SPÉCIALITÉ

Devenir infirmier anesthésiste: plus d’autonomie, de reconnaissance et de responsabilités

Publié le 02/03/2026

Qu’il s’agisse de Julie ou de Marie, elles ont toutes deux choisi de se lancer dans la formation pour devenir infirmières anesthésistes (IADE). Elles retracent leur parcours et ce qui les a menées vers cette spécialité. 

Les résultats d

Les résultats d

Diplômée d’un l’IFSI lorrain en 2020, Julie, 25 ans, intègre dans la foulée, le CHR de Thionville. Elle y travaille au sein du service des urgences durant trois années. Elle choisit ensuite d’intégrer le service de réanimation de l’hôpital d’Annecy. Depuis octobre 2025, elle est en école de formation dans la région pour devenir IADE. C’est un hôpital public de Haute-Savoie qui finance ces deux années de formation et à qui elle devra, une fois IADE, 5 années de bons et loyaux services.

Pour maximiser ses chances, le mieux est d’avoir travaillé ou été en stage dans des services techniques, aux urgences, en soins intensifs ou au bloc opératoire.

Pendant ses études en IFSI, elle a réalisé un stage en bloc opératoire et, par la suite, a toujours exercé dans des services techniques. «C’est un peu le schéma classique, explique-t-elle. Ces passages en soins intensifs et aux urgences  lui ont donné envie de devenir IADE. «Quand je travaillais aux urgences, je côtoyais des IADE du SMUR. En échangeant avec eux, je me suis aperçue qu’ils avaient vraiment beaucoup plus de connaissances théoriques et techniques, se souvient-elle. J’ai compris que l’école de formation pour devenir IADE permettait d’atteindre un niveau beaucoup plus poussé. Je pense que les IDE qui le sentent et sont intéressés d’aller plus loin, doivent côtoyer des IADE à travers leurs stages ou leur travail. C’est, en tous les cas ce qui m’a, personnellement, donné le désir d'aller plus loin dans ma pratique infirmière.»

Le concours

Devenir IADE ouvre également plus de possibilités. «On pratique davantage de soins techniques, on a plus de compétences et de connaissances. Souvent, on fait les choses de manière un peu automatique, comme on nous les a apprises, sans réfléchir. Or c’est important de comprendre pourquoi on fait tel geste à tel patient», poursuit-elle.
Mais pour prétendre au concours et pouvoir entreprendre une formation d'IADE, il faut au minimum valider deux années de travail de pratique infirmière à temps plein. Le concours, fortement basé sur les connaissances cliniques, comprend un écrit et un oral. À l’issue de la formation, on est titulaire d’un master universitaire. «Pour maximiser ses chances, le mieux est d’avoir travaillé ou été en stage dans des services techniques, aux urgences, en soins intensifs ou au bloc opératoire», conseille Julie. Même si les soins intensifs font souvent partie de la suite logique pour devenir IADE, il y a heureusement de nombreuses infirmières et nombreux infirmiers exerçant dans des services conventionnels, pour qui cela se passe très bien et qui décident de passer le concours.

L’organisation entre cours et stages

Les deux années de formation alternent périodes de stages et périodes de cours. Le planning variant en fonction de chaque école. «Les stages sont organisés de telle sorte que l’on soit passé par toutes les spécialités chirurgicales», souligne Julie. Le fonctionnement de l’école s’apparente fortement à celui d’un IFSI, avec des unités d'enseignement répertoriées en grandes catégories: biologie, pharmacologie, physiopathologie, anesthésie, etc. Un mémoire ponctue la fin du cursus. «On reprend toutes les grandes fonctions de manière plus poussée qu’à l’IFSI, avertit la future infirmière anesthésiste. On analyse aussi ce que l’on appelle "les terrains patients". Autrement dit, on se penche sur les risques et les antécédents pour chaque type de patient (patient âgé, enfant, femme enceinte). On analyse, en outre, toutes les chirurgies possibles par catégorie (anesthésies générales, locales, péridurales, etc.).»

Financer sa formation 

En règle générale les personnes qui passent le concours IADE sont bien renseignées quant à cette spécialité et savent à quoi s’attendre. Elles ont toutes connues la vie active et sont conscientes de ce que cela représente de retourner étudier pendant deux ans. «Elles ont bien sûr anticipé l’aspect financier de ces deux années, explique Julie. Les personnes qui n’ont pas réussi à se faire financer par un établissement hospitalier, doivent trouver d’autres solutions: chômage, auto-financement, bourse régionale, etc. La question se pose un peu en amont: il faut montrer un intérêt à nos cadres pour cette spécialisation et évoquer le projet à l’occasion de l’entretien annuel.»
Julie, en tout cas, se sent chanceuse car, durant ses deux années de formation, elle continue de percevoir son salaire d’infirmière, pendant que son établissement prend en charge le coût de l’école et la soutient financièrement pour le paiement des transports ainsi que pour le logement. 

J’ai tout de suite été attirée par l’autonomie dont bénéficie les IADE, par leur dextérité et le côté très technique qu’impose cette spécialité.

Toujours des possibilités d’évolution

Marie, 25 ans, diplômée d’IFSI en 2021, a enchaîné avec 4 ans de réanimation et de déchoquage à l’hôpital d’Annecy avant de préparer le concours d’IADE. «J'ai découvert la spécialité pendant l’IFSI et j’ai tout de suite été attirée par l’autonomie dont bénéficie les IADE, par leur dextérité et le côté très technique qu’impose cette spécialité, confie-t-elle. Et puis surtout par le binôme que l’on forme avec le médecin anesthésiste-réanimateur. La relation est assez privilégiée.»
À l’issu de l’IFSI, Marie a tout de suite commencé par un service qui allait la mener vers l'anesthésie: «Je le conseille parce que cela permet de dégrossir les aspects théoriques. On développe une aisance dans la prise en charge du patient intubé notamment. Même si au sein de mon école d’IADE, il y a des infirmières/infirmiers qui viennent d’horizons différents et qui n’ont jamais vu de patients intubés, je pense qu’on aborde la formation de manière un petit peu plus sereine».

Être dynamique, organisé et savoir gérer le stress

Ce qui est important, selon elle, est d’être dynamique, organisé parce que même si l’IADE s’occupe d’un patient à la fois, la situation peut malheureusement assez vite se compliquer.
À l’IFSI, les étudiants ont l’occasion de poser toutes leurs questions à des IADE qui viennent présenter leur métier. «C’est le moment idéal pour savoir si cette spécialité est faite pour nous», signale Julie.
En termes de personnalité, et d’ailleurs cela est demandé pendant le concours, il faut être capable, en tant qu’IADE de gérer un certain stress. Il faut avoir confiance en son travail et en ses connaissances parce que l'on n'a pas forcément le temps de douter. «Plus globalement, je pourrais citer des traits de personnalité assez communs aux soignants intégrés dans les services de soins intensifs de manière générale.» 

Le métier est assez valorisé, ce qui fait que l’on se sent beaucoup plus légitime. On est davantage écoutée et on travaille vraiment en binôme avec le médecin.

Conseils aux IADE en devenir

Pour la future IADE, ce n’est que du plus que de se lancer dans cette spécialité. «On gagne en qualité de travail. C’est moins intensif en termes de rythme par rapport aux services conventionnels et c’est très stimulant intellectuellement. Le métier est assez valorisé, ce qui fait que l’on se sent beaucoup plus légitime. On est davantage écoutée et on travaille vraiment en binôme avec le médecin.»
S’il demeure un doute quant au fait de se lancer dans cette spécialisation, le mieux est de demander à réaliser une journée d’observation en bloc opératoire. En principe, les cadres l’autorisent. Ce sont eux également qui présentent le projet de spécialisation à l'établissement.
 
« Quoi que l’on nous raconte, je pense que si c'est une volonté de passer le concours et de faire ces deux années d'études, il faut se lancer et ne pas écouter les discours un peu régressifs qui vont affirmer que c'est une spécialité de fin de carrière, encourage Marie. Moi je me sens à ma place et puis il y a toujours des possibilités d’évoluer, de reprendre ses études. On ne s’enferme pas en devenant IADE, au contraire.»

L’IADE au quotidien

Au quotidien, l’IADE commence toujours par vérifier sa salle de bloc, son matériel, la bonne disponibilité des médicaments. Elle examine le programme de la journée patient par patient conjointement avec l’IBODE. Puis, elle enchaîne les interventions. Sachant que le flux de patient varie selon qu’elle se trouve dans un bloc à spécialité ou dans un bloc polyvalent 
« Quand on est IADE, on accueille un patient après l’autre, contrairement aux autres infirmières/infirmiers qui s’occupent de plusieurs patients à la fois. Je trouve que c’est une prise en charge beaucoup plus qualitative. Et puis, globalement, on est très focalisée sur les risques attendus pour notre patient», note Julie
L’IADE dispose également d’une plus grande autonomie qu’une IDE "classique". Au moindre problème, cette dernière appelle immédiatement le médecin. L’IADE dispose d’un droit à la prescription de médicaments. En plus de l’autonomie, elle a également plus de responsabilités. 

Élise Kuntzelmann

Source : infirmiers.com