ÉDUCATION / ÉCOLE

Fusillade au collège d'Aubagne : le SNICS-FSU dénonce "la surenchère sécuritaire", réponse inadaptée

Publié le 13/10/2026

Un adolescent de 14 ans a ouvert le feu au fusil de chasse lundi 12 octobre dans son collège d'Aubagne (Bouches-du-Rhône), blessant le principal de l'établissement et une enseignante avant d'être désarmé. Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé mardi se saisir de l'enquête alors que l'auteur présumé pourrait adhérer à la mouvance True Crime Community, glorifiant les tueries de masse. Face au débat (relancé) autour de la sécurisation des établissements, le SNICS-FSU, syndicat des infirmier.es de l’Éducation nationale, rappelle que la prévention reste la meilleure réponse à ces événements. 

Fusillade Aubagne 12 octobre 2026

Une équipe de déminage est déployée au collège Joseph-Lakanal avant l'arrivée du ministre français de l'Intérieur et du ministre de l'Éducation, après qu'un principal a été blessé par un tir de fusil de chasse et qu'un adolescent a été arrêté à Aubagne.
Crédit photo : MIGUEL MEDINA / AFP

L'attaque s'est produite aux alentours de 09h25 dans l'enceinte du collège Lakanal de la ville d'Aubagne (sud), située à proximité de Marseille, deuxième ville du pays. Un collégien a ouvert le feu au fusil de chasse dans l'établissement, blessant le principal ainsi qu'une enseignante avant d'être désarmé (par le conseiller principal d’éducation) et interpellé. Le pronostic vital des victimes n'est pas engagé, ont assuré les autorités. 

Depuis, le père et la mère de l'adolescent qui a ouvert le feu ont été placés en garde à vue «pour essayer de comprendre comment ce jeune s'est retrouvé en possession de cette arme», a indiqué le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui s'est rendu sur place avec son homologue de l'Education, Edouard Geffray. 

Le parquet antiterroriste se saisit de l'enquête

Le parquet national antiterroriste (Pnat) a annoncé mardi 13 octobre se saisir de l'enquête alors que l'adolescent auteur présumé pourrait adhérer à la mouvance True Crime Community, glorifiant les tueries de masse.

L'enquête est ouverte pour «tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, association de malfaiteurs terroriste en vue de crimes contre les personnes et infractions à la législation sur les armes, en relation avec une entreprise terroriste», précise le Pnat dans son communiqué.

Les premières investigations réalisées, «notamment l'exploitation des supports numériques du mineur, mettent en évidence la probable adhésion à la mouvance True Crime Community (TCC) ainsi que l'inscription de l'action criminelle intervenue au sein de son établissement scolaire dans cette idéologie», développe le Pnat. La TCC est «un écosystème de communautés numériques qui glorifie les auteurs de tuerie de masse et incite, dans certaines formes, au recours à la violence extrême», précise ce parquet.

"Surenchère sécuritaire" 

Le SNICS-FSU rappelle à son tour dans un communiqué publié au lendemain de ces événements que la prévention doit prendre le pas sur «la surenchère sécuritaire» alors que dans la soirée de lundi, le débat sur les portiques de sécurité à l'école était relancé. Martine Vassal, la présidente (divers droite / LR) du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, cité par le journal Le Parisien a notamment relancé cette proposition. 

«La communauté éducative doit pouvoir se reconstruire à son rythme, sans subir la pression de réponses immédiates dictées par l’émotion», souligne le syndicat des infirmier.es de l’Éducation nationale pour qui les portiques «ne sont pas une réponse globale aux violences». 

Prévenir les violences, c’est aussi renforcer la vie scolaire, l’accompagnement social et éducatif, soutenir les familles et offrir aux jeunes des perspectives d’insertion sociale et professionnelle. C’est agir en amont, plutôt que de se limiter à contrôler les entrées

"Aucune preuve scientifique" 

«Aucune preuve scientifique robuste ne permet aujourd’hui d’affirmer que la généralisation des portiques réduit les violences scolaires ou améliore effectivement la sécurité des élèves et des étudiant·es. Ces dispositifs ne préviennent ni le harcèlement, ni les agressions, ni les violences qui surviennent aux abords des établissements. Ils ne peuvent pas non plus empêcher l’introduction d’armes par d’autres accès que l’entrée principale».

Pour rappel, le 10 juin 2025, une assistante d'éducation au collège Françoise-Dolto de Nogent, (Haute-Marne), a été frappée de sept coups de couteau devant son établissement par un élève. Les faits s'étaient déroulés devant de nombreux témoins, lors d'un contrôle inopiné des sacs des élèves par des gendarmes devant le collège, précisément destiné à détecter d'éventuelles armes blanches.

La généralisation de portiques soulevant également «des questions de coût, d’organisation, de droits des élèves et de sécurité des bâtiments», le SNICS-FSU demande «une évaluation rigoureuse de leur efficacité réelle et de leurs conséquences», avant d’engager «plusieurs milliards d’euros».

Investir dans la jeunesse et renforcer la politique éducative 

Plutôt que d’engager plusieurs milliards d’euros sur dix ans dans un dispositif dont l’efficacité reste à démontrer, le SNICS-FSU demande «un investissement massif dans les moyens humains et éducatifs, avec notamment le recrutement massif d’ infirmier·es de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur». 

«Les infirmier·es accueillent la parole des jeunes, repèrent les situations de souffrance, préviennent les ruptures, accompagnent les élèves et contribuent à construire une communauté scolaire plus inclusive et attentive à chacun·e». Et le syndicat de rappeler que 15 000 infirmiers manquent encore à l'appel pour répondre aux demandes et «avoir le temps nécessaire pour exercer leurs missions». 

"Tous les jeunes, sans exception"

Dans un cas comme celui d'Aubagne, avec une supposée radicalisation de l'adolescent (alors que l'auteur présumé pourrait adhérer à la mouvance True Crime Community, glorifiant les tueries de masse), et des faits très graves, est-ce que cela suffit ? «Les infirmières de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur ont pour rôle d’accueillir la parole de tous les jeunes, sans jugement, dans un cadre de confiance et de confidentialité, rappelle Violaine Mengin, Secrétaire générale adjointe du SNICS-FSU. Cette écoute constitue justement un levier essentiel pour prévenir les processus de radicalisation, repérer les situations de vulnérabilité et accompagner chaque jeune au mieux. Tous les jeunes, sans exception. Il existe d’ailleurs également des infirmières exerçant en milieu pénitentiaire».

«Effectivement, l’écoute ne suffit pas toujours. Notre rôle consiste aussi à évaluer les besoins des jeunes, à les accompagner et à les orienter, lorsque cela est nécessaire, vers les professionnels et les dispositifs les plus adaptés à leur situation. C’est toute l’importance du travail en équipe pluriprofessionnelle dans et à l'extérieur de l'école. C’est aussi tout le sens de nos missions en matière de protection de l’enfance : repérer les situations préoccupantes, accompagner les élèves et, lorsque cela est nécessaire, transmettre des informations préoccupantes ou effectuer des signalements afin d’alerter les autorités compétentes et de permettre une intervention protectrice».

«Prévenir les violences, c’est aussi renforcer la vie scolaire, l’accompagnement social et éducatif, soutenir les familles et offrir aux jeunes des perspectives d’insertion sociale et professionnelle. C’est agir en amont, plutôt que de se limiter à contrôler les entrées». Le SNICS-FSU appelle le ministère «à faire le choix d’une politique durable de santé à l’École et de prévention, fondée sur des données probantes et des moyens humains à la hauteur des besoins des élèves et des personnels».

 

La Rédaction d'Infirmiers.com avec l'AFP

Source : infirmiers.com