La décennie qui vient de s’écouler n’a pas été de tout repos pour la communauté soignante. Les effets conjugués de la pandémie de Covid-19, de la perte de sens du travail, de la forte pression exercée par la montée des maladies chroniques et du vieillissement de la population, sans compter le gel des salaires, ont provoqué une baisse significative du nombre de soignants exerçant à l’hôpital.
Attractivité, fidélisation et amélioration des conditions de travail
Cette crise a touché l’ensemble des établissements de santé, en particulier les grands CHU qui ont dû réduire leurs volumes d’activité et fermer des lits. C’est dans ce contexte que l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) a lancé, en décembre 2022, son plan «30 leviers pour agir ensemble», destiné à enrayer cet exode soignant en actionnant trois leviers d’actions en faveur de l’attractivité, la fidélisation et l’amélioration des conditions de travail des professionnels. Autant de domaines qui font partie intégrante des missions des cadres de santé, qui ont donc été en première ligne pour mettre en œuvre ce plan.
Contrats d’allocation d’études, tutorat et logements dédiés
Sur le champ de l’attractivité, l’AP-HP a notamment favorisé le développement des contrats d’allocation d’études, en contrepartie d’un engagement de servir, et la visibilité des offres de stage en mettant en ligne une plateforme de candidature. Les cadres de santé ont, pour répondre à ce besoin, déployé des parcours d’intégration et de professionnalisation du tutorat, sanctionnés par le label «Service apprenant», qui reconnaît les équipes qui particulièrement engagées dans la formation des professionnels. Dans le même temps, l’AP-HP a doublé les attributions de logements aux professionnels, qui sont passés de 600 en 2022 à plus de 1 200 par an depuis 2024, dont 500 logements sociaux, 500 logements à loyer modéré pour les métiers en tension et plus de 200 studios pour les jeunes professionnels.
Nouveaux horaires de travail, recentrage sur les cœurs de métiers et perspectives de carrières
Ensuite, pour fidéliser les personnels soignants, les managers se sont mobilisés pour mettre en place de nouveaux horaires, avec notamment le développement de plages de travail en 12 heures, permettant de travailler trois jours par semaine. Ils ont, dans un même temps, bénéficié d’actions institutionnelles de création de postes logistiques, administratifs, techniques ou informatiques pour redonner du temps aux soignants afin qu’ils se consacrent à leur cœur de métier. L’AP-HP a également favorisé les perspectives de carrière, avec 600 promotions annuelles en 2023-2024 et plus de 500 en 2025, ainsi que 350 alternants accueillis sur 25 métiers prioritaires en 2025-2026.
Espaces de dialogue sur le travail et intelligence collective
Enfin, sur le plan du renforcement de la cohésion au sein des équipes, les cadres de l’AP-HP ont pu déployer des espaces de dialogue sur le travail pour inciter à la prise de parole de tous et favoriser l’intelligence collective. Ils ont ainsi pu animer des échanges sur les problèmes du quotidien et gérer un dispositif de recueil de signalements des situations de violences, de harcèlement ou de comportements inappropriés. C’est ainsi que le baromètre interne annuel, qui recueille l’avis des professionnels sur leur quotidien au travail, a vu son taux de participation passer de 22 % à 41 % entre 2023 et 2025, conduisant à la mise en œuvre d'actions concrètes pour une meilleure qualité de vie au travail.
Un redressement structurel et financier auquel les cadres de santé ont largement contribué
L’AP-HP vient de publier un premier bilan de ce plan «30 leviers pour agir ensemble». Alors qu’au premier semestre 2023, cette institution avait perdu 12% de ses effectifs infirmiers par rapport à 2019, elle est aujourd’hui en passe de rétablir la situation. Elle prévoit même de dépasser ce niveau d’ici l’été 2026 grâce à une forte augmentation des recrutements et à une diminution significative des départs de 30% entre 2022 et 2025. Cette évolution a permis de rouvrir 1 000 lits, dont près de 300 en médecine, 100 en soins aigus pour les personnes âgées, 30 en soins critiques pour les adultes et 170 en pédiatrie, et d’opérer, en 2025, un redressement financier notable, avec une réduction de 77 M€ du déficit en 2025 par rapport à 2024.
Une situation à laquelle, sans conteste, les personnels d’encadrement ont contribué fortement, tout particulièrement via des actions d’attractivité et de fidélisation des soignants.