Violences envers les enfants : un guide pour mieux repérer

Publié le 15/10/2026

Protéger, prévenir, accompagner : face aux violences faites aux enfants, la Haute-commissaire à l'Enfance, Sarah El Haïry, a annoncé jeudi 15 octobre la diffusion d'un guide à destination des professionnels de l'enfance pour repérer les premiers indices et accueillir la parole lorsqu'elle se libère.

enfants école

Enfants dans une salle de classe.
Crédit photo : BURGER / PHANIE

«En tant que professionnels, vous êtes en première ligne», a rappelé Sarah El Haïry sur Sud Radio. Or il est difficile pour le professionnel de l'enfance confronté à «des faits d’une extrême gravité», d'«adopter une posture d’écoute, de calme, de non-jugement et de non culpabilisation, tout en sachant vers qui se tourner pour alerter et protéger», souligne la Haute-commissaire à l'Enfance.

Le document sera distribué aux professionnels de l'éducation, de la santé, du sport ou de l'animation qui sont invités à prêter attention à un faisceau d'indices comportementaux, physiques ou scolaires.

Des signaux d'alerte

En complément, «un module de formation gratuit, de 6 h et libre d'accès» sera disponible sur le site du ministère de la Santé, «parce que nous avons besoin que tout le monde ouvre les yeux sur les drames que peuvent connaître nos enfants», a-t-elle ajouté. Parmi les signaux d'alerte, en plus des blessures récurrentes qui peuvent accompagner la violence physique, figurent notamment un isolement soudain, une tristesse persistante, une anxiété excessive ou encore des troubles du sommeil. Dans le cadre scolaire, les professionnels sont encouragés à rester vigilants face à l'absentéisme, à une chute brutale des résultats, à des difficultés de concentration ou à un désengagement soudain des activités.

Le guide s'attelle par ailleurs à former les professionnels à l'accueil de la parole de l'enfant lorsque ce dernier évoque spontanément des violences.

Quelle attitude avoir face à une révélation ? 

Face à une révélation, la bonne attitude consiste à adopter une écoute active, à rester calme, à laisser l'enfant s'exprimer sans l'interrompre et à valoriser sa démarche en lui indiquant qu'il a bien fait de parler. Il est également recommandé de rappeler à l'enfant qu'il n'est jamais responsable des violences subies.

«Des questions nombreuses, suggestives ou insistantes peuvent fragiliser et influencer le récit», prévient le document, qui demande aux adultes d'«écouter sans interroger, de conserver autant que possible les mots employés par l’enfant et de transmettre la situation aux interlocuteurs compétents», que sont les magistrats, juges, policiers et gendarmes.

Le guide précise qu'il est important que les questions restent ouvertes et neutres, comme : «Peux-tu me raconter ce qui s'est passé ?» plutôt que : «Est-ce que ton père t'a fait ça ?», qui oriente la réponse.

Enfin, la transmission d'une information préoccupante est primordiale, et peut se faire en appelant notamment le 119, le numéro national d’urgence dédié à la protection des enfants. En 2024, les écoutants du 119 ont traité un total de 40 709 sollicitations, soit environ 111 sollicitations par jour, rappelle le Haut-commissariat à l'Enfance.

Le point de vue de Gwenaelle Durand, Secrétaire Générale, SNIES-UNSA Éducation

Nous accueillons ce guide avec satisfaction. Sa posture, écouter sans interroger, garder les mots de l'enfant, lui dire qu'il a bien fait de parler et qu'il n'est jamais responsable, est celle des infirmières de l'Éducation nationale depuis toujours. Qu'elle soit écrite noir sur blanc et partagée avec tous les adultes qui entourent les enfants, à l'école, au club de sport, au centre de loisirs, est une bonne chose : un enfant ne choisit pas à qui il se confie, et chaque adulte doit savoir quoi faire de cette confiance.
 

Mais entendre n'est que le début. Après la parole, il faut quelqu'un qui prenne l'enfant en charge, qui le revoie, qui le soigne, qui l'accompagne jusqu'à ce qu'il soit en sécurité, et qui sache vers qui se tourner. À l'école, cet adulte existe : c'est l'infirmière, tenue au secret professionnel, formée à entendre et à mesurer l'urgence.

Encore faut-il qu'elle soit là. Nous sommes un peu plus de huit mille pour douze millions d'élèves, et trop d'infirmeries sont fermées faute de personnel. Un guide, aussi bon soit-il, ne remplace pas une porte ouverte.

 

Ce guide arrive au bon moment : dans quelques semaines, tous les élèves seront invités à dire s'ils ont subi des violences, et ce sont les professionnels de santé de l'école qui recevront leur réponse. Nous demandons que la formation soit prise sur le temps de travail, que les personnels ne restent pas seuls avec ce qu'ils auront entendu, et que l'après soit organisé avec la protection de l'enfance. Les lycéens l'ont dit eux-mêmes ces dernières semaines : « Pas d'infirmière, c'est la misère. »

 

La Rédaction d'Infirmiers.com avec l'AFP

Source : infirmiers.com