La crise récurrente que connait le système de santé français depuis plusieurs années nous oblige désormais à considérer que la prévention doit devenir le prérequis de tout bon parcours de soins. Passer du cure au care parait en effet la solution pour que la communauté soignante puisse maîtriser les flux de patients de plus en plus vieillissants et souvent atteints de maladies chroniques.
Un livre blanc présente une réforme du système de santé tourné vers la prévention
Un colloque a été organisé en janvier 2026 sur ce thème au ministère de la Santé et des Solidarités, rassemblant professionnels de la santé, chercheurs, institutionnels, fédérations, élus locaux, représentants de patients et entrepreneurs du numérique. À partir de cet événement, un livre blanc a été élaboré sous la direction d’Anne Beinier, experte en protection sociale pour l’Union européenne et de Yann Bubien, directeur général de l’ARS PACA. Ce document, intitulé «La prévention en santé-Un défi décennal», présente de manière exhaustive les actions à mener pour faire sortir le système de santé de l’ornière en faisant la promotion de la prévention.
Notre système de santé, structurellement réparateur, a atteint ses limites. Il est désormais impératif de changer de paradigme pour que la prévention ne soit plus une simple ligne budgétaire secondaire, mais un investissement sociétal, majeur et interministériel.
« Notre ambition est claire: affirmer que notre système de santé, structurellement réparateur, a atteint ses limites. Il est désormais impératif de changer de paradigme pour que la prévention ne soit plus une simple ligne budgétaire secondaire, mais un investissement sociétal, majeur et interministériel», déclare en préambule Anne Beinier. Car en effet, si le cure représente un coût, pour la société, le care est un investissement pour l’avenir. Les auteurs donnent pour exemple les programmes scolaires axés sur le développement des compétences psychosociales qui affichent un ROI moyen de 1 € → 11 € car elles préviennent de manière systémique l'apparition des trajectoires addictives, la détresse psychiatrique et le décrochage social à l'âge adulte.
Un nouveau métier, l’agent de santé communautaire
Une telle réforme structurelle a été initiée par le Danemark en 2024 dans le but de «transformer la contrainte (vieillissement, maladies chroniques, pénurie de soignants) en une opportunité de réorganisation territoriale centrée sur la proximité, le virage domiciliaire et l'efficience numérique». Le système de santé est alors organisé autour de «super hôpitaux» (concentration des plateaux techniques de pointe dans des centres ultra-spécialisés et numérisés) de structures de «premier recours» (transfert de la gestion des malades chroniques et du grand âge aux 98 communes) et de la numérisation comme infrastructure de soins (DMP, télémédecine, suivi en temps réel).
L'agent de santé communautaire, formé au niveau licence, remplit des missions de gestionnaire de cas complexes, d’intermédiaire entre les communautés professionnelles et le système de santé, et d’acteur de promotion de la santé au quotidien.
Il bénéficie également d’un nouveau métier paramédical, l'agent de santé communautaire, un profil qui existe déjà dans certains pays. Ce professionnel, formé au niveau licence, est ancré dans un territoire et remplit des missions de gestionnaire de cas complexes, d’intermédiaire entre les communautés professionnelles et le système de santé, ainsi que d’acteur de promotion de la santé au quotidien. Il vient donc en interface entre les populations, le médecin, le personnel soignant, et les structures sociales et médicosociales.
Un débouché possible pour un transfert d’activité des cadres de santé
Les auteurs du livre blanc parlent de prévention primordiale par des actions sur le logement, l'alimentation, l'environnement scolaire, l'isolement, autant de notions qui échappent au médecin. L’agent de santé communautaire dispose d’une formation à l'ingénierie sociale est «capable de travailler avec les habitants, les élus, les bailleurs, les enseignants» et a des missions qui synthétisent les pratiques des médiateurs de santé, coordinateurs de CPTS, travailleurs sociaux de secteur.
Un professionnel situé à l’interface de plusieurs domaines sanitaires et sociaux, rompu à la gestion de cas complexes, appelé à manager différents professionnels de santé. En d'autres termes, un potentiel nouveau débouché pour les cadres de santé, pour peu qu’ils aient reçu une formation spécifique adossée aux cursus sanitaires et sociaux existants. D’autant que, soyons optimistes, si cette réforme de la prévention se développe sur le terrain, les services de soins devraient être moins sollicités et, par ricochet, les postes de cadres hospitaliers moins nombreux. On pourrait assister alors à un transfert d’activité des managers. Mais n’allons pas trop vite dans la prospective…
Lire le Livre blanc « La Prévention en santé » ICI.