compte que je manque vraiment de connaissance du système ( et de curiosité certainement). C'est très instructif de vous lire, je vous remercie.
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Messagepar Lenalan » 05 Aoû 2020 09:29

LuzaMoon a écrit :Bonjour à tous,

Créol je suis souvent scotchée par vos réponses mais la encore plus, je me rend compte que je manque vraiment de connaissance du système ( et de curiosité certainement). C'est très instructif de vous lire, je vous remercie.


Je te rassure, c'est pareil pour moi! Mais ça aide à comprendre ce qu'on vit au quotidien.
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