Cinq années d’étude sanctionnées par un Master, engagé après une expérience professionnelle obligatoire de deux ans, un niveau de responsabilité élevé et une reconnaissance en pratique avancée embarquée dans la loi infirmière de juin 2025 ; et, en face, une rémunération qui n’est pas à la hauteur des compétences et des attendus de la spécialité, surtout au regard des grilles appliquées aux corps des infirmiers en soins généraux : loin des idées reçues, les infirmiers anesthésistes (IADE) ne bénéficient finalement pas d’un salaire cohérent à leur niveau de qualification. Tel est le paradoxe qu’illustre une analyse du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (SNIA), qui note que les différentes évolutions réglementaires appliquées à la spécialité (reconnaissance du grade Master, création d’un corps spécifique au sein de la fonction publique hospitalière, compétences exclusives reconnues dans le Code de santé publique...) n’ont pas été accompagnées «d’une évolution indiciaire de même ampleur.» Trop faible, le différentiel entre les grilles d’infirmiers en soins généraux et celles des IADE ne permet pas de reconnaître réellement le niveau d’autonomie de ces derniers.
L'intégration dans le corps des IADE, une évolution peu valorisée
Et le problème prend corps dès qu’un infirmier en soin généraux intègre celui des IADE. Le décret n° 2017-984, qui définit un statut particulier pour les IADE, prévoit leur reclassement à l’échelon égal ou immédiatement supérieur à celui de son corps d’origine, avec une reprise d’ancienneté. Or, une telle démarche induit de fait «un effet structurel. La carrière acquise comme infirmier en soins généraux est largement conservée, de sorte que la spécialisation est principalement valorisée par un différentiel indiciaire relativement limité», avance le SNIA. Le dernier échelon du deuxième grade des infirmiers en soins généraux est fixé à l’indice majoré 727, soit un échelon identique au premier grade des IADE. «Le mécanisme de reclassement protège les droits acquis mais ne constitue pas un mécanisme de valorisation de la spécialisation», en conclut le syndicat. Et ces écarts se réduisent d’autant plus si l’IADE a débuté sa carrière dans le privé : la seule reprise d’ancienneté possible concerne l’expérience acquise en tant qu’infirmier anesthésiste, quand bien même il aurait longtemps exercé en soins généraux. De quoi entraîner des inégalités fortes entre professionnels exerçant les mêmes missions et avec un même degré de responsabilité.
Un écart qui n'apparaît réellement qu'en fin de carrière
Pour illustrer cette réalité, le SNIA a réalisé une simulation reposant sur 3 profils différents :
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un infirmier recruté à l’âge de 22 ans dans le corps des infirmiers en soins généraux, qui effectue l’intégrité de sa carrière
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un infirmier recruté à 22 ans dans le corps des infirmiers en soins généraux qui intègre la formation IADE au bout de 3 ans d’expérience et conserve sa rémunération en soins généraux durant ses deux années d’étude
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Et un infirmier recruté à 22 ans réalisant l’ensemble de sa carrière dans le corps des infirmiers en soins généraux, mais dont l’avancement en Grade 2 est retardé d’une année.
À l’issue de cette comparaison, qui ne prend en compte que la progression indiciaire, sans les primes, heures supplémentaires et autres bonifications particulières, le constat du SNIA est lapidaire : «l'écart indiciaire demeure longtemps limité et [il] s'inverse même à plusieurs reprises au profit d'un infirmier en soins généraux bénéficiant d'un avancement de grade précoce.» Lors d’un reclassement, un IADE bénéficie ainsi d’un indice majoré de 478, contre 468 pour un infirmier en soins généraux du même âge, soit un avantage initial de 10 points uniquement. Et lorsque ce dernier change d’échelon, il obtient même un indice majoré supérieur à celui d’un IADE qui attendrait de passer à l'échelon supérieur de son propre corps. Le différentiel n’apparaît finalement qu’en fin de carrière : quand l’IADE bénéficie d’un indice majoré de 769, un infirmier en soins généraux peut, lui, compter sur un indice de 727.
Malgré les études supplémentaires et le degré de responsabilité, «l'écart de rémunération observé avec les infirmiers en soins généraux demeure compris entre 6 % et 15 % selon les étapes de carrière», évalue ainsi le SNIA. Une aberration au regard de ce qu’il se pratique à l’international, où l’avantage salarial d’un titulaire de master ou de doctorat atteint en moyenne les 83% au sein de l’OCDE.
Comment lutter contre la perte d'attractivité de la spécialité ?
À ce moindre différentiel, s’ajoutent les difficultés de plus en plus importantes pour les étudiants IADE à financer leur formation, comme le révélait en mars dernier une enquête du Comité d’entente des écoles des infirmiers anesthésistes. Financements accordés par les établissements de santé et dispositifs de promotion professionnelle reculent, faisant de plus en plus peser le coût des études sur l’autofinancement. Or, ceux-ci peuvent atteindre 25 000 euros pour l’ensemble du cursus, estime le SNIA.
Mis bout à bout, l’ensemble de ces facteurs entraînent une perte réelle d’attractivité pour la spécialité, avec un ralentissement du renouvellement des effectifs IADE. Pour contrer de telles conséquences, le syndicat soumet plusieurs préconisations, dont une revalorisation des grilles indiciaires afin d’assurer «une traduction effective du niveau de qualification, des responsabilités exercées et de la reconnaissance statutaire acquise au cours des réformes successives.» Historiquement, rappelle-t-il, il revendique un différentiel de 100 points d’indice mensuel entre les grilles IADE et celles des infirmiers en soins généraux. Il propose également de mettre en place un mécanisme de bonification d’ancienneté au reclassement lorsqu’un infirmier intègre le corps des IADE, et de sécuriser le financement de la formation en développant des dispositifs spécifiques au cursus sur l’ensemble du territoire. «Au-delà de la situation des infirmiers anesthésistes, c'est la capacité du système de santé à former, recruter et fidéliser les professionnels indispensables à la sécurité de la prise en charge anesthésique qui est en jeu», conclut-il.
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