SPÉCIALITÉ INFIRMIÈRE

Infirmière puéricultrice: «J’ai tellement adoré que je ne me voyais pas travailler ailleurs!»

Publié le 17/04/2026

Camille, 26 ans est infirmière puéricultrice. Elle vit en Haute-Savoie. Depuis qu’elle est diplômée de l’école de puériculture, elle travaille en réanimation néonatale. Le témoignage qu’elle livre raconte un quotidien riche et varié, loin des missions répétitives.

Puériculture

Crédit photo : Pixabay

« J’ai intégré l’IFSI dans l’optique de devenir puéricultrice, raconte Camille. J’ai su assez tôt que je voulais travailler avec les enfants. J'ai réalisé plusieurs stages avec les tout-petits en réanimation néonatale, en crèche, en PMI, en pédiatrie et je trouve que c'est une spécialité qui a toute son importance. On est conscient aujourd’hui de l’aspect crucial des 1000 premiers jours de vie. Malheureusement, à l’IFSI, on survole ces notions. Je n’ai eu qu’un cours de pédiatrie sur les paramètres vitaux. C'est vous dire à quel point c'est limité.»

J’ai eu la sensation de faire trois ans d'école d'infirmière en une année tellement c’était intense. Mais le parcours est heureusement si enrichissant que je le referais s'il fallait.

Camille a été diplômée d’un IFSI de Haute-Savoie en 2021. Son diplôme en poche, elle a intégré l'institut de formation de puériculture Rockefeller à Lyon. Pour se lancer dans cette spécialité, il n’est pas obligatoire d’avoir travaillé dans un hôpital. «La formation s’échelonne sur une année mais des bruits courent selon lesquels elle devrait passer sur deux ans. Ceci pour obtenir un niveau master à l’instar des autres spécialités, précise Camille. Je pense qu’il serait plus judicieux, en effet, que la formation dure deux ans. Je pense notamment aux cas des infirmières déjà en activité, qui ont peut-être une vie de famille. Un an, cela peut être un peu dense.»

D’autant que l’année en école de puéricultrice donne l’occasion d’aborder toutes les pathologies de l'enfant sain à l'enfant malade (voir encadré) en passant par le grand prématuré. L’année compte cinq stages d’un mois. Il y a aussi un mémoire à rendre... «J’ai eu la sensation de faire trois ans d'école d'infirmière en une année tellement c’était intense. Mais le parcours est heureusement si enrichissant que je le referais s'il fallait. Et je le referais de la même manière, c’est-à-dire directement après l’IFSI.»

Enfant sain/enfant malade, des prises en charge différenciées

Globalement, les missions puéricultrices sont regroupées en deux catégories: celles portant sur l'enfant malade et celles portant sur l'enfant sain. Pour l'enfant sain, cela concerne les infirmiers puériculteurs qui travaillent en PMI. Ces derniers ont des missions très diverses allant de la protection de l'enfance, au bilan de santé en école, aux visites à domicile ou à l’hôpital, notamment pour les grands prématurés. Ils font des permanences pour accompagner les parents, leur donner des conseils pour l'alimentation ou encore l'allaitement. Ils effectuent également des consultations en binôme avec des médecins pour des parents qui ne trouvent pas de pédiatres. Dans certaines régions, qui souffrent d’une pénurie de pédiatres de ville, les familles se replient très souvent sur les PMI pour faire vacciner leur bébé. 
En crèche, les infirmiers puériculteurs ont systématiquement un poste de direction. Selon leur contrat ou le type de structures, ils peuvent également être sur le terrain pour s’occuper des bébés, accompagner les équipes dans la compréhension du développement psychomoteur de l'enfant, pour les allergies, l'alimentation, les activités à mettre en place dans la crèche, etc. Mais leur rôle principal reste celui de directeur.
En ce qui concerne les enfants malades, il existe une multitude de possibilités d'exercer dans les mêmes champs mais de façon plus spécifique.

Travailler à l’hôpital avant ou pas

Camille se rappelle s’être souvent posé la question de savoir si elle souhaitait ou non travailler à l’hôpital avant de passer le concours d’entrée à l’école de puériculture. Dans sa promotion, ils étaient une centaine d’étudiants. La moitié d’entre eux avait déjà une expérience en pédiatrie, en néonatologie, en crèche, en PMI et l’autre moitié était composée de jeunes diplômés sans expérience professionnelle, mis à part les stages à l’IFSI. «Je ne regrette pas du tout d'avoir enchaîné directement après l’IFSI. Je pensais qu’une fois que j'aurais commencé à travailler cela serait plus compliqué de retourner sur les bancs de l'école, confie-t-elle. Et puis il n’y a pas forcément besoin d’avoir une expérience professionnelle. C'est même assez positif d'arriver "fraîchement" à l'école et d'apporter une vision différente des étudiants qui en ont déjà une. Les groupes de travail sont assez équilibrés et les échanges sont intéressants.»

À l’école de puer, on nous voit davantage comme des partenaires, des professionnels, des collègues que comme des étudiants.

Une formation très professionnalisante

Camille dit également avoir apprécié la posture professionnelle adoptée à l’école de puériculture: «Les encadrants s’adressent vraiment à nous comme à des professionnels que nous sommes déjà puisque nous sommes déjà diplômés IDE. Je ne me suis pas sentie étudiante durant cette année même si nous avions de nombreuses heures de cours.»
Pendant la partie «stages», Camille s’est retrouvée dans des services de pédiatrie où elle était la seule étudiante puéricultrice: «Il n’y avait pas du tout de puéricultrice pour m'encadrer. Je me souviens avoir donné des conseils à des professionnels qui travaillaient déjà depuis un certain nombre d'années. Ceci parce que leur pratique n’était ni vraiment à jour, ni adaptée aux tout-petits. En bref, à l’école de puer, on nous voit davantage comme des partenaires, des professionnels, des collègues que comme des étudiants.»

Après l’école de puériculture

«Quand je suis entrée à l'école de puériculture, je n’avais pas pour but de travailler en réanimation néonatale. Cela me faisait presque peur de travailler avec des enfants si malades. Je me voyais plutôt en crèche ou en PMI. Au moment où l’on nous a demandé de choisir nos stages, j’ai tout de même eu envie d’aller voir comment cela se passait du côté des soins intensifs. Finalement, j’ai tellement adoré que je ne me voyais pas travailler ailleurs», se remémore-t-elle.
À la sortie de l’école, Camille a ainsi intégré le service de réanimation néonatale du CHMS à Chambéry. Elle y est restée trois ans avant, très récemment, d’aller travailler sur un poste identique en Suisse, de l’autre côté de la frontière.

Soins de développement : des techniques à apprendre

Que l'on soit infirmier "généraliste" ou spécialisé en puériculture, la partie dédiée aux soins techniques s'apprend. Qu’il s’agisse d’aspirer un enfant ou de poser un cathéter sur un bébé de 500 grammes, cela s’acquiert. En revanche, là où la spécialité revêt toute son importance, c'est dans l'accompagnement des familles dans la mise en place des soins de développement pour les tout-petits. 
Ainsi, en ce qui concerne par exemple les prématurés, si les soins de développement ne sont pas adaptés, des pathologies telles que l'autisme ou les TDHA, peuvent être aggravées. « L’école de puer nous apprend à accompagner l'allaitement, à accompagner les parents et le bébé vers le retour à la maison et aussi parfois vers la mort. Cela me paraît important d'en parler parce que les soins palliatifs existent malheureusement aussi en pédiatrie, tient à exprimer Camille. Cela reste encore un sujet tabou parce que dans notre vision, un enfant ne devrait pas mourir. À Chambéry, nous comptions tout de même une cinquantaine de décès par année, soit quasiment un décès par semaine. Dans les bonnes nouvelles, il faut souligner que, désormais, on est capable de réanimer des très grands prématurés, parfois avant six mois de grossesse. Tout cela fait partie de notre travail.» 

Un parcours qui se prépare

Quand elle est entrée à l’IFSI, Camille a rapidement exprimé à son référent de première année son désir de faire un stage en néonatologie. L'école de puériculture s’intègre sur concours (dossier ou épreuve écrite et oral), donc en sortie d’IFSI, si la personne n’a jamais fait de stage en pédiatrie, c'est un peu compliqué de motiver son envie de se spécialiser en puériculture. «C'est un monde tellement à part, livre Camille. Ce n’est pas tous les jours tout beau tout rose. On ne prend pas en soin des mini adultes mais bien des enfants avec des besoins complètement différents, des attentes différentes. Nous avons un rôle vraiment primordial dans la santé de l'enfant en tant que puéricultrice. De notre travail dépend le bon développement de l’enfant. Nous sommes là aussi pour repérer des situations à risque pour l'enfant et pour sa famille».

Quelle formation pour devenir puéricultrice/puériculteur?

Le diplôme d’État de puéricultrice/puériculteur se prépare dans des écoles spécialisées accessibles sur concours. Il permet d’atteindre un niveau Bac +4. Pour s'y inscrire, il faut être titulaire:
-du diplôme d’Etat d’infirmier (bac +3) ou de sage-femme (bac +4) ;
-ou d'une attestation d'inscription en dernière année d'études conduisant à l'un de ces diplômes.
Généralement d'une durée d'un an, la formation alterne enseignement théorique et stages pratiques.
Pour en savoir plus: https://solidarites.gouv.fr/infirmier-puericulteur-ip

En réanimation, il faut un ratio d’une infirmière pour deux bébés, en soins intensifs, d’une infirmière pour trois bébés et en néonatologie une infirmière pour six bébés.

Au quotidien autour des besoins vitaux de l’enfant

Les journées de Camille s’articulent autour des besoins vitaux de l’enfant et de l'accompagnement des parents. «Ce qui est très particulier avec les bébés en néonatologie, à la différence de la pédiatrie, c'est que les parents deviennent parents au moment où leur enfant est hospitalisé. D’une certaine façon, nous les accompagnons dans la rencontre avec leur bébé. Ce sont des moments assez forts. La néonat est un monde très particulier, répète-t-elle. Les enfants ont tellement à nous apporter. Je ne referai jamais machine arrière pour travailler chez l'adulte. C'est plus doux en pédiatrie. Et puis on dispose de plus de moyens financiers. On doit être un nombre de soignants minimum pour un nombre de bébés. En réanimation, il faut un ratio d’une infirmière pour deux bébés, en soins intensifs, d’une infirmière pour trois bébés et en néonatologie une infirmière pour six bébés.»

Ne pas s’enfermer dans la spécialité

Mais il ne s’agit pas d’une spécialisation obligatoire pour travailler en pédiatrie. D’autant qu’avec le manque d’infirmières, les établissements recrutent également des infirmiers qui ne sont pas spécialisés. Pour Camille, se spécialiser en puériculture, ne signifie pas que l’on s’enferme. Il est tout à fait possible de travailler chez l'adulte. «J'ai des collègues qui font les deux. Le hic c’est simplement que l’hôpital les indexe sur la grille salariale des infirmiers non spécialisés. Je le rappelle: les infirmiers puériculteurs peuvent travailler en pédiatrie, en HAD, en réanimation néonatale, en réanimation pédiatrique, en oncologie pédiatrique. On peut être cadre de santé, on peut faire du SMUR pédiatrique, etc. Tout est possible.»

Elise Kuntzelmann

Source : infirmiers.com