La question est d'une brûlante actualité alors que les Français seront appelés à élire leur prochain président les 18 avril et 2 mai prochains. Dans les rangs infirmiers, du côté des libéraux comme des salariés, les attentes des infirmiers reposent sur une trame commune : l’application de la loi et des promesses effectuées de longue date à la profession. Des attentes d’autant plus justifiées que les mesures visent avant tout à favoriser l’accès aux soins, l’une des priorités des Français. « Les territoires se sentent abandonnés et peuvent faire le pas de voter à l’extrême », rappelle Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI). Le syndicat est d’ailleurs en train d’élaborer une plateforme dédiée pour présenter ses attentes, tout comme le Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil) ou encore le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI).
Agir sur l’attractivité du métier
Les libéraux et les salariés se rejoignent donc pour réclamer des mesures visant à agir sur l’attractivité du métier. Pour les libéraux, la FNI souhaite une réduction de la charge administrative qui pèse sur les professionnels et une gestion du risque opéré par l’Assurance maladie qui soit moins « à charge », « car certains infirmiers sont excédés de coter des actes en se sentant dans une insécurité administrative permanente », indique Daniel Guillerm. La FNI réclame également la mise en place d’un service de santé au travail pour les professionnels libéraux.
De son côté, le Sniil plaide pour l’instauration d’une obligation de formation avant toute installation en libéral, une façon d’agir sur la qualité de vie au travail et l’attractivité de la profession. « Une formation permettrait aux infirmiers de s’installer en ayant de meilleures connaissances de l’écosystème et des acteurs du territoire, une vision du soin qui ne soit pas concentrée sur les actes infirmiers et en étant au fait des contraintes et des garanties liées à notre convention », soutient John Pinte.
Agir sur les ratios dans les services
Pour le SNPI, l’une des façons d’agir sur l’attractivité du métier serait d'appliquer « enfin » la loi du 29 janvier 2025 relative à l'instauration d'un nombre minimum de soignants par patient hospitalisé, promulguée pour garantir la sécurité et la qualité des soins dans les hôpitaux. D’après les données internationales, les infirmiers français prennent en charge deux fois plus de patients que dans les autres pays d’Europe notamment. « La charge de travail des infirmiers a doublé en 15 ans alors même que les patients pris en charge sont de plus en plus lourds, souligne Thierry Amouroux, le porte-parole du SNPI. Les infirmiers, épuisés, souhaiteraient disposer de plus de temps pour l’écoute de leurs patients et pour des actions d’éducation thérapeutique. » Cette situation conduit à une usure prématurée des soignants, qui a des conséquences « terribles » pour les patients car elle peut entraîner une aggravation de leur état de santé, des hospitalisations plus longues, des réhospitalisations et parfois des décès.
L’amélioration du niveau de vie des soignants
Autre priorité : la revalorisation salariale des infirmiers, « car il s’agit du deuxième critère de désaffection des soignants dans la fonction publique », rappelle Thierry Amouroux avant de préciser que « les infirmiers français sont sous-payés par rapport aux autres pays de l’Union européenne ». Depuis 2010, dans la fonction publique, l’indice du point n’a augmenté que de 6 % tandis que l’indice officiel des prix a augmenté de 28 %. Cela entraîne une perte importante du pouvoir d’achat des infirmiers et explique en partie le turn over au sein de la profession.
La FNI défend également des mesures pour améliorer le niveau de vie des infirmiers libéraux, notamment la mise en place d’un « stabilisateur économique carburant ». « Concernant les déplacements des infirmiers, notre objectif serait d’instaurer, dans le champ conventionnel, une indexation sur les prix remboursés par l’Assurance maladie afin d’amortir les à-coups du tarif du carburant », indique Daniel Guillerm. Le Sniil aussi attend des mesures en lien avec la mobilité, et notamment un accompagnement des libéraux à l’achat de véhicules électriques.
Permettre la pleine expression des compétences
Un autre axe de travail consiste à permettre aux infirmiers d’exercer l’intégralité de leurs compétences car « certes, la loi leur en attribue de nouvelles, mais pour autant la mise en œuvre tarde, regrette Thierry Amouroux. Dans le public comme dans le privé, aucune consultation infirmière n’a été mise en place. L’initiative doit venir des directions des soins, en réponse aux besoins du territoire ». Une situation qui joue sur la perte de sens du métier.
Un avis partagé par les libéraux. Ainsi, le Sniil souhaiterait que l’accès direct aux infirmiers soit enfin élargi comme le prévoient les textes, notamment dans le domaine de la dépendance et de l’autonomie. « Notre avenant nous permet d’évaluer les patients avec le Bilan de soins infirmiers (BSI), nous voudrions pouvoir le développer dans d’autres domaines, soutient John Pinte. Notre raisonnement est identique avec les consultations infirmières. Pourquoi ne pas en créer une dans le domaine de la perte d’autonomie ? Nous disposons d’outils qui nous permettent d’effectuer des évaluations, sans que cela débouche nécessairement sur des soins infirmiers. »
Pour la FNI, il serait également pertinent de déployer la consultation infirmière en santé mentale, un sujet d’ailleurs connexe à l’attractivité du métier « car si les patients ne sont pas correctement pris en charge, cela génère de l’insécurité chez les soignants, notamment chez les infirmiers libéraux qui sont les plus exposés », rappelle Daniel Guillerm avant de conclure : « Nous voulons sortir de l’incantation et amener de l’opérationnel en plaçant l’infirmier au cœur de la détection précoce, de la prévention et de l’orientation. »
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