SCIENCES SOCIALES

Les deux visages de la routine organisationnelle

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Publié le 09/09/2026

Dans notre suite d’articles sur les théories des organisations, nous traitons ici de la routine organisationnelle comme source de changement. Des recherches suggèrent qu’un aspect performatif maintient et modifie l’aspect ostensif de la routine. Il s’agit ainsi de comprendre le lien existant entre stabilité et changement.

cadre de santé à son bureau, masque

Crédit photo : BURGER / PHANIE

Les sciences sociales comportent parfois des concepts et notions qui vont à l’encontre du sens commun. C’est ainsi qu’un article de Martha Feldman et Brian Pentland nous entraine dans les méandres de la routine organisationnelle.

La routine organisationnelle comme source de changement

Dans cet article, les auteurs battent en brèche le consensus traditionnel selon lequel les routines organisationnelles engendrent de l'inertie au sein des organisations, affirmant au contraire qu’elles sont également source de créativité. Ils se basent sur les recherches de Bruno Latour qui a théorisé les dimensions ostensive et performative de la routine organisationnelle, expliquant pourquoi les routines sont tout autant une source de changement que de stabilité.

L'aspect ostensif d'une routine incarne ce que l'on considère généralement comme la structure. Il correspond à la forme idéale ou schématique d'une routine. Il s'agit de l'idée abstraite et généralisée de la routine, ou de la routine « en principe ». La littérature s'accorde largement pour définir les routines organisationnelles comme des schémas répétitifs et identifiables d'actions interdépendantes, accomplies par une pluralité d'acteurs.

Un aspect performatif qui modifie l’aspect ostensif de la routine

L'aspect performatif englobe les actions concrètes réalisées par des sujets spécialisés dans des lieux et à des moments précis, qui donnent vie à la routine. L’aspect ostensif permet ainsi aux acteurs de guider, de justifier et de faire référence à des réalisations spécifiques de la routine, tandis que l'aspect performatif crée, maintient et modifie l'aspect ostensif de celle-ci. C’est ainsi que l'interaction entre ces deux aspects « offre une opportunité constante de variation, de sélection et de rétention de nouvelles pratiques et modalités d'action au sein des routines, permettant ainsi à ces dernières de générer une vaste gamme de résultats, allant d'une stabilité apparente à des changements considérables ».

Les routines peuvent donc être à la fois sources d'inertie et de rigidité, mais aussi des leviers importants de flexibilité et de changement. Les auteurs font ici la distinction entre ce qu’ils nomment les « méta-routines », illustrées par exemple par les processus d’amélioration continue ou de gestion de la qualité, et « la capacité intrinsèque de toute routine organisationnelle à engendrer du changement, par le simple fait de sa mise en œuvre continue ».

Comprendre le lien existant entre stabilité et changement

Les auteurs ne discutent pas les définitions classiques existantes de la routine mais proposent une nouvelle interprétation qui repose sur l'idée que les routines, à l'instar d'autres phénomènes sociaux, incarnent une dualité entre structure et action. Une routine organisationnelle se compose de deux volets interdépendants. L'un incarne l'idée abstraite de la routine (la structure), tandis que l'autre réside dans la mise en œuvre effective de cette routine par des acteurs spécifiques, à des moments et dans des lieux donnés (l'agentivité). Il existe ainsi des interactions entre ces deux aspects qui donneraient aux routines organisationnelles, selon les auteurs, un fort potentiel de changement.

Ils observent d’autre part que les routines organisationnelles sont répétitives mais pas pour autant figées ou immuables, la littérature apportant la preuve empirique de l'existence de changements et de variabilité au sein de ces routines. Ils essaient donc d’apporter une conceptualisation des routines organisationnelles capable d'intégrer ces observations, de comprendre le lien entre stabilité et changement au sein des routines organisationnelles. Ils reviennent aux travaux de Bruno Latour (1986) dans son analyse du pouvoir. Celui-ci soulignait que le pouvoir existe tant en principe (ostensif) qu'en pratique (performatif).

Ils avancent que l'aspect ostensif de la routine est l'idée, tandis que l'aspect performatif en est la mise en œuvre. Nous vous invitons à poursuivre cette réflexion en suivant CE LIEN.


Source : infirmiers.com