L'utilisation de l'Intelligence Artificielle (IA) est désormais une composante essentielle de la vie d’une majorité de gens, tant dans la sphère privée que dans le contexte professionnel.
L'IA doit rester à sa place d'outil d'accompagnement
Pour les managers de santé notamment, l'Intelligence Artificielle (IA) peut assurer une multitude de tâches ressenties comme rébarbatives et à faible valeur ajoutée. Ceux-ci pourraient ainsi être tentés d'en abuser, car elle apporte du confort au quotidien et permet aux managers de se concentrer sur des actions en faveur d’une meilleure cohésion collective, d’une productivité raisonnée, voire de la promotion de l’unité hors les murs. Mais l’abus d’IA pour le manager de santé peut avoir des effets inverses, avec des répercussions tant sur les membres de son équipe que sur lui-même.
Il doit tout d’abord prendre garde à ce que l’outil d’accompagnement qu’il utilise se cantonne à cette fonction. Car dans un moment de faiblesse ou de paresse, l'écueil serait de le laisser organiser ses missions sans y apporter sa touche personnelle en fonction de la conjoncture institutionnelle ou des caractéristiques spécifiques de ses collaborateurs. Gare donc au glissement, alors que cette fonction doit rester humaine et ne doit pas être confiée dans des proportions trop importantes à la machine. En d'autres termes, le manager doit veiller à ce que l'IA reste à sa place d'outil d'accompagnement.
Le spectre de l’économie de plateforme
Le risque de confier les affaires entièrement à l'IA serait de se déconnecter peu à peu de la réalité et des contraintes organisationnelles réelles et de voir des rythmes de travail augmenter pour les soignants, augmentant ainsi la pression organisationnelle et, phénomène bien connu désormais, empêcher le travail réel et entrainer les professionnels de santé vers des souffrances évitables. Or on sait que, comme le dit Gabriel Lomellini dans un article publié dans le web magazine « The Conversation », « tenir compte du travail réel dans les pratiques de management est une condition indispensable pour effectuer un travail de qualité et préserver la santé des salariés ».
L’exemple le plus significatif de cette dérive est tristement illustré par l’économie de plateforme - de type Uber - et les nouvelles formes d’externalisation du travail. Dans ce contexte, le management des hommes échappe aux régulations de lieux, de temps et à l’organisation collective, puisqu’il n’y a pas, précisément, de locaux d’entreprise, de représentants du personnel, de gestion des risques ou de négociation collective. La résistance s’organise toutefois et il existe un espoir que les choses évoluent dans le bon sens pour les employés.
Préserver la fonction de managers de santé
Il n’empêche que cette forme de précarité existe dans le domaine de la santé, à un degré moindre bien entendu. Certains manipulateurs d'électroradiologie médicale (MERM) sont employés en effet à piloter, à distance, plusieurs modalités d’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM) en même temps, les patients étant installés sur la table d’examen par d’autres paramédicaux moins qualifiés. Ils peuvent, certes, travailler depuis leur domicile, mais sont susceptibles de voir leurs cadences de travail augmenter à salaire égal, le centre d’imagerie qui les emploie faisant ainsi de larges bénéfices, au détriment de la qualité de service rendu au patient.
Et, puisque nous sommes dans la prospective, imaginons qu'à force d’abuser des fonctionnalités de l’IA dans l’accomplissement de leurs missions, les managers de santé voient leur utilité pour l’institution se réduire comme peau de chagrin. Les établissements de santé seraient alors amenés à les juger inopérants et à ne plus faire appel à leurs services. La partie humaine de la fonction serait alors confiée à d’autres acteurs (des psychologues, coordinateurs, voire pire, ingénieurs qualité par exemple).
Il s’agit ici, vous en conviendrez, d’une vision alarmiste des évolutions managériales dans le domaine de la santé. Nous sommes assez loin de la réalité mais, tout va tellement vite, que nous devons assurer nos arrières pour ne pas risquer de regretter notre faiblesse ou notre paresse...